Un an après la guerre/ Le bourbier irakien





* Dossier réalisé par Chokri BACCOUCHE Il y a un an, jour pour jour, les Etats-Unis et leur fidèle allié britannique défiaient le monde, en déclenchant contre l’Irak l’une des plus sordides guerres de l’histoire tourmentée de l’humanité. Cette guerre inique, engagée manu militari dans un remarquable déploiement de forces au prétendu motif de juguler la menace des armes de destruction massive et de mettre à mort un régime despote et dangereux, aura été finalement une catastrophe à tous les niveaux . Un véritable désastre dont on mesure, aujourd’hui, les retombées incommensurables non seulement sur l’Irak mais également sur l’ensemble de la planète. On avait promis au peuple irakien la liberté, l’instauration de la démocratie et une vie meilleure après plusieurs années de guerre, d’embargo, de privations et de souffrances, il n’en fut rien. la sécurité, de plus en plus précaire, les tensions inter-ethniques qui montent résolument en épingle et le processus politique qui marque le pas, sont les ingrédients d’une situation explosive et intenable. On ne compte plus d’ailleurs le nombre de morts et d’attentats qui gonflent chaque jour un peu plus la liste des victimes tant parmi la population civile que dans les rangs de la coalition. L’instabilité et le chaos sont venus démentir les prévisions optimistes des va-t-en-guerre étasuniens, enlisés dans un bourbier inextricable et acculés à gérer une situation inédite. Après s’être entre-déchirés sur l’entrée en guerre contre l’Irak, les Etats-Unis et nombre de pays opposés au conflit se sont engagés dans un laborieux exercice de rabibochage pour tenter de recoller les morceaux. Aussi bien pour Washington que pour Paris, Berlin et Moscou, chefs de file de l’opposition à la guerre, le mot d’ordre est de tourner la page de ce dérapage et de hâter la reconstruction de l’Irak, de plus en plus hypothétique du reste en raison de l’instabilité et de l’insécurité. Les uns et les autres ont dû se rendre à l’évidence de l’immensité de la tâche pour remettre sur pied un pays exsangue et incontrôlable. Le couac de Washington est d’autant plus retentissant que sa croisade contre le terrorisme a fini par devenir un véritable cauchemar planétaire. La recrudescence des actes terroristes confirme le revers cuisant essuyé par les Etats-Unis dans le bras de fer musclé qu’ils ont engagé contre Al-Qaïda. Tel un volcan en éruption dont la lave gagne du terrain et brûle tout sur son passage, l’Organisation d’Oussama Ben Laden est encore plus active et plus dangereuse que jamais. Ni les tomahawks ni les bombes intelligentes et les armes les plus sophistiquées n’ont pu venir à bout de la nébuleuse terroriste qui a donné, il y a quelques jours à Madrid, la pleine mesure de son immense capacité meurtrière et destructrice. Le bain de sang madrilène qui a sonné le glas au parti populaire et au chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar, a porté, par ricochet, un coup dur à la coalition. José Luis Rodriguez Zapatero, vainqueur des dernières législatives qui a tenu implicitement pour responsable de cette tragédie son prédécesseur, a exprimé son intention de retirer les troupes ibériques déployées en Irak. Zapatero a même fait montre d’un courage remarquable en invitant Bush et Blair à faire «leur autocritique sur la guerre en Irak», pour éviter que ce drame «ne se produise plus». En criant tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, Zapatero fait des émules. Le bal des mea-culpa vient d’être, d’ailleurs, inauguré par Rocco Bottiglioni, un ministre italien du gouvernement Berlusconi, considéré pourtant comme un solide allié de Washington, qui a avoué que «la guerre en Irak a peut-être été une erreur» et qu’il y avait encore «des possibilités pour l’éviter». Alexander Kwasniewski, le président polonais, a confié, de son côté, que son pays avait été «mené en bateau» sur l’existence des ADM irakiennes. Pourvu que ce aveux servent à quelque chose pour remettre les pendules à l’heure de la raison. L’édifice de la coalition menace, en tout cas, de voler en éclats. Les choses étant ce qu’elles sont, la question qui se pose avec insistance est de savoir comment sortir de ce mauvais pas et remettre de l’ordre dans ce fatras. S’agissant de l’Irak, la seule alternative qui reste est de mettre fin, dans les plus brefs délais, à l’occupation et surtout de hâter le transfert du pouvoir aux Irakiens sous les auspices de l’ONU. Inutile de rappeler qu’un protectorat américain qui supporte le maintien sur place d’une force militaire U.S. ne fera qu’envenimer davantage la situation. ll serait vain, dans la foulée, de croire que la force à outrance est l’unique antidote contre le fléau terroriste. De même qu’il serait tout à fait absurde de cantonner la solution de ce problème à la seule arrestation de Ben Laden et ses lieutenants. Il faudrait avoir le courage de l’admettre et de s’attaquer aux raisons profondes qui font le lit de l’extrémisme dont notamment l’injustice et la marginalisation. La promotion de la démocratie dans le monde arabe, comme l’a si bien souligné Rocco Bottiglioni, «ne naîtra pas par les armes mais avec une politique de paix faite d’échanges culturels, de dialogue inter-religieux et d’aides au développement». Les faucons de l’Administration U.S. doivent se rendre à cette évidence et croire que leurs tentatives de remodeler le monde à leur convenance ne peut que conduire fatalement à un cul-de-sac générateur de chaos et d’instabilité à l’échelle planétaire. C.B.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com