Un an après la guerre : Le bourbier irakien/ M. Taïeb Baccouche* : «Faute de correction de trajectoire, le monde court vers la catastrophe»





* Président de l’Institut arabe des droits de l'Homme Il faut rappeler que l’invasion de l’Irak par l’armée anglo-américaine a été menée malgré l’opposition de l’opinion mondiale et des Nations unies. Ce fut donc une agression illégale et illégitime dans le but d’abattre le régime despotique en Irak et de le remplacer par un régime «démocratique» et docile, servant d’exemple pour la région. Le prétexte des armes de destruction massive s’est avéré un mensonge grossier. Des milliers de civils irakiens massacrés et les infrastructures du pays méthodiquement détruites pour justifier les juteux contrats de reconstruction. On a tout fait pour coller à cette agression l’enseigne de la lutte contre le terrorisme, mais on n’a fait que l’alimenter et, plus grave encore, le légitimer aux yeux de certains qui le considèrent comme la réplique au terrorisme d’Etat qui sévit un peu partout, notamment en Palestine où les victimes du nazisme se plaisent dans le rôle du bourreau des Palestiniens avec l’aide massive de l’Administration américaine. Mais l’impondérable a été le grain de sable de la résistance à l’occupation. La malchance du peuple irakien réside actuellement dans le fait que plusieurs parties plus ou moins concernées ou impliquées s’emploient à le faire glisser vers la guerre civile pour enfoncer le pays dans le chaos. A l’heure actuelle, la situation est quasiment inextricable et le bout du tunnel est invisible pour le peuple irakien qui manque de tout et souffre presque autant que le peuple palestinien. Ainsi, le bilan est-il trop lourd pour l’humanité entière, pour ses principes et ses valeurs, pour ses acquis et ses perspectives d’avenir. Comment la situation évoluera-t-elle dans un tel chaos? Je crois que les forces d’occupation ne lâcheront pas de sitôt leur proie, mais s’emploieront pour avoir le beau rôle en monopolisant le contrôle économique et géopolitique tout en internationalisant l’occupation militaire par le biais d’une force internationale de maintien de l’ordre qui impliquerait l’essentiel des puissances mondiales dans le cadre de l’ONU. Peut-on être crédible en promettant la démocratie dans le monde ? Et peut-on imposer la démocratie dans les pays du monde quand on veut imposer une dictature à l’échelle mondiale ? Il y a trop de contradictions entre le discours et les faits. Et s’il n’y a pas de correction de trajectoire dans les mois à venir, le monde connaîtra d’autres graves catastrophes, en attendant un rééquilibrage à plus long terme.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com