Femmes Tunisiennes/ Entre discrimination et mérite
Elles sont médecins, ingénieurs, chercheuses, professeurs à l’université, écrivains, poètes…, mais elles sont encore peu nombreuses dans des postes de responsabilité. Les Tunisiennes ont encore du chemin à faire. A l’occasion de l’attribution du Prix Zoubeïda Béchir pour l’écriture féminine et les études sur les femmes, le Centre de Recherches, d’Etude, de Documentation et d’Information sur la femme (Crédif) a publié sa dixième bibliographie avec le concours du Club Tahar Haddad. Ce document qui paraît depuis 1994 recense les écrits des femmes tunisiennes dans tous les domaines de la création littéraire (roman, poésie, nouvelle, conte pour enfants…) et de la recherche scientifique dans le deux langues arabe et française. Ce document de 112 pages présente cette année 130 titres. Belle moisson qui témoigne de la vitalité des écrivaines. Une remarque s’impose : les Tunisiennes écrivent plus et mieux et surtout n’hésitent pas à publier même si la plupart le font encore à compte d’auteur. Cela dénote en tout cas un très fort désir en elles d’imposer leurs voix, leurs visions et d’apporter leurs contributions aux débats actuels. Une autre remarque : les Tunisiennes s’adonnent à tous les genres d’écriture, s’exerçant à la poésie, au roman historique, à l’écriture dramatique et à l’essai philosophique avec le même enthousiasme, et parfois avec un engagement personnel qui traduit leur forte implication dans la vie de la Cité. Tantôt elles œuvrent pour préserver la mémoire du pays, tantôt, elles témoignent de leur propre vécu, tantôt elle portent un regard sur les grandes questions de l’époque. Dans tous les cas, elles apportent une touche personnelle à l’évolution en cours dans la société tunisienne. Tout cela bien sûr est le résultat d’un long combat pour l’émancipation qui leur a permis d’investir tous les secteurs d’activités de l’enseignement à la recherche, en passant par la création artistique. La Tunisie, premier pays arabe et musulman à promulguer dès 1956 un Code de statut personnel établissant l’égalité devant la loi entre les hommes et les femmes, peut être fière aujourd’hui de la justesse de ce choix dont elle continue de cueillir chaque jour le fruit. Bien sûr, cette success story ne doit pas voiler à nos yeux les insuffisances qui persistent dans ce domaine. Les chiffres sont là pour démontrer que le chemin de l’égalité est encore long. Ainsi, les postes de responsabilité sont encore une chasse gardée des hommes. Deux femmes sur trente y accèdent. Dans les laboratoires scientifiques sur 131 employés, quatorze seulement sont de sexe féminin. Les unités de recherches, on compte cinquante trois sur quatre cent treize. Cette faible représentation des femmes dans certains secteurs décisifs importants dans la société traduit les difficultés qu’affrontent encore les femmes. Celles-ci ont pu accéder à l’école, au savoir, à la recherche, mais elles ont encore du mal à s’investir totalement dans une carrière professionnelle. Parfois, les charges familiales les empêchent de nourrir des ambitions et de se donner des objectifs de carrière. La société continue, elle aussi, à brimer les femmes et à vouloir les confiner dans des rôles subalternes. Comment changer cet état de fait? Certains préconisent l’adopter d’une politique de discrimination positive à l’égard des femmes. D’autres pensent que tout se mérite et que les femmes, qui veulent être les égales de l’homme, doivent démontrer suffisamment de compétences et de combativité pour accéder aux postes décisionnels. Les deux approches se défendent. Zohra ABID

