Vu aux J.C.C. 2010 : «State of violence» de Khalo Matabane: Néanmoins décent…





Par Tahar Chikhaoui
Classique et efficace. Mais d’une efficacité redoutable. On voit bien que derrière ce travail se tient un réalisateur sûr de son fait et maître de son art. Khalo Matabane, 36 ans, a déjà réalisé plusieurs films documentaires dont «Conversations on a Sunday Afternoon» (2005), sur les réfugiés somaliens en Afrique du Sud. Avec «State of violence», il s’attaque après bien d’autres, mais avec une grande détermination didactique, au thème de la violence qui déchire son pays. Bodeby est un homme d’affaires, nouveau parvenu et heureux en ménage. Un soir, en rentrant chez lui, accompagné de sa jeune et belle épouse, il ne sait pas qu’il va vivre le pire cauchemar de sa vie. Sa femme est torturée et tuée devant ses propres yeux, par un homme masqué qui semble bien le connaître.
Ne comptant pas sur la police, il décide de se venger lui-même. C’est l’occasion de retourner à Township, son milieu d’origine, et de revisiter son passé. Il n’est pas le bienvenu chez les siens ; son neveu le chasse littéralement de la maison, sa mère ne veut plus entendre parler de lui. Rien ne semble l’arrêter, il continue ses recherches et ne tarde pas à découvrir la vérité. L’auteur du crime n’est autre que son cousin Oj, un garçon traumatisé par l’atrocité avec laquelle son propre père a été tué, 22 ans plus tôt, devant ses yeux, accusé de trahison. Il a été brûlé vif, un pneu autour du cou, au milieu d’une foule hystérique, sur l’instigation de Bodeby.
La plongée dans les rues étroites de Township, avec ce que cela implique comme remise en question, atténue progressivement sa rage et finit par le faire renoncer à la vengeance. Mais la logique de la violence est implacable. Retournement de situation donc : le jeune homme revient à la charge, reconstitue la scène exacte de la mort de son géniteur, met un pneu autour du coup de Bodeby, s’apprête à lui faire subir le même supplice. Le frère de celui-ci intervient, une balle s’échappe, il est mort. La situation atteint la limite de l’absurde. Bodeby remet Oj dans la même situation, un pneu autour du cou, à la place exacte du père mais renonce in extremis et va retrouver sa mère...tout cela est conduit avec une grande assurance, inséré malheureusement dans une mécanique assez rigide qui ne laisse pas de place à la nécessaire incertitude que requiert une œuvre d’art. L’ensemble reste néanmoins plus que décent.
«State of violence», l’autre film sud, également en compétition officielle lors des JCC 2010,
est d’une toute autre facture que le magnifique Shirley Adams.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com