«Mûsiqât 2010»: Ghada Shbeir, la voix mélodieuse





La cantatrice libanaise Ghada Shbeir, qui a donné un récital, avant-hier à Ennejma Ezzahra, à Sidi Bou Saïd, dans le cadre de «Mûsiqât», a subjugué un public des plus mélomanes.
«Mûsiqât» explore des champs musicaux ignorés et parfois inconnus (même par les mélomanes avertis) de la musique mondiale. Le concert de Ghada Shbeir, ethnomusicologue, nous a amenés à écouter, non seulement une très belle voix sublime et envoûtante, mais des chants syriaques, puisés des traditions chrétiennes orientales. Ces chants brefs, dont la durée est d’une à quatre minutes, sont en syriaque, une langue littéraire proche de l’araméen, en usage du 3e au 13e siècle de l’ère chrétienne. Des chants qui ne relèvent ni de la tradition arabe, ni de l’héritage grégorien. Une langue morte ? Comme l’a souligné la chanteuse, elle la ressuscitait en fait et restaurait ainsi le passé; grâce à ses recherches musicales académiques. Du jamais vu et du jamais entendu dans nos espaces culturels. Un vrai plaisir plutôt, et une première d’un spectacle unique et original, comme il porte bien l’appellation. Les chants syriaques, proposés par Ghada Shbeir, constituaient, durant vingt minutes, la première partie de ce concert. Elle allait enchaîner par des «Mouachahats» arabes et andalous. Elle revenait, par là-même, à la langue arabe littéraire, avec une sélection d’œuvres marquantes du «Mouachah» arabe. Elle entamait ces suites par un extrait de «Naoubet al khadhra» de Khemaïs Tarnène. Un clin d’œil et un hommage au Malouf tunisien, dans le fief des musiques arabes et méditerranéennes. Un voyage en compagnie de compositeurs du milieu du dix-neuvièmes siècle jusqu’au milieu du vingtième siècle et même d’autres plus anciens. Certains «Mouachahs» ont été interprétés en 1932, lors du premier congrès de la musique arabe au Caire, préparé activement par le Baron d’Erlanger et dont la santé, déclinante, l’avait empêché de s’y rendre.
Ghada Shbeir était accompagnée par une cithariste et un luthiste. Ces derniers, insistaient, pour leur part, et par le truchement de leurs improvisations, sur le fait que la musique arabe y repose essentiellement. Ghada Shbeir en faisait autant, avant et pendant l’interprétation des «Mouachahats», «qui lui tiennent à cœur», a-t-elle déclaré au public. Parmi ces «Mouachahats», «Ya lailou Assabbou», poème composé par Abou Al Hassan Ali Al Houssari Al Kaïraouani, rappelait que les plus beaux «Mouachahats» arabes, sont tunisiens, comme ils sont andalous, ou arabes. Certains ont été savamment chantés par Faïrouz et sont dûs aux frères Rahabani. La cantatrice Ghada Shbeir les avait revisités, avec une voix veloutée, ajoutée à une aisance et une douceur dans l’interprétation.
Une soirée dédiée à des chants anciens, mais également à ceux contemporains, qu’on aimerait toujours écouter et réécouter avec un plaisir renouvelé.


Lotfi BEN KHELIFA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com