La migraine, qu’en savez-vous ? : Un mal invalidant passé sous silence





La migraine est en passe de devenir un véritable problème de santé publique. Car même bénigne,
le mal qui y est associé est très gênant, voire parfois handicapant.
Maux de têtes, céphalées, douleur violente qui gagne le crâne, intolérance à la lumière et au bruit, nausées, vomissements ? «Ce n’est rien, ce n’est qu’une migraine» a-t-on tendance à dire ! Les maux de tête ou céphalée, dont la migraine, sont très souvent banalisés. On taxe parfois même celui qui se plaint de migraine de «capricieux»… Pourtant même s’il s’agit d’une maladie, généralement sans gravité, le mal ressenti lors d’une migraine est une réelle souffrance. Certains migraineux ressentent parfois, avant la crise, des troubles visuels ou auditifs. Quand la douleur est présente, son intensité empêche la poursuite de toute activité. Les migraineux sont souvent obligés de s’isoler dans une pièce à l’abri de la lumière et des bruits violents. Ce mal frappant peut évoluer vers des crises. Et certaines de ces crises migraineuses se manifestent parfois par des symptômes vraiment très inquiétants.
Mme S. Bessaoudia, a cru par moments qu’elle allait perdre totalement sa fille Emna. Il y a trois ans, Emna, à l’époque âgée d’à peine 14 ans, s’est retrouvée dans un état comateux… «Rien qu’à l’idée de remémorer l’horreur qu’on a tous vécu, j’en perd la voix… Un matin, ma fille s’est plainte d’avoir mal à la tête. Je n’ai pas du tout pris le problème au sérieux ! Des maux de tête, on en a tous ! Je n’ai pas jugé que cela mérite une consultation. Alors je lui ai donné un analgésique et je suis partie travailler… Une heure après, ma belle-mère m’appelle catastrophée me disant que ma fille dit être incapable de…voir ! Je reviens illico chez moi, de fait, ma fille avait perdu d’un coup la vue, sans aucune raison apparente ! Rien que cette nouvelle m’était dévastatrice. Mon mari et moi, l’avons mise dans la voiture et nous nous apprêtions à l’emmener à l’hôpital lorsqu’elle tombe totalement dans les vapes… C’était la panique totale, les médecins n’ont pas su, sur le tas, diagnostiquer son état… Quelques minutes après, ma fille est tombée carrément dans le coma. Cela a duré 72 heures… C’est après qu’elle se soit réveillée que l’on a pu établir un pronostic : il s’agissait d’une crise de migraine ophtalmique très aiguë. Depuis, je ne néglige plus du tout le mal de tête…mais pas le moindre…»
En effet, même si les maux de tête ne figurent pas en tête de liste des raisons de consultation, l’affection demeure très fréquente. Ce mal peut toucher les sujets de tout âge et sans crier gare ! Et même si les spécialistes considèrent la migraine comme bénigne, celle-ci peut être très handicapante. Les symptômes ne se réduisent pas seulement à une douleur au crâne. Il existe en effet plus d’un type de migraine. Et chacune se manifeste de manière différente.
Les signes de la maladie
Une migraine peut être simple ou accompagnée. Celle simple ou dite «commune», est déclarée à travers une crise qui se réduit à une céphalée intermittente et pulsatile. Parfois, ces céphalées sont accompagnées de nausées ou de vomissements. Toutefois, chez certains sujets, la migraine simple peut alterner avec des crises de migraines accompagnées. La douleur, pulsatile s’installe rapidement et progressivement, souvent le matin. La céphalée est en général unilatérale, à prédominance frontale. Elle peut varier de siège d’un côté du crâne à l’autre ou rester au même endroit. L’intensité de la douleur est variable mais habituellement intense et augmentée par les moindres efforts physiques, par le bruit et la lumière. La douleur dure de 4 à 72 heures. Ces crises de migraine reviennent à des intervalles très variables : allant de quelques crises dans une vie à 12 crises par mois et le handicap est bien distinct.
La migraine accompagnée, quant à elle, se divise en deux sous-types. Le premier genre est la migraine ophtalmique. La crise de la migraine ophtalmique commence par des troubles visuels, par apparition d’un «trou» dans le champ visuel ou d’une tache blanche (scotome), d’augmentation progressive jusqu’à une superficie pouvant toucher la moitié du champ visuel (hémianopsie). Ces phénomènes visuels sont bilatéraux et durent généralement quelques minutes, sauf pour quelques cas isolés. Ils peuvent se prolonger durant la phase douloureuse. Le reste des symptômes sont ceux d’une crise migraineuse simple.
Les autres types de migraine accompagnée peuvent se manifester à travers ces signes visuels avec des troubles neurologiques transitoires précédant la céphalée : fourmillements (paresthésies), troubles du langage, perte de la parole, troubles de la prononciation, manque de mots (aphasie), troubles du champ visuel ou totale paralysie de la motricité des yeux !
Migraine : pourquoi ?
Comment le corps en arrive à provoquer une telle douleur, et pourquoi ? Hélas, aujourd’hui encore, il n’est toujours pas possible de donner une explication simple à la migraine. Mais plusieurs certitudes sont désormais établies. Selon de récentes études européennes, il y aurait une dilatation des vaisseaux sanguins qui léserait les tissus, d’où l’inflammation et la sensation de douleur. Toutefois, il n’existe pas encore de certitudes scientifiques quant aux raisons qui provoqueraient la libération de ces neuropeptides. En revanche, une liste de facteurs favorisants a été établie : rythme de vie très accéléré, sommeil perturbé, travail prolongé sur ordinateur, grosse fatigue, stress, anxiété, alimentation déséquilibrée, forte consommation de chocolat, de fromage, d’alcool, perturbation hormonale, surtout en période prémenstruelle ou lors de prise de pilule, seraient tous des facteurs qui déclenche la crise.
Plusieurs personnes négligent la migraine. Elles ne voient pas l’utilité d’aller consulter, étant donné qu’il s’agit d’une maladie chronique. Les migraineux ont appris hélas à étouffer leur mal. A l’école, la migraine n’est souvent pas considérée comme une excuse valide pour s’absenter. Au travail, on considère la migraine comme un…« caprice » intolérable, et même dans la famille et l’entourage, on banalise la souffrance qui s’ensuit… Les migraineux ont donc appris à ruminer leur souffrance en silence. Il s’agit pourtant d’une véritable douleur qui mérite d’être soulagée et d’un mal qui légitime entièrement le repos.


Abir CHEMLI
L’avis du spécialiste : Dr Héla Mrabet Khiari (Neurologue et assistante hospitalo-universitaire à l’hôpital Charles Nicolle) : «La migraine ne doit pas être banalisée»
«La migraine n’a pas de raisons palpables qu’on peut clairement voir sur un scanner ou un IRM : on a donc tendance à la banaliser. Pourtant il s’agit d’un mal très fréquent et invalidant. Les migraineux au moment d’une crise, sont totalement incapables de travailler, d’étudier ou d’exercer la moindre activité quelle que soit sa nature. Le sujet est même parfois dans l’incapacité de bouger, il doit se reposer et rester dans un endroit à l’abri de la lumière et du bruit. Donc même s’il s’agit d’une maladie bénigne, il ne faut pas oublier que la migraine est chronique et qu’elle est surtout douloureuse et a des répercussions invalidantes.
Je tiens aussi à préciser que tout mal de tête n’est pas automatiquement une migraine ! Raison pour laquelle, il est toujours recommandé de voir un spécialiste si l’on souffre d’une céphalée (mal de tête) qui dure depuis six mois. Il ne faut pas laisser traîner parce que les crises font vraiment mal et les traitements peuvent soulager la douleur d’autant plus qu’il s’agit d’une maladie très variable. En ce qui concerne les types de migraine, l’on peut les classer dans des migraines avec aura, et ceux sans aura. C’est cette dernière qui est la plus fréquente, il s’agit d’une migraine qui se manifeste essentiellement par des maux de tête. Par contre la migraine avec aura est toujours précédée par des sortes de signaux d’alarme qui se manifestent avant le déclenchement de la crise. Le patient peut avoir des fourmillements dans les mains, la bouche…, des troubles de langage, mais surtout des troubles ophtalmiques avec une baisse de la vision. Si ces manifestations sont troublantes, elles restent transitoires. Tous ces signes vont disparaître 4 à 72 heures après. Nonobstant, il s’agit toujours de signes très désagréables et très invalidants.
Un conseil aux migraineux : ne pas banaliser les maux de tête. Seul un spécialiste pourra savoir s’il s’agit d’une migraine, d’une autre forme de céphalée ou encore de problème plus grave. De plus, la migraine peut très bien être soulagée. Aujourd’hui en Tunisie nous avons plus de 20 traitements qui peuvent soulager ce mal. On n’a donc pas de raison de laisser traîner».


Abir C. 




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com