«Désir» de Chedly Arfaoui: Passions et mensonges





C’est une adaptation de la pièce «Un tramway nommé désir» de Tennessee Williams,  qui a été récemment jouée sur la scène du 4e art, à Tunis sous le titre «Désir».
Une tragi-comédie, dont la violence, la sexualité, la solitude et le mensonge, constituent les thèmes de cette pièce d’une heure et quart. La fable est restée inchangée, comme dans la pièce américaine qui a été jouée pour la 1e fois en 1947 et qui remporté le prix Pulitzer en 1948, pour être ensuite adaptée à l’écran par Elia Kazan, en 1951. Marlon Brando avait joué aussi bien dans la pièce, que dans le film et avait été révélé au public du monde entier. Mais comment Chedly Arfaoui et son équipe avaient touché à ce gros morceau, sans lui ôter son âme ? Ils ont choisi la transposition, en toute simplicité, en première apparence, de cette histoire dans un lieu paumé, un quartier populaire de la banlieue sud de Tunis.
Des personnages, au vrai sens du terme, meublent ce lieu. Ils portent des prénoms et des sobriquets et sont de belles gueules. Ils débitent un discours vulgaire et peu respectueux à la limite. Sur une scène presque vide, noire et dans une atmosphère sombre, et sous une lumière claire-obscure, la joie et la tristesse se mêlent au hasard de rencontres fortuites entre des hommes et des femmes qui s’aiment et se déchirent, se haïssent et se chamaillent. L’arrivée d’une visiteuse de passage qui n’est autre que la sœur du maître des lieux, va troubler la vie banale de cette famille.
Le foot, la bière et le mezoued y donnent plus de vigueur. Et le désir dans tout cela ? Il y est, ou presque, changeant de ton, existant ou inexistant, par moments. A chacun ses désirs, assouvis ou inassouvis, sa vie et sa solitude. Mais, il y a aussi le mensonge qui inquiète et trouble. Cette femme, apparemment sans scrupules, a un passé tout proche, qui s’avérera pire que celui du milieu paumé où elle a atterri. Le mensonge devient, en fait, le fil conducteur de la pièce. Cette femme va bientôt sombrer dans le délire et la folie.
Des comédiens tout feu…
«Désir» révèle les performances des comédiens et des comédiennes sur scène. A travers la narration, les exercices de style et le jeu du corps, c’est le jeu théâtral éclaté qui y est annoncé, crescendo. Le «mezoued», pour y revenir, est présent, durant la presque totalité de la pièce. Un joueur de cornemuse tunisienne fait en effet partie de la pièce et y joue en live et en accompagnement d’une musique en off, où le «mezoued» est aussi présent. Mais au départ, on évoquait, un piano d’enfance… Quoi de plus banal et de plus beau, que d’avoir choisi le «mezoued» pour mettre en vue le degré et la valeur du chant populaire avec le «maoual» de Salah Farzit et pour faire entrer le spectateur dans une histoire, devenue tunisienne à cent pour cent.
C’est la douleur et la tristesse d’aimer et de vivre, qui sont savamment jouées par les comédiens : Jamila Chihi, Chekra Rammeh, Moez Toumi, Mehrez Dridi et Sabri Jendoubi. On entre dans la pièce, au plus vite. La fumée envahit la salle et l’envahira tout au long de la pièce. Les rôles de compositions tournent du drame, à la comédie, au gré du temps qui passe. Le décor est statique et simple, mais la scène est continuellement envahie par le jeu pathétique et accrochant des protagonistes. Une pièce où les sensations fortes ne manquent pas, et où l’humour noir cligne de l’œil.


Lotfi BEN KHELIFA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com