Rassemblement des artistes au 4e art : «Non à la mascarade !»





C’est à la salle « Le 4e art » que de nombreux artistes se sont réunis hier pour crier haut et fort «Non» à ce gouvernement d’Union nationale. Détails.
Il a fallu quelques messages téléphoniques et des invitations lancées sur le réseau «Facebook» pour que des artistes, de différentes générations et de diverses spécialités et sensibilités se rendent à la salle «Le 4e art», au 27, avenue de Paris à Tunis. Il est déjà 11h00. Devant une salle pleine à craquer d’artistes, le comédien Moez M’rabet est monté sur scène appelant l’assistance à s’installer pour entamer le débat. Une minute de silence pour tous nos chers martyrs de la liberté. Une deuxième minute de silence pour l’âme du comédien Moez Kouki tué il y a deux jours à Djebel Jeloud par des balles de ces milices qui tentent d’effrayer les citoyens. Après avoir salué le drapeau tunisien au son de l’hymne national, place à la parole libre et libérée des artistes qui sont venus juste pour exprimer leur soutien et leur solidarité avec le peuple tunisien et surtout de manifester leur refus du gouvernement d’union nationale.
«Soyons honnêtes»
« Je n’ai pas léché, je n’ai pas lynché et je ne vais pas lâcher. Je suis ici pour crier «Non» à ce gouvernement et surtout pour dire que nous sommes les complices du système même par le silence. Je dis que cette révolution est la révolution du peuple et au moment où nous devons en tant qu’artistes être devant ce grand peuple, nous étions derrière, en 2e position. Je dis même que nous n’avons pas pu durant toutes ces années démanteler et faire disparaître le comité chargé du contrôle et également de censure des œuvres théâtrales. Seul le peuple a réussi à libérer les artistes. La Tunisie passe aujourd’hui par une étape historique et nous devons assumer nos responsabilités en tant qu’artistes. Soyons honnêtes! Soyons vigilants! Oublions nos différences et soyons unis pour que notre Tunisie ne brûle plus. J’ai été surpris d’écouter le Premier ministre Mohamed Ghanouchi déclarant avoir contacté Ben Ali. J’ai été choqué du discours du ministre de l’Intérieur et des menaces qu’il a faites. Je dis non à ce gouvernement qui veut faire avorter la révolution du peuple, à ces gens qui veulent profiter des réalisations des Tunisiens; ces Tunisiens qui ont dit non à l’injustice, à l’inégalité, à la dictature…», a déclaré, les larmes aux les yeux, la dramaturge et comédienne Leïla Toubel.
L’homme de théâtre Noureddine Ouerghi a pris la parole, invitant les artistes à se calmer pour pouvoir enrichir le débat. «Au lieu de nous disputer et de perdre le temps dans des commentaires insensés, nous devons nous écouter l’un l’autre, respecter la différence. Aujourd’hui, nous devons donner l’exemple», a-t-il lancé sur un ton ferme, appelant à l’ordre les artistes surtout après la montée de Chérif Alaoui sur scène, considérée par certains artistes comme une vraie provocation. Prenant la parole, Slah Mosbah a déclaré avoir «subi un traitement spécial par les forces de l’ordre, lors de la manifestation organisée vendredi dernier». Portant des cicatrices très visibles dues à une violence physique, le chanteur a invité les artistes à dépasser leurs différends et à mettre la main dans la main pour réussir cette révolution.
Que demandent les artistes aujourd’hui ?
La nomination de Moufida Tlatli en tant que ministre de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine semble aviver davantage la colère des artistes. Il y a de quoi! Mme la ministre figure sur la liste de ceux qui ont appelé le président déchu à présenter sa candidature pour les présidentielles de 2014. La démission de la cinéaste n’a pas été la seule demande figurant sur les deux communiqués lus lors de ce rassemblement et qui ont constitué une feuille de route pour les intervenants. La dissolution du gouvernement d’Union nationale, le déblaiement de tous les symboles de l’ancien régime, le remplacement des noms des rues et ruelles portant l’appellation du 7 novembre par l’appellation de 14 janvier pour immortaliser ces moments historiques qui ont changé le visage de la Tunisie… Les artistes ont également appelé les radios et télévisions nationales, étatiques comme privées, à assumer leurs responsabilités, faisant remarquer que malgré le changement du slogan, la télévision nationale (dite avant Tunisie 7) continue à inviter des artistes qui ont soutenu l’ancien régime et qui ont fait partie de ses campagnes de propagande. Le secrétaire général du syndicat des artistes plasticiens a souligné dans son intervention son refus de l’appellation de la révolution du peuple tunisien par la «révolte du jasmin» et pour cause «le jasmin se fane mais la révolution du peuple tunisien est immortelle».


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com