Un troublant imbroglio





Les événements qui secouent actuellement la planète (intervention en Irak et lutte contre le terrorisme) ont sorti de l’ombre le rôle occulte des services secrets. Erreurs, mauvaises appréciations, complaisances, interférences avec les espaces politique et médiatique ont contribué à brouiller l’image classique que donnaient jusqu’à maintenant les agences de renseignements. Toute l’affaire irakienne, du début de son déclenchement en 1990 jusqu’au jour d’aujourd’hui, est un tissu de paradoxes. Des paradoxes sur fond d’impostures et de duplicités. Le dernier en date, et non des plus surprenants et des plus déroutants, est celui du rôle joué par les services secrets des puissances engagées dans le conflit. Comment admettre qu’un organisme comme la CIA, aussi puissant qu’un Etat, pouvait se tromper d’une façon aussi calamiteuse dans ses informations concernant les fameuses armes de destruction massive irakiennes. A moins que le mensonge ne fût délibéré soit pour servir le pouvoir soit pour le discréditer! S’il y avait erreur, ce serait inacceptable. D’autant que l’erreur aura entraîné l’occupation d’un pays souverain, la mort de nombreux innocents, la capture au mépris du droit et de la morale, d’un Chef d’Etat, l’instauration d’un chaos inimaginable. S’il y avait préméditation, l’impression retirée serait encore plus désastreuse. Sciemment et froidement, on aurait provoqué un hold-up suivi d’un génocide ponctué, lui-même, par l’apocalypse. Ce qui fait venir à l’esprit le dicton arabe: “Mainte excuse est pire qu’un crime”. Le ver dans le fruit On pouvait espérer que le mal serait circonscrit et que la conscience censée habiter l’homme finirait par avoir le dessus. Eh bien non! Le mal s’est déjà propagé et l’on craint qu’il ne fasse empirer l’état de la planète. Le ver a déjà pénétré profondément dans la chair du fruit. Sinon comment expliquer qu’Aznar, l’ex-président du gouvernement espagnol, se soit fait si piteusement avoir et que, par son inconscience, il ait été mêlé — ô à son insu — à un des drames les plus éprouvants que l’Espagne ait connus depuis la guerre civile de 1937. La chute du gouvernement d’Aznar et le revirement spectaculaire de l’électorat espagnol en faveur des socialistes a eu pour origine une double défaillance des services secrets espagnols ou de ce qui en tient lieu sur les rives du Tage. Une première fois quand ils ont emboîté le pas aux services secrets américains et ont gobé le rocambolesque feuilleton des A.D.M irakiennes, une deuxième fois en faisant accréditer la main de l’E.T.A. dans les sanglants attentats du 11 mars à Madrid. Un double questionnement Là aussi, comme nous le disions plus haut, connivence ou erreur, peu importe ! Le résultat est, là, fort édifiant qui incite à s’interroger doublement sur le rôle dévolu aux organismes de renseignements. Ont-ils le droit de se tromper tant est que la moindre erreur peut avoir les répercussions les plus catastrophiques sur le pays concerné ou même sur le destin de la planète tout entière (le cas d’une erreur de renseignement dans le domaine de l’armement nucléaire) ? Ont-ils pour vocation de servir leur pays ou d’être à la solde d’un homme, d’une faction, d’un parti etc? Il y a manifestement aujourd'hui une redistribution des tâches et des attributions au point que l’on ne sait plus à quel “saint” se vouer pour se référer à un fameux héros de livres d’espionnage. Une redistribution qui se complique avec l’interférence entre ce domaine connu pour être impénétrable et totalement hermétique avec deux autres espaces: l’espace politique où le responsable est censé surfer entre les registres du dit et du non-dit et l’espace médiatique où l’on est voué au travail à visage découvert. Cela implique, qu’on le veuille ou non, une circulation à demi-mot d’informations, un échange sous le manteau de services, une discrète communication réciproque d’informations. Quitte à ce qu’un membre agissant dans un de ces domaines troque son habit contre celui d’un homologue de l’autre bord. Et cela se complique du fait que tout ce “commerce” s’inscrit dans la trame des nouvelles technologies de l’information et de la communication. C’est-à-dire dans l’horizon de la société du savoir... d’un savoir qui pourrait, à force d’être brouillé, se muer en un non-devoir. Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com