Détournements de fonds : Où sont passés les 160 milliards des variateurs pour l’éclairage public ?





A partir d’un programme d’équipements pour éclairage public capables de réduire la consommation électrique jusqu’à 45%, une énorme magouille, menée par Montasser Mehrzi, époux de l’une des sœurs de Leila Ben Ali, et son porte-nom Mourad Chaker, DG de la société CMR, a détourné le gros est des 160 milliards du financement.
Ce sont des accusations remontant à de longues années sur un programme qui avait tout pour réussir et que nous retrace Ridha Mamoun, general manager de «Energy Management & Environment Plus», une entreprise spécialisée dans la fourniture, l’installation, la mise en marche et l’assistance des équipements d’économie d’énergie et d’environnement basée à Tunis.
Ce qui a ainsi commencé comme une excellente initiative pour l’économie de l’énergie finit ainsi en trafic d’influence, détournements de fonds, pertes accumulées auprès de plusieurs collectivités locales et municipalités autour d’une somme de 80 millions d’euros (près de 160 milliards de millimes).
«Après la réussite des expériences que j’ai menées avec la participation du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales en partenariat avec la STEG et l’Agence nationale de la maîtrise d’énergie de 1999 à 2001, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales a décidé d’intégrer obligatoirement des régulateurs variateurs de tension pour éclairage public dans toutes les nouvelles installations de Tunisie. Ces équipements sont installés à la tête de la ligne après le compteur pour stabiliser la tension du réseau d’éclairage public et réduire la consommation électrique jusqu’à 45% avec une garantie de matériel et de résultat pour encourager les municipalités à participer à ce programme», nous confie Ridha Mamoun.
«En 2005, en collaboration avec la société tunisienne CMR (Contrôle Maintenance Régulation, dirigée par Mourad Chaker), nous avons proposé à l’Etat tunisien une ligne de crédit auprès du Fonds espagnol de développement FAD à des taux préférentiels pour financer un programme d’installation de ces régulateurs économiseurs d’énergie sur les anciens réseaux d’éclairage public. Ces équipements, qui seraient fournis par la société espagnole «Salicru», seraient financés par ce crédit FAD, qui est de l’ordre de 80 millions d’euros mis à la disposition du ministère tunisien de la Coopération internationale.
Une réunion s’est tenue, le 2 avril 2005, au ministère de l’Industrie, de l’Energie et des PME sous la présidence de Afif Chelbi pour présenter ce programme, en présence de la direction générale et la direction commerciale de Salicru, de Mourad Chaker, DG de CMR, et Montasser Mehrzi, époux de la sœur de Leila Ben Ali».
Un plan d’action sur 10 ans
Le programme a été accepté par l’Etat tunisien et, étant le directeur technique de ce projet d’après l’accord signé avec Salicru le 22 juin 2004, il a été confirmé que l’installation, la mise en marche et la garantie de ces équipements économiseurs d’énergie seront toujours assurés par Ridha Mamoun en personne. «Après les études effectuées sur tous les réseaux d’éclairage public en Tunisie, j’ai proposé un plan d’exécution s’étalant sur dix ans, de 2005 à 2015, vu les anomalies et les non conformités que j’ai constatées dans ces anciens réseaux et qui mettent en cause la fonctionnalité des régulateurs et la réussite du projet. Tout à coup, j’ai appris que Afif Chelbi a annoncé à la Chambre des députés, en décembre 2005 au moment des débats budgétaires, un programme triennal 2005-2008 pour installer ces régulateurs, ce qui n’avait aucun sens puisque les constatations techniques disent de manière formelle qu’il faut dix ans, et pas trois ans, pour mener à bien ce projet. Après une conférence de presse en août 2006 à l’hôtel Abou Nawas en présence de trois ministres (Rafik Haj Kacem, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Afif Chelbi, ministre de l’Industrie, de l’Energie et des PME, et Nadhir Hamada, ministre de l’Environnement), ceux-ci ont annoncé le lancement de ce programme triennal sur les anciens réseaux en commençant par l’installation de 2500 régulateurs pour le dernier trimestre 2006 ; ce qui est impensable et irréaliste. Ils ont également annoncé l’installation de 4000 régulateurs en 2007 et 2008», ajoute notre interlocuteur.
En 2008, aucun régulateur de ce programme n’a été encore installé ; ce qui a augmenté le coût du programme par l’augmentation du prix des câbles électriques en cuivre et les différentes charges ainsi que la hausse de l’euro (qui est passé de 1,3 dinar au début à 1,6 en 2008) ; ce qui a diminué, voire anéanti, la rentabilité de ce projet.
«Tout ceci montre que ce programme est devenu une opération de complaisance au bénéfice de Montasser Mehrzi et Mourad Chaker malgré les contestations et les réclamations que j’ai faites, soit sur les colonnes de la presse locale, soit en envoyant des lettres au Premier ministre Mohamed Ghannouchi, au PDG de l’ANME, au DG des collectivités locales au sein du ministère de l’Intérieur Mohamed Belkhiria, au PDG de la Caisse des prêts et de soutien aux collectivités locales présidée par Hédi Zakhama et aux ministres des Finances et de la Coopération internationale.
Ce qui m’a poussé à me désengager de ce programme en informant tous les concernés (même le fournisseur Salucru, que je représente). Jusqu’à la parution d’une note du 21 mai 2007 n°94 de la Caisse des prêts et de soutiens aux collectivités locales qui montre une fois encore les magouilles qui font loi dans ce projet et l’inexistence d’une étude technique et de faisabilité pour ce projet. Cette note avait demandé la nécessité : premièrement d’assainir l’ancien réseau d’éclairage public et de sa mise à niveau, deuxièmement de donner au fournisseur et la société CMR les puissances demandées pour chaque variateur qui va être installé, troisièmement de bâtir des niches pour ces variateurs. Toutes ces données montrent qu’on est encore dans la phase étude et préparation pour l’exécution de ce projet trois ans après le lancement et l’accord signé avec le fournisseur. Pour exécuter ces trois clauses, il faut un budget énorme et un délai de plusieurs années», poursuit Ridha Mamoun.
«Il est urgent de mettre
sur pied une commission d’enquête»
«Ce qui montre que ce projet était «inexécutable» et que tout le monde le savait. Maintenant, en 2011, le projet est encore en cours sans aucune rentabilité et la majorité écrasante de ces régulateurs est hors de fonctionnement alors que j’ai plusieurs fois averti les responsables que nous allions jeter ces fonds à la poubelle, alourdir les charges des municipalités... Les 160 milliards se sont évanouis. Il est urgent de mettre sur pied une commission d’enquête sur ce projet et interroger tous les responsables pour stopper ce programme qui n’a plus raison d’être et essayer de récupérer ce qui est récupérable», conseille-t-il.
Dans l’une des correspondances capitales de ce programme, on constate une lettre envoyée par Montasser Mehrzi à Afif Chelbi et se posant comme vis-à-vis alors qu’il n’a aucun statut dans ce projet. Son porte-nom Mourad Chaker, DG de la société CMR, a fait tout le travail alors que Ridha Mamoun n’a eu aucun émolument après six ans de travail sur ce projet.
En guise de conclusion, notre interlocuteur ajoute : «Pour ne prendre qu’un point, le retard de trois ans a augmenté le coût du matériel de 38 milliards de millimes à 60 milliards, vu l’augmentation du taux de change, du prix du cuivre, des matières premières pour la construction des niches et du branchement des régulateurs dans ces niches qui, à elles seuls, ont coûté 10 milliards».

Manoubi AKROUT


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com