Habib Selmi, de nouveau en français





Après «Le Mont des chèvres», publié il y a trois ans, les éditions Sindbad-Actes Sud publient un nouveau roman de Habib Selmi, «Les amoureux de Bayya» dans une traduction d’Yves Gonzalez-Quijano. Quelque part dans les environs de Kairouan dans un village perdu, niché dans les bas-ventres des montagnes, englouti par les érosions du temps et baigné dans un silence macabre, quatre vieux messieurs se donnent par réflexe, rendez-vous, tous les jours à la même heure, après la prière du «âsr», à l’ombre d’un vieil olivier, seul témoin de leurs murmures. Désœuvrés, Bourni, Mahmoud, Mekki et Tayyeb prennent le temps de bavarder, de parler de tout et de rien et d’égrener de lointains et épars souvenirs comme on feuillette un livre aux pages jaunies et écorchées, humant ainsi un brin de jeunesse. Et ils restent des heures entières à deviser, à se contredire, à se chamailler jusqu’à l’évanouissement crépusculaire qui les renvoie à leur morne existence quotidienne. Un jour, Bayya, une veuve à la beauté provocante, fait une apparition fracassante dans leur vie. L’amour qu’ils vouent désormais à la belle femme les transforme complètement. Tout en eux revit, rejaillit: les sentiments, les désirs, les pulsions. Ils replongent presque dans une sorte d’adolescence tardive, démesurée. L’auteur s’amuse à nous décrire cette transformation avec des mots dont la simplicité apparente n’interdit pas la réflexion philosophique. «Les amoureux de Bayya», dernier roman en date de Habib Selmi, dont la version originale arabe a été publiée il y a deux ans, aux éditions Dar-Al-Adab à Beyrouth, est sans doute le roman le plus accompli, le plus serein et le plus profond de l’auteur. Il a été couronné l’année écoulée par le Prix spécial du jury Comar pour le roman. Né à Kairouan en 1951, Habib Selmi est agrégé d’arabe. Après avoir enseigné quelques années dans les lycées tunisiens, il s’est installé à Paris à partir de 1983. Ayant publié à ce jour, chez des éditeurs libanais, cinq romans et deux recueils de nouvelles, il est en passe de devenir le romancier tunisien le plus connu à l’étranger, notamment au Proche-Orient et en France, où ses romans sont souvent salués par les critiques littéraires, et considérés comme des textes majeurs de la littérature arabe contemporaine. Ses ouvrages sont traduits en anglais, espagnol, norvégien, hollandais et en français. Zohra abid


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com