Assasinat de Cheikh Ahmed Yassine/ Vers la radicalisation !





En assassinant Cheïkh Ahmed Yassine, Israël commet une bourde monumentale aux conséquences désastreuses. Car ce crime odieux, destiné initialement à «décapiter» le Hamas, ne fera que radicaliser davantage le mouvement de résistance palestinien, désormais uni, toutes factions confondues, autour de la même cause. Israël a franchi, hier, le rubicond en perpétrant encore une fois un crime abject et horrible dans les Territoires occupés. Le chef spirituel du Hamas, Cheïkh Ahmed Yassine, ainsi que deux de ses assistants et un passant, ont été froidement liquidés à l’aube à Gaza, à la suite d’un raid d’hélicoptère israélien. Figure emblématique et charismatique de la Résistance, Cheïkh Ahmed Yassine était réputé pour ses positions fermes contre l’occupation et ses envolées lyriques hostiles à la politique jusqu’au-boutiste du Premier ministre israélien, Ariel Sharon. De son vivant, il jouissait d’une grande notoriété et était particulièrement apprécié par la rue palestinienne qui trouvait auprès de lui, après chaque dure épreuve, tout le réconfort et l’appui moral pour poursuivre la lutte jusqu’au bout. Paraplégique, ne se déplaçant qu’en fauteuil roulant, Cheïkh Ahmed Yassine était, un fin tribun qui puise la force de ses discours dans le dur vécu des Palestiniens. Homme du peuple et pour le peuple, il avait le don de faire renaître l’espoir et excellait dans l’art de maintenir le tempo des Palestiniens au top quels que soient les aléas et les vicissitudes de la conjoncture. En un mot, il incarnait l’orgueil et cette détermination farouche des Palestiniens de recouvrer leurs droits et leur liberté spoliés, quitte en cela à en payer le prix fort. Cheïkh Ahmed Yassine ne pouvait en tout cas rêver meilleure fin : mourir en martyr, comme il l’a toujours souhaité depuis le jour où il a juré de sacrifier sa vie sur l’autel de la Palestine. L’assassinat de Cheïkh Ahmed Yassine, qui a provoqué une indignation internationale, n’est, en fait, pas du tout surprenante. Ariel Sharon qui a promis d’entreprendre de dures représailles au lendemain de la double opération, suicide perpétrée dans le port d’Ashdod, n’a pas perdu son temps pour mettre à exécution ses sombres menaces. Par cette tuerie qui constitue un précédent d’une extrême gravité, le Premier ministre israélien s’en prend à un symbole dans une évidente tentative de «décapiter» les mouvements radicaux palestiniens et de mettre fin, une bonne fois pour toutes, aux velléités de résistance du peuple palestinien. Connu pour ses méthodes expéditives et brutales, Ariel Sharon, à travers ses «coups d’éclat» sanguinaires, ambitionne en fait d’entrer dans l’histoire du sionisme par la grande porte en tant que l’un des plus illustres serviteurs de cette idéologie extrémiste éminemment xénophobe. Le Premier ministre israélien pourra toujours bomber le torse, pavoiser et «remercier l’appareil de la défense et ses différentes branches pour avoir éliminé «le premier des assassins et terroristes palestiniens». Mais le retour de manivelle attendu de son acte odieux risque de figer son sourire triomphateur et narquois pour longtemps. Car Ariel Sharon ignore en fait qu’il a commis une bourde monumentale en ouvrant la porte de l’enfer. En effet, et contrairement aux prévisions du Premier ministre israélien, l’assassinat de Cheïkh Ahmed Yassine va radicaliser davantage la résistance qui pourrait devenir un véritable mouvement populaire. La mort du leader du Hamas constitue, en fait, un ciment fédérateur; les factions palestiniennes, toutes mouvances politiques confondues, ayant juré de resserrer leurs rangs autour d’une même cause et de transcender leurs divergences. Il est clair qu’Ariel Sharon a tout fait pour précipiter la région dans l’abîme du chaos. En cela, il est en passe de réussir son pari en inaugurant un nouveau cycle de violence encore plus féroce. La situation pourrait d’ailleurs basculer d’un moment à l’autre et le pire est à craindre. Fait d’autant plus grave, les errements du Premier ministre israélien donnent en fait directement de l’eau au moulin extrémiste, et il y a d’ailleurs un risque majeur à ce que d’autres régions soient touchées de plein fouet et subissent les conséquences du crime commis contre Cheïkh Ahmed Yassine. La partialité outrancière dont jouit Israël qui pratique au vu et au su de tout le monde le terrorisme d’Etat, conjuguée à cette injustice criarde prévalant au Proche-Orient depuis voilà plus d’un demi-siècle constituent de fait le terreau du terrorisme tout court. Les Européens avaient bien raison de croire que l’Etat hébreu représente le plus grand danger qui menace la paix et la stabilité sur la planète... Chokri BACCOUCHE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com