Secteur des services : Petites réparations, gros dégâts





Les pannes domestiques sont fréquentes et les dépannages rapides coûtent cher. Au final, le dernier mot revient  au «spécialiste» qui gonfle à sa guise les honoraires. Ni preuve ni facture et en cas de litige, le perdant est toujours le client.
Vous tombez malade, pas d’inquiétude ! Vous trouvez rapidement les coordonnées d’un médecin et d’un pharmacien. Leurs honoraires sont fixés par la loi et tout est écrit noir sur blanc sur la note des frais, l’ordonnance ou autre justificatif. Et de ce côté-là, tout est bon.
Mais si votre voiture ne fonctionne pas en cours de route, ou si votre machine à laver tombe en panne, que vous ayez une fuite d’eau ou de gaz, un robinet à remplacer…, c’est là qu’il y a problème. Contrairement aux premiers spécialistes, les dépanneurs ne courent pas les rues et le risque d’être arnaqué n’est pas exclu.
Ils sont serruriers, plombiers, menuisiers, forgerons, peintres en bâtiments, mécaniciens, électriciens et autres. Ils occupent ces professions importantes et sont l’unique recours. Pour ces raisons-là, ils sont grandement sollicités, surtout en cas d’urgence. Quant à la qualité du service, elle est souvent en-deçà des normes. Mais le pire à craindre, c’est le moment fatidique du paiement. Pas la peine de négocier, c’est inutile et le dernier mot leur appartient. Pas de devis, pas de facture, aucune trace ni garantie.


Intervention  et contrefaçon
«Je ne comprends rien à la mécanique et lorsque ma voiture tombe en panne, il n’y a que les mécaniciens qui peuvent intervenir. Ça a duré des années jusqu’au jour où j’ai décidé d’aller voir les concessionnaires pour réparer tout ce qui ne fonctionne pas et avoir enfin la paix. Ma surprise fut grande lorsque le représentant m’a montré plus d’une pièce contrefaite. Qui a remplacé la pièce originale ? Je n’en sais rien. Les trois mécaniciens que je connais (et qui m’ont ruiné) ont tous juré qu’ils n’ont touché qu’aux pannes. Ce genre d’escroquerie, je l’ai vécu aussi avec le plombier, il y a une semaine. La fuite du robinet m’a coûté les yeux de la tête. En faisant mes calculs, j’aurais dû acheter un robinet neuf et être tranquille pour longtemps. Une soudure à 30 dinars, il y a déjà un mois et la dernière intervention qui n’a duré que trois minutes, tout au plus, à 30 dinars aussi. C’est irritant !», raconte Nadhem, un banquier.
Nadhem regrette d’avoir opté pour les études. Il dit : «J’aurai dû arrêter les études et me spécialiser dans la plomberie ou la soudure. J’aurai certainement une meilleure situation».
Comme Nadhem, Hédi est avocat. Lui aussi se plaint de son électricien qui vient de lui accrocher un lustre au salon.


Sans preuve,  la cause est perdue
«Déjà, le travail laisse à désirer. Les fils électriques sont apparents et il m’a demandé la bagatelle de 35 dinars pour même pas une demi-heure de travail». Me Hédi dit qu’il a eu affaire à ce genre d’affaires, et, faute de preuve, il a perdu le procès. Sa cliente a porté plainte contre un serrurier qui lui a abîmé la porte. Parole contre parole et le manque de preuve (la facture) a joué contre nous», avoue-t-il.
Des affaires pareilles remplissent les bureaux des tribunaux. Et c’est toujours le plaignant qui sort perdant et sans suite. «Personne ne vous a obligé. Puis, c’est à vous de décider, de prendre ce dépanneur ou ne pas le prendre», lance souvent le magistrat. Jusque-là, il n’ y a aucune loi qui cerne les faits. Qui fait quoi ! A qui la faute ? Comment agir et à qui s’adresser en cas de litige ? Plusieurs questions attendent des réponses précises. Surtout que le cahier des charges n’est pas obligatoire dans tous les secteurs. Rarement (sinon jamais) le client trouve une affiche de tarification sur les murs du fonds de commerce. Nous sommes aujourd’hui au 21e siècle et ce n’est pas beau de voir autant d’abus et autant d’arnaques. A quand l’ordre et la transparence pour régir le secteur des services ?


Zohra ABID KEFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com