Dr Lamine Klaï (universitaire)/La phobie migratoire





Depuis la crise économique des années soixante-dix du siècle écoulé, l’émigration internationale en général et l’émigration maghrébine en particulier ont constitué un souci majeur pour l’Europe. Une véritable phobie a envahi les pays occidentaux à l’égard du phénomène migratoire. Toutes les composantes de la société dans ces pays ont exprimé leur profonde préoccupation. Les partis politiques au pouvoir ou à l’opposition ont fait de l’émigration l’essentiel de leurs programmes électoraux. Les médias n’ont pas manqué d’alimenter une campagne organisée contre l’émigration. La politique officielle de chaque pays européen s’est alignée sur la politique européenne communautaire de l’Union européenne afin d’unifier l’attitude en vue de contrecarrer l’émigration. La lutte contre l’émigration figure ainsi comme le seul sujet ou presque qui fait l'unanimité de tous les Etats européens. L’émigration est devenue ainsi pour l’Europe un phénomène sociétaire et politique épineux qui a mobilisé les partis de la gauche comme ceux de la droite. L’émigration maghrébine est conçue par les Européens comme un danger sécuritaire, culturel, démographique, économique, politique et même civilisationnel. Les politiques nationales et régionales en Europe se mobilisent afin d’éradiquer ce prétendu danger. Des mesures administratives, sécuritaires, juridiques, politiques ont été mises en place pour faire face à cette émigration jugée dangereuse. Les pays de la rive nord de la Méditerranée les plus concernés par l’émigration maghrébine ont déployé des efforts importants pour lutter contre cette émigration à travers les accords de partenariat euro-méditerranéens, visant paradoxalement la liberté des échanges commerciaux, la libre circulation des produits européens et l’arrêt de l’émigration. Par ailleurs, dans la Déclaration de Barcelone, l’émigration n’est pas conçue comme un projet d’avenir ou un domaine de coopération, mais plutôt comme un danger réel. Aussi, ladite Déclaration préconise-t-elle de lutter contre ses répercussions négatives par une coopération étroite entre les pays des deux rives de la Méditerranée. L’Europe occidentale déploie conjointement des efforts considérables pour s’étendre vers les pays de l’Est, mais rejette la réalité créée par la géopolitique en Méditerranée. Toutes les initiatives politiques européennes avec les pays arabes de la rive sud de la Méditerranée visent plutôt la création d’une «ceinture de sécurité» qui empêche tout mouvement humain du Sud vers le Nord. Ces intentions sont en porte-à-faux avec le discours officiel européen qui présente la Méditerranée comme un espace de dialogue et d’échange. Derrière le concept du «bon voisinage», il y a beaucoup de non-dits qui cachent un refus catégorique de l’autre et du droit à la différence.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com