Tarak Dhiab: «Je ne me vois pas président de l’E.S.T.»





L’ex-enfant terrible du football tunisien fait parler de lui ces derniers temps. Tarak Dhiab, parti sous d’autres cieux se consacrer aux commentaires et analyses techniques des grands matches internationaux, à travers une chaîne satellitaire, compte réintégrer l’E.S.T, son club de toujours. On laisse même comprendre qu’il sera appelé à occuper un haut poste au sein du club “Sang et Or” où son expérience pourrait s’avérer très utile. Qu’en est-il au juste? On laisse la parole à l’invité du dimanche... * Vous vous étiez éloigné du football tunisien pour vous consacrer à d’autres tâches. Quelles sont vos relations actuelles avec ce sport et êtes-vous en train de le suivre avec le même intérêt qu’il y a quelques années ? - Au risque de vous étonner, je suis régulièrement la compétition locale et je le fais avec le même intérêt. Là où il y a quelque chose qui a changé, c’est la manière de le faire, car je me considère actuellement comme un simple spectateur qui suit les matches et relève des observations. Cette situation me permet même de donner, au cas où je suis sollicité, un avis neutre, libre et spontané sur la compétition et les acteurs qui en font partie. * Pourtant, le public sportif continue à croire qu’un joueur de votre trempe aurait pu être, au vu de votre expérience, plus utile au football tunisien. On dit même que vous avez, tout comme Abdelmajid Chétali, fui une telle responsabilité. Qu’en pensez-vous? - Je ne suis pas de cet avis. D’ailleurs, durant ces dernières années, je ne me suis jamais éloigné du football tunisien. Dans le monde du football, les anciens joueurs choisissent leur chemin selon leurs ambitions, leurs capacités et leur envie de demeurer dans le domaine. Cela dépend de l’ambiance et de la motivation des uns et des autres. Certains sont devenus des entraîneurs, d’autres ont occupé des postes de dirigeants et il y en a qui ont préféré faire partie des spectateurs. Pour ma part, j’ai choisi de me consacrer à un domaine qui me permet de m’exprimer et d’évoluer sans quitter la scène footballistique. C’est une question de choix qu’on doit toujours respecter. *A un certain moment, vous avez émis le désir d’intégrer la F.T.F. et de faire partie du Bureau fédéral. Finalement, une certaine opposition vous a incité à y renoncer. Comment avez-vous vécu cette situation? - Vous me demandez là de commenter une situation qui n’a jamais existé. Je tiens à préciser que je n’ai jamais songé à faire partie du Bureau fédéral. On ne m’a pas proposé d’y figurer et cette éventualité ne m’a guère intéressé car elle ne fait pas partie de mes ambitions. Je ne suis pas du genre à courir derrière un poste de responsabilité, et la seule fois où j’ai dû accepter de le faire, c’était pour prendre en main l’A.S.Ariana, le club qui m’a formé. On m’a sollicité pour occuper le poste de président, et je n’ai pas hésité à servir ce club envers qui je demeure toujours reconnaissant. * Vous êtes en train de réussir une belle carrière de consultant sur une chaîne satellitaire. Pourquoi avez-vous opté pour ce choix ? - A vrai dire, je me suis trouvé très à l’aise dans cette nouvelle tâche. Le commentaire et l’analyse des matches me permettent de demeurer dans le monde du football et même d’apprendre davantage en suivant des rencontres de haut niveau. Je suis d’autant plus content que cette expérience m’a permis d’acquérir plus de notoriété chez les téléspectateurs et ceci me conforte dans ce choix. D’ailleurs, les consultants et les commentateurs tunisiens qui collaborent avec les diverses chaînes sportives sont en train de faire du bon travail et sont très estimés parce qu’ils sont spontanés, crédibles et connaisseurs. * L’E.N. vient de réussir un grand exploit en remportant la Coupe d’Afrique. Vous attendiez-vous à une telle réussite? - Sincèrement, je ne m’attendais pas à voir la Tunisie et le Maroc disputer la finale. Le Cameroun, le Nigeria et le Sénégal étaient les favoris, mais il leur a manqué la rage de vaincre qui a caractérisé les joueurs tunisiens. Les grands noms ne mènent pas très loin si l’équipe ne fait pas preuve de générosité et de surpassement. Pour revenir au sacre tunisien, on constate que la réussite a été collective. La F.T.F. n’a pas lésiné sur les moyens et a fait de son mieux pour assurer à la sélection la meilleure préparation possible. A l’inverse de ce qui s'est passé en 1994, l’E.N. a pu disputer beaucoup de matches amicaux contre des sélections africaines de niveau différent. L’ambiance a été exemplaire et le soutien du public et des médias a été déterminant. Quant à Roger Lemerre, il a eu le mérite de donner leur chance à tous les joueurs et de créer une saine concurrence au sein du groupe. Les professionnels ont été utiles grâce à leur mentalité et leur sérieux alors que les joueurs évoluant en Tunisie ont adhéré aux mêmes principes et ont pu tenir brillamment le coup. * Pensez-vous que ce sacre va permettre au football tunisien de décoller définitivement ? - L’occasion est propice pour le faire et on doit l’exploiter au maximum. Beaucoup de travail reste à faire et on doit en être conscient. Le football tunisien est en train d’évoluer, mais on doit avant tout analyser la situation et remédier aux insuffisances. Chaque partie est tenue de proposer des solutions pour assurer la meilleure recette, celle qui va faciliter le décollage. Les problèmes ne manquent pas, surtout au niveau de la situation financière des clubs, et on doit discuter ensemble des moyens permettant de faire face à ce mal. Les présidents des clubs se retrouvent souvent confrontés seuls à ces difficultés et on doit les aider. Les solutions ne manquent pas, à condition de faire preuve de réalisme et de savoir-faire en traitant ce dossier. * Comment jugez-vous le niveau actuel du championnat? - Il demeure moyen, mais il faut reconnaître que l’E.N. a pu se qualifier aux deux dernières éditions du Mondial et que les clubs continuent à se distinguer à l’échelle africaine. Il faut continuer à travailler et persévérer dans l’effort. Toutefois, les clubs doivent privilégier la continuité au niveau des dirigeants et des entraîneurs. L’E.S.T. et l’E.S.S. dominent la scène parce qu’ils sont les meilleurs à ce niveau. * Les régisseurs se font de plus en plus rares ces derniers temps. Quels sont, parmi les joueurs actuels, ceux qui pourraient briller à ce poste? - Le football a changé et le rôle de régisseur n’est plus aussi important. L’E.N. a misé sur Ben Achour, mais elle a été très entreprenante quand il ne jouait pas. Actuellement, Issam Jomaâ et Khaled Mouelhi donnent des signes encourageants et ont les moyens de s’imposer comme régisseurs à condition de travailler davantage. Quant à Oussama Sellami, il leur est techniquement supérieur, mais il tarde à percer régulièrement et il doit être conscient qu’il devrait se prendre en charge et faire preuve d’une meilleure mentalité s’il veut s’imposer. * Votre récent retour au sein de l’équipe dirigeante de l’E.S.T a suscité des réactions diverses. On dit même que vous êtes là pour vous préparer à la succession de M. Slim Chiboub. Est-ce vrai ? - Mon retour à l’E.S.T. a pris une ampleur qui m’a réellement surpris et les médias en ont profité pour dire n’importe quoi. Pour mettre fin à ces rumeurs, je vais vous faire une confidence: je ne me vois pas au poste de président à l’E.S.T. Le club dispose actuellement d’un président qui a fait ses preuves et qui est le mieux placé pour le diriger. J’ai été sollicité pour contribuer à la restructuration du club et surtout pour l’amélioration du niveau technique de l’équipe. Mes ambitions se limitent à cette contribution et il est temps que ces rumeurs cessent. * Certains vous reprochent d’avoir changé de langage à l’annonce de votre retour à l’E.S.T. et que votre discours critique a laissé la place aux propos élogieux... - Je comprends ce que voulez insinuer en posant cette question. Mon discours est le même et il n’y a pas de raison de le changer. Je suis là pour servir les intérêts du club et non ceux des personnes qui le dirigent. J’ai appris à ne pas faire de critiques quand le club passe par une période difficile. Je ne dois pas en profiter et mon devoir m’oblige à intervenir pour améliorer la situation et contribuer à trouver les meilleures solutions. Mon discours doit être positif dans pareil cas. L’E.S.T. a toujours besoin de l’aide de ses enfants et nous devons le faire en pensant seulement à l’intérêt du club. * L’interview de Nabil Maâloul et ses propos envers le président de l’E.S.T. ont fait couler beaucoup d’encre. Quelle a été votre réaction? - Il ne faut pas dramatiser. L’affaire concerne deux purs produits du club et on doit intervenir pour réconcilier les deux parties. Dans une telle situation, il faut peut-être laisser au temps le soin de rapprocher les deux hommes. Personnellement, je respecte l’avis de tout le monde, mais je demeure persuadé que ce différend ne sert les intérêts de personne. Propos recueillis par Kamel ZAIEM


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com