Rached Ghannouchi au Quotidien : «Je me vois proche d’Erdogan»





Cheikh Rached Ghannouchi, figure de proue du mouvement islamiste Ennahda, a regagné avant-hier Tunis où quelques milliers de ses sympathisants l’ont accueilli.
Dans une déclaration au Quotidien juste après son bain de foule à l’aéroport, le Cheikh a contesté «l’assimilation de son retour à celui de l’Imam Khomeyni en Iran». «Je refuse ce catalogage de l’occident qui veut absolument me rapprocher des Talibans ou de Ben Laden. Il y a plusieurs courants en l’Islam et je me vois plutôt proche d’Erdogan», a-t-il poursuivi.
Concernant les raisons de son retour, Ghannouchi a expliqué que : «Le dictateur est tombé. Ma place est dans mon pays pour participer à la réalisation des objectifs de cette révolution pacifique, mettre en place un système démocratique et instaurer la justice sociale».
Pour ce qui est des priorités du moment, le leader islamiste a attiré l’attention sur le fait que «le dictateur est tombé mais le système de la dictature est encore là. Une transition est certes nécessaire, mais elle ne devrait pas se faire avec des casseurs du processus révolutionnaire. Nous sommes plutôt pour une large coalition de toutes les forces ayant réussi la révolution comme les syndicats, les avocats, les partis politiques militants, les jeunes et les associations militantes représentatives de la société civile».
«Il est impératif de mettre sur pied une nouvelle constitution, car l’ancienne avait été façonnée pour correspondre aux besoins d’un régime fondé sur le monopole d’un parti autoritaire. Cette nouvelle constitution devra être rédigée par la convention réunissant les partis d’opposition et les institutions représentatives de la société civile, avec l’aide d’experts et de juristes indépendants», a-t-il ajouté.
Rached Ghannouchi a tenu à préciser que «son mouvement ne réduit pas les droits des femmes tunisiennes» et que «les craintes propagées par le dictateur à l’encontre d’Ennahdha visent à diviser la société».
Pour renforcer les propos de son leader, Ajmi Lourimi, un dirigeant d’Ennahdha, a précisé : «Nous voulons participer à la vie politique avec les autres partis. Nous allons demander à être légalisés. Notre dossier de demande est prêt ».
Aval de la classe politique
Les dernières discussions qui ont eu lieu la semaine dernière pour la création du Conseil de sauvegarde de la révolution ont intégré des représentants d’Ennahdha. Ce débat instruit à l’initiative du Conseil de l’Ordre des avocats et de l’UGTT réunit tous les partis politiques, syndicats et organisations non-gouvernementales non liées au régime de Ben Ali.
Interrogé sur la présence des islamistes d’Ennahdha, Mustapha Ben Jaâfar, le Secrétaire général du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), a répondu : «Nous ne pouvons ne pas tenir compte d’un partenaire de cette taille et de ce poids dans la société. Il est déjà avec nous dans les débats».
Dans le même ordre d’idées, Jounaïdi Abdeljaoued, membre du secrétariat permanent d’Ettajdid, a expliqué au Quotidien que «Malgré le fait que nous soyons sur une ligne diamétralement opposée avec Ennahda,nous sommes pour un accord pouvant garantir un consensus national, y compris avec les islamistes».

Mourad SELLAMI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com