Un droit d’inventaire





La vitalité d’une nation se mesure à un ensemble de paramètres traduisant les aspirations des peuples au bonheur et à la prospérité. Ces signaux peuvent être matérialisés, soit par des paramètres quantifiables tels que le niveau de vie, le degré d’instruction, soit par des critères normatifs marqués souvent du sceau de la subjectivité tels que le niveau de participation à la vie publique, l’état des droits de l’homme, voire le poids de l’organisation politico-administrative du pays...
Si les premiers critères sont généralement admis et confirmés par des mécanismes, parfaitement rodés et déterminés par des analyses statistiques fiables (taux de croissance, taux de natalité, durée de vie..), il n’en est pas de même pour les seconds qui demeurent sujets à controverse et à contestation. Aussi le rayonnement d’un mouvement politique -ou la force d’une organisation- est-il, parfois, suspecté de manipulations et de démagogie.
A travers différentes périodes, des partis politiques, fondés sur des idéologies concurrentes, ayant toutes pour but de bâtir une société idéale où régneraient la justice, la liberté et la prospérité, ont été l’objet d’expérimentations et l’on peut affirmer leur échec à réaliser ces objectifs. La révolution de notre peuple, aujourd’hui, en est un témoignage édifiant.
Certes, il ne saurait être question d’ignorer les progrès accomplis dans ces domaines, mais il ne pourrait être affirmé que la progression a été uniforme, ni qu’elle a été en phase partout et toute part. Les soubresauts historiques, de notre pays en particulier, nous rappellent la difficulté toujours croissante de conduire les affaires dans un modèle standard, aux contours prédéterminés.
Après la faillite des idéologies- certains s’en réclament encore !- qui avaient réussi par le passé à soulever les masses, il s’agit aujourd’hui d’affronter  la mondialisation- cet ordre nouveau aux contours imprécis et imprévisibles- de se référer à des principes et à des idéaux susceptibles d’être inscrits dans les faits et d’inspirer des programmes d’action adaptables aux changements, afin de sauvegarder l’identité voire d’assurer la survie de la nation.
C’est dans cette catégorie de pensée que s’inscrit notre démarche et c’est sur cette base qu’un droit d’inventaire doit être établi pour se placer dans la durée et aider à changer les conditions des tunisiens afin de les propulser sur la voie du progrès.
Ce droit d’inventaire considéré, non comme une vérité absolue, mais la seule voie passante, celle pour nous militants sincères de  la continuation  d’un mouvement de pensée ayant une longue expérience des hommes et de leur conduite pendant plus d’un demi-siècle. En effet, à travers un combat contre le sous-développement, après avoir mené à terme la décolonisation et jeté les bases d’un Etat moderne, nous pouvons, aux côtés des autres composantes de la société, impulser des réformes structurelles fondamentales au niveau politique, social, économique et éducationnel.
Attentif à la vie, faisant confiance par-dessus tout à l’esprit et à l’intelligence, cherchant, dans le dialogue et la confrontation des idées, les moyens pratiques pour faire évoluer les tunisiens vers une société de participation et faire d’eux les principaux acteurs de leur progression vers un monde meilleur. Telle est la mission que confère le peuple à nous tous par sa révolution et c’est comme telle qu’elle est ressentie par un militant de base.
Par delà les controverses stériles et au-dessus des divergences sur les méthodes, l’engagement responsable est le seul moyen d’accomplir dans l’action et faire évaluer la réalité vers l’idéal dont rêve notre jeunesse. Nous les militants sincères qui avons la chance d’avoir été regroupés au sein d’un mouvement politique dont la valeur et l’efficacité ont été éprouvées, il faut s’employer à demander un droit d’inventaire.  Nous  rejetons en bloc les années de brimade, de corruption et de tyrannie de la famille régnante des Ben Ali, Trabelsi et consorts et nous demandons à la justice de les poursuivre. Par notre renouveau, nous demeurerons une des forces attractives vers laquelle convergeront des tunisiens parce qu’ils trouveront un espace de liberté et une école d’abnégation et de dévouement au service de l’édification d’une société plurielle, juste, solidaire et équilibrée.
Ce faisant, nous aurons été fidèles à nos martyrs, ceux qui ont consacré leur vie au rayonnement de notre pays. Nous aurons également administré la preuve que les militants sincères savent être à la hauteur des nouvelles exigences et sont capables de remporter, avec les autres composantes de la société, la bataille de l’espoir.

Rejeb Haji (Enseignant à Esprit )


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com