Vu en France : Ces Musulmans qui prient dans la rue





Marine Le Pen a soulevé l’indignation générale en s’attaquant aux
Musulmans qui prient hors des mosquées. Mais pourquoi se retrouvent-ils dans les rues?
De notre correspondant permanent, François Bécet
Nos politiciens, qui multiplient les déclarations qui les discréditent et les polémiques, conservent, heureusement, leur capacité d’indignation face à des propos honteux. Ils ont tous, de droite comme de gauche, réagi fortement aux propos scandaleux de Marine le Pen qui vient, par deux fois, comparer «les prières de rue» des Musulmans à une forme «d’occupation».
«Il y a quinze ans, on a eu le voile, il y avait de plus en plus de voile. Puis il y a eu la burqa, il y a de plus en plus de burqa. Et puis, il y a les prières sur la voie publique (…) maintenant il y a dix ou quinze endroits où de manière régulière un certain nombre de personnes viennent pour accaparer des territoires. Je suis désolée pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde Guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler pour le coup parce que ça c’est une occupation du territoire. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants.»
Le lendemain alors que ses propos étaient unanimement condamnés, Marine Le Pen les a confirmés, précisant seulement qu’elle ne faisait pas référence qu’à la Seconde Guerre mondiale et qu’elle aurait pu «aussi parler de l’occupation par les Anglais à l’époque de Jeanne d’Arc».
Le MRAP et la Ligue des droits de l’homme ont décidé de porter plainte. Pas le ministre de la justice, Michel Mercier, qui a estimé que si «il y a un combat à mener contre le Front national, sereinement, fortement, sans faiblir, on ne va pas mettre des juges partout».
Le Conseil représentatif des institutions juives de France, le CRIF, «indigné» par des propos dont «le seul but» est «de stigmatiser le communauté musulmane» a «fait part de sa solidarité» au président du Conseil français du culte musulman.
Pourquoi donc Marine le Pen, qui naguère s’est montrée très réservée devant les provocations de son père, a-t-elle dérapé à ce point? Engagée dans la bataille pour la succession de son père à la tête du FN, elle a sans doute voulu montrer qu’elle pouvait être aussi «dure» que son rival Bruno Gollnisch qui la juge trop «molle». Si ce dérapage volontaire a des raisons internes au FN, il est également certain que la fille du chef a surfé sur un mécontentement grandissant, sur une vague d’islamophobie. Elle s’est également démarquée de l’UMP comme des socialistes qui sont plutôt mal à l’aise avec ces problèmes liés à l’islam. En dénonçant ces «prières de rue», Marine Le Pen rencontre une partie de l’électorat que Sarkozy et elle se disputent. Avec ses déclarations sécuritaires, le président avait reconquis des électeurs, avec cette sortie immonde, la députée européenne espère accroître son audience.
«L’apéro saucisson-pinard»
Si les propos restent inqualifiables, la question est posée de savoir pourquoi des musulmans prient dans la rue, notamment dans le quartier de la Goutte d’or à Paris. La constitution, comme la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, reconnait la totale liberté de culte, mais n’autorise pas pour autant les prières dans un espace public. Si les textes ne sont pas toujours clairs, il est certain que le blocage total de la rue Myrha le vendredi parce que la mosquée est trop petite pour accueillir tous les fidèles est contraire à tous les règlements. Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l’Intérieur et député maire du 18e arrondissement de Paris, a encore déclaré hier sur France Inter que le principe des prières dans la rue est « choquant », que l’espace public doit rester public, mais il a ajouté qu’il n’empêcherait pas ces prières tant que les fidèles ne pourraient pas être accueillis dans d’autres lieux de culte. Il a rappelé que la mosquée de la rue de Tanger avait été démolie en vue d’agrandissement mais que le propriétaire n’avait pu recueillir suffisamment de fonds. Avec l’aide de la mairie de Paris, deux projets sont en cours de réalisation. Deux mosquées seraient ouvertes en 2013. D’ici là, le modus vivendi devrait être respecté. A moins que trop de protestations ne surviennent. Des riverains vivent mal cette situation. Souvenez-vous de cet «apéro saucisson-pinard» qu’une vingtaine d’association d’extrême-droite se proposaient d’organiser un vendredi rue Myrha. Une dangereuse provocation que la Préfecture de police avait interdite…


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com