Grève des hospitalo-universitaires : La rémunération de l’enseignement médical, pomme de discorde





Les médecins et pharmaciens hospitalo-universitaires ont exécuté hier et avant-hier une grève de deux jours des soins non urgents pour protester contre les conditions générales de leur corporation.
Il ressort de l’assemblée générale et du point de presse tenus hier par le Syndicat général des médecins et des pharmaciens hospitalo-universitaires que la corporation vit un malaise en raison des conditions générales dans lesquelles elle évolue, notamment pour ce qui est de «la rémunération quasi absente de l’enseignement médical».
Dans son intervention pour présenter la problématique, Dr Khelil Ezzaouia, Secrétaire général du syndicat, n’a pas manqué de mettre en valeur « les efforts consentis par le gouvernement en matière de renforcement des équipements des CHU et d’amélioration de certaines primes comme celle de la garde». Il a toutefois souligné que «ces efforts sont insuffisants en rapport avec les exigences de la situation, ce qui risquerait de compromettre l’avenir de la carrière hospitalo-universitaire». Il a cité en exemple la prime de garde. «Le gouvernement a déboursé 15 millions de dinars pour doubler cette prime. Mais, il s’agit en pratique d’une garde de 18 heures, rémunérée (après son doublement) à 108 dinars, soit six dinars l’heure. C’est clair que ce n’est pas suffisant», a-t-il insisté.
Aspirations…
Dr Ezzaouia a également mis l’accent sur le fait que «les segments de formation médicale, d’encadrement et de recherche ne sont pratiquement pas rémunérés dans les émoluments des hospitalo-universitaires. Pourtant, il s’agit d’activités quotidiennes de la corporation que l’administration ignore pratiquement».
«Il n’y a aucun département pour s’occuper de l’encadrement médical au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique», a-t-il souligné en rappelant que «40% des publications de recherches sont dans le domaine médical».
Tout en rappelant que la médecine en Tunisie est pratiquement pionnière au Maghreb, il a souligné que «les salaires des hospitalo-universitaires tunisiens n’atteignent même pas les 50 % de leurs collègues au Maroc (4000 Euros) ou en Algérie (3500 Euros)».
Les hospitalo-universitaires intervenant lors de l’assemblée générale ont insisté sur le fait que «l’activité privée complémentaire (APC) n’a jamais constitué une réclamation du syndicat et ne saurait être comprise dans la rémunération du corps hospitalo-universitaire. C’est l’administration qui a décidé de suspendre le plein temps aménagé (PTA) en 1988, et c’est encore l’administration qui a décidé d’introduire l’APC. Pour nous autres, notre réclamation fondamentale, c’est de garantir l’exercice du Plein temps intégral (PTI) dans les conditions les plus sereines et dans la dignité pour assurer une formation médicale de qualité et une prise en charge optimale des pathologies dans les établissements hospitalo-universitaires».
Ils ont appelé le département de tutelle à leur « procurer les moyens adéquats » et promis de faire progresser la qualité des prestations. «Vous allez voir où va parvenir l’exportation des services médicaux !», ont-ils affirmé.
L’assemblée générale des hospitalo-universitaires s’est passée en présence de M. Ali Ben Romdhane, Secrétaire général adjoint de l’UGTT, qui a exprimé le soutien de la centrale syndicale à ce mouvement de grève. « C’est une réaction légitime à l’absence d’ouverture d’un dialogue sérieux de la part de l’administration», a-t-il insisté, affirmant «la fierté de l’UGTT de l’appartenance de cette élite à ses structures».
Les diverses assemblées générales tenues par les hospitalo-universitaires à Tunis, Sfax, Sousse, etc. ont été unanimes à soutenir le mot d’ordre de l’arrêt de l’enseignement médical et de l’encadrement à partir du 17 janvier prochain.
Au ministère de la Santé publique
Pour ce qui est de la position de l’administration, une source autorisée au ministère de la Santé publique a exprimé, d’abord, sa satisfaction «quant au climat serein entre l’administration et la corporation des hospitalo-universitaires». Elle a ensuite mis l’accent sur le fait que «plusieurs améliorations ont été déjà introduites dans les primes accordées au cadre médical et paramédical, dont les hospitalo-universitaires». La même source a également rappelé que l’administration «est tenue de veiller à l’équilibre des rémunérations de toutes les corporations de la fonction publique». Enfin, et pour ce qui est de la comparaison avec les rémunérations en Algérie et au Maroc, la même source a expliqué que «les augmentations accordées l’ont été pour tous les hauts cadres de la fonction publique, non pas spécifiquement pour les hospitalo-universitaires».


Mourad SELLAMI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com