Vu en France : La guerre entre Fillon et Borloo





Le mauvais feuilleton du remaniement, qui dure depuis trop longtemps, a pris une nouvelle tournure. On assiste maintenant à une guerre ouverte entre Fillon et Borloo.

De notre correspondant permanent, François Bécet
Aucun scénariste digne de ce nom n’aurait osé écrire un tel feuilleton, Nicolas Sarkozy l’a fait. Une mauvaise sitcom sur un remaniement ministériel annoncé en juin pour octobre puis reporté à plusieurs reprises. Un feuilleton dont les héros sont toujours les mêmes, ils changent simplement de place selon les épisodes. Le but à atteindre reste le même : Matignon.
On ne peut pas dire que les Français suivent avec intérêt ce feuilleton qui ne passionne que quelques spécialistes ou amateurs de paris. S’il peut permettre d’occulter certains problèmes intérieurs, il nuit aussi à l’image de la France. Comment considérer un pays où l’on s’amuse depuis des mois à ce triste jeu du remaniement.
Plus grave encore, cette mise en concurrence qui semble réjouir notre Président - on l’a vu à Troyes où il a rendu des hommages appuyés à Baroin puis à Borloo- provoque maintenant des dégâts qui auront des conséquences politiques. La guerre est, en effet, déclarée entre l’actuel Premier ministre et celui qui se croyait déjà à Matignon.
François Fillon qui, il y a peu, semblait avoir prononcé un discours d’adieu et dont les heurts avec Nicolas Sarkozy se multipliaient, est revenu dans la course. Au Président qui lui demandait de se déterminer, il aurait répondu que le moment était «venu de passer le relais» mais qu’il restait à sa disposition. Et le soir même, il plaidait pour «une politique de continuité» pour maintenir le cap jusqu’en 2012. Colère de Jean-Louis Borloo et guerre des mots entre les partisans des deux hommes.
Bien qu’affirmant que le Président n’avait jamais évoqué avec lui une nomination au poste de Premier ministre, le centriste a déjà commencé ses consultations pour former son gouvernement et il ressent le retour de Fillon comme un coup de poignard.
Surnommé «banane» en raison de sa coiffure ou «Columbo» ou encore «Bordeloo», le ministre de l’Environnement sait qu’il n’est guère aimé des «durs» de l’UMP qui se demande s’il pourrait tenir le groupe à l’Assemblée, s’il serait assez solide… Fillon ne supporterait pas d’être remplacé par Borloo qu’il accuse d’avoir mal géré la crise des carburants, la pénurie… Les centristes, regroupés en «confédération» s’indignent des attaques contre un homme qui représenterait le renouveau du gouvernement, le nouvel élan dont le Président aurait besoin.
Climat délétère
L’ambiance est pourrie au sein du gouvernement qui, selon le partant Dominique Bussereau, serait à 80-90% en faveur de François Fillon. Les inimitiés, les rivalités se font jour, on voit des ministres qui ne s’aiment pas, et le disent. Par ailleurs, certains ministres ou secrétaires d’Etat font tout pour rester, Nicolas Sarkozy leur enverraient des «messages».
Une telle scène politique donnée en spectacle au monde entier ne grandit ni le Président ni le pays. Tergiverser autant, diviser, jouer avec les gens, est-ce de la bonne gouvernance?
Quelle importance a, au fond, ce jeu auquel des commentateurs ont trop volontiers pris part? Bien peu quand on sait que l’hyper-président décide de tout, y compris des arguments que doivent employer ses «gens»… L’essentiel est ailleurs : quelle ligne Nicolas Sarkozy va-t-il suivre pour aborder 2012? Continuer à rassurer la droite, chercher à rallier les frontistes de Le Pen, s’ouvrir au centre…
La fin du jeu, annoncée pour le 15 novembre, serait sifflée vers le 22 à l’issue des rendez-vous internationaux du Président. Aujourd’hui, le favori est Fillon. A moins que le Président, qui n’aurait pas encore tranché, ne choisisse, comme le suggère son fidèle Estrosi, d’«inventer une créature». De Gaulle l’avait fait avec Pompidou et Mitterrand avec Fabius…


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com