Des excuses officielles aux artistes tunisiens : Pour que ces excuses soient concrétisées sur le terrain





M. Mohamed Ghannouchi, Premier ministre s’est excusé, officiellement, auprès des artistes tunisiens malmenés mardi par les forces de l’ordre; excuses présentées lors d’un point de presse tenu hier. Réactions.
Hassouna Mosbahi (Ecrivain) : «Il faut que ces excuses soient suivies d’actes concrets»
«Nous avons tous été touchés par ce qui s’est passé hier (mardi). Nous nous indignons de cette violence qu’ont subie les artistes tunisiens qui ont voulu tout simplement s’exprimer. Certes, les excuses du premier ministre constituent un bon geste. Mais les mots suffisent-ils dans ce genre de situation? Les artistes sont avant tout des citoyens et c’est par amour pour ce pays qu’ils ont voulu manifester leur solidarité avec le peuple tunisien. Ce qu’a subi Raja Ben Ammar et tous les artistes libres est une vraie honte. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de notre pays que les artistes tunisiens subissent ces humiliations. A chaque fois qu’il y a une crise, les artistes subissent la violence. Du coup, on ferme les yeux sur ce que les artistes ont donné à ce pays. Nous n’avons pas de mérite. C’est notre devoir envers notre chère Tunisie et nos frères et sœurs sur tout le territoire tunisien.
A mon avis, il faut que les paroles soient suivies par des actes concrets. Les promesses ne suffisent pas. Il faut penser à remédier aux plaies des artistes qui sont très profonds et surtout procéder à de vraies réformes au sein du gouvernement. Pour retrouver la stabilité, il faut aller plus loin, être concret.».
Noureddine Ouerghi (Homme de théâtre) : «Les promesses ne suffisent pas»
«Au Japon, les artistes sont considérés comme un monument national. Ce qui s’est passé hier est une honte. C’est vraiment malheureux et injuste de voir des artistes traités comme des gueux. Ils ont du coup oublié que les artistes sont le miroir de leur société. Les promesses et les paroles ne suffisent pas. Hier, les artistes, qui absolument ne cherchaient qu’à exprimer leur solidarité avec le peuple tunisien, n’ont pas été considérés comme une mémoire de notre pays. Les paroles et les excuses ne suffisent pas aujourd’hui parce que les blessures sont plus profondes et plus douloureuses, car nous nous associons aux familles endeuillées dans toutes les régions du pays. Notre souffrance est infime par rapport à la leur. Mais l’agression contre des intellectuels et des artistes qui se sont rassemblés pacifiquement est un signe avant-coureur d’un inévitable manque d’avancement, d’une crise.
Cet acte inacceptables et ces flots de sang et de larmes qui ont coulé ne seront pas effacés et resteront gravés dans la mémoire du pays.»
Mohamed Ali Nehdi (Cinéaste et acteur) : «Il faut que les actes suivent les paroles»
«Le problème n’est pas lié à un individu. Je me demande d’ailleurs si les policiers prendront en considération les excuses du Premier ministre. Le problème est lié à mon sens à la mentalité des policiers qui se croient au-dessus de la loi. Nous avons choisi mardi de nous rassembler car nous sommes des citoyens libres et nous avons droit , en tant que composante de cette société d’exprimer, notre opinion, nos pensées et nos émois. Nous sommes aussi des Tunisiens, c’est ce que les policiers ont oublié. Nous avons subi une violence verbale et physique, nous avons été traités avec des adjectifs honteux, dégradants… Les policiers nous ont considérés responsables de tout ce qui se passe dans le pays. Nous revendiquons notre droit à la dignité en tant qu’artistes mais surtout que citoyens tunisiens libres. Nous espérons que les excuses du ministre seront suivies d’une application réelle.»
Mohamed Sghaïer Ouled Ahmed (Poète) : «J’accuse les médias»
«La question n’est pas liée à ces excuses prononcées. Il y a eu hier une humiliation. Les artistes et les intellectuels ont été agressés. J’ai voulu aujourd’hui (mercredi) me rendre à El Teatro pour assister à un rassemblement mais je n’ai pas pu. En tant que Tunisien je fais endosser une bonne part de la responsabilité aux médias qui ont choisi le silence, fermant les yeux sur ce qui s’est passé dans le pays».


Dossier préparé par Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com