Apostrophes/ Rêve: Lettre aux humains





“Combien de fois m’étais-je gaussé de la phrase de Voltaire: “Tout est bien qui finit bien dans le meilleur des mondes possibles”. Je m’en moquais, croyant, avoir affaire à une affirmation d’hurluberlu. En fait, je m’étais trompé, ayant oublié que la vérité sort souvent de la bouche d’un hurluberlu. Il avait bougrement raison, le Candide. Je m’en aperçois, aujourd’hui qu’un an est passé depuis que le régime honni de Saddam Husseïn a essuyé les premières frappes militaires. Une année qui a pris, au fil des jours, des tonalités idylliques. Comme si un Merlin enchanteur avait posé sur notre pays une baguette magique. La baguette de pain dont nous avons longtemps rêvé, est de nouveau à notre portée, dorée et croustillante. La baguette d’un magicien de la musique nous a joué la mélodie du bonheur et de la concorde sous la bannière constellée. La baguette de l’éducateur a pris en charge, avec bienveillance et résolution à la fois, les horizons de notre savoir et savoir-faire. Il n’est pas jusqu’à la baguette du médecin, cette baguette autour de laquelle s’enroule le serpent du caducée cher à Esculape, qui n’ait participé aux noces en mettant notre santé à l’abri de toutes les vicissitudes. En tant qu’Irakienne, je ne peux qu’être fière de vivre dans ce nouveau pays de cocagne. J’en remercie du fond du cœur les bons samaritains qui nous ont comblés de leurs bienfaits” Delal de Mésopotamie P.S. “Au fait, j’allais oublier. Prière de lire au lieu du mot baguette, le mot bâton ou encore mieux, gourdin ou matraque. Cauchemar Il y a exactement une dizaine d’années se déclenchait au Rwanda un des plus affreux génocides de l’histoire. Quelque 800.000 Tutsis étaient massacrés, brûlés vifs, abattus à coups de machette ou tués à bout portant, par leurs ennemis héréditaires, les Hutus. L’horrible carnage avait, alors, horrifié le monde et ému les consciences. L’affaire fit grand bruit. D’autant que l’ONU, présente sur le terrain, devait garder l’œil ouvert et aurait pu donc le prévoir ou, tout au moins, en atténuer la gravité en intervenant à temps. Du reste, les médias se sont interrogés sur le silence des Nations unies. Un silence dont on ne saisit pas jusqu’à maintenant les tenants et aboutissants. il en est de même de certaines puissances qui n’ont pas levé le petit doigt. Dix ans se sont écoulés. Et l'on nage encore dans le flou le plus complet. Pour corser le tout, est apparue l’histoire de la boîte noire de l’avion d’Habiarymana, abattu par un missile. Boîte noire retrouvée, comme par hasard, dans un tiroir perdu du siège de l’ONU et qui n’a finalement rien livré de palpable aux enquêteurs. Ce dont on a fait partout dans le monde des gorges chaudes. Le résultat de tout cela, c’est qu’on a fait prendre à un drame atroce une tournure rocambolesque!! Remake de cauchemar “Les questions qui fâchent, on les laisse en suspens. Donnons le temps au temps, il saura lubrifier les aspérités et huiler les rouages qui grincent”. Ces remarques assortissent souvent les conférences de paix, le plus urgent étant souvent d’éteindre les incendies et d’éviter un crescendo de la violence pouvant atteindre le point de non-retour. Il y a de la sagesse dans cette approche. Malheureusement, les questions qui fâchent ressurgissent un jour ou l’autre. Et souvent avec une acuité plus grande et un tel déchaînement de passions et de parti-pris que tout espoir s’envole. Il en est ainsi de plusieurs questions internationales épineuses. L’exemple palestinien en est une remarquable illustration. A force d’éviter les points susceptibles de fâcher Israël et d’en remettre le traitement à plus tard, la Communauté internationale ne fait que réduire les perspectives de règlement. C’est le cas aujourd’hui du Kosovo où l’on est en train d’enregistrer une recrudescence des frictions entre les communautés albanaises et serbes. ONU et OTAN s’étaient dans le temps contentées de calmer le jeu et de procéder à la séparation géographique des deux populations. Et ce, dans l’hypothétique espoir de voir s’établir un dialogue interculturel et interethnique pouvant déboucher sur une harmonisation des cœurs et des esprits. Hélas, quand il s’agit de deux nationalismes qui s’affrontent (et généralement l’un des deux est forcément agresseur), il est difficile de circonscrire le feu. Il faut que justice soit faite à la victime, sous peine de le voir perdurer jusqu’à la fin des temps. Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com