Le soleil de Tunisie éclaire l’Orient





Par Mohamed KOUKA
Depuis toujours, la réaction occidentale, relayée en cela par les intégristes, ne cesse de nous enfoncer dans le crâne que la société arabe n’est pas apte pour l’exercice et la pratique de la démocratie. Les premiers tirent argument d’un point de vue éculé, celui de Hegel du début du XIXème siècle, quand il écrit dans son essai «La raison dans l’Histoire»: «Les Orientaux ne savent pas encore que l’esprit ou l’homme en tant que tel est en soi libre; parce qu’ils ne le savent pas, ils ne le sont pas; ils savent uniquement qu’un seul est libre (…) Cet unique n’est donc qu’un despote et non un homme libre». Les seconds réduisent la démocratie à un particularisme culturel importé, l’amalgamant, dans la foulée, à une norme intransposable, dans certaines «cultures»; se soumettant à la volonté de Dieu… «Cet asile de l’ignorance» comme le dit si bien Spinoza qui entend démontrer qu’une vulgaire conception de Dieu dégénère en superstition et maintient les hommes dans une ignorance qui profite au pouvoir religieux. Cependant il faut rappeler que la pensée grecque a irrigué un moment la pensée arabo-musulmane. Observons que la conscience de la liberté s’est levée d’abord chez les grecs. L’éveil de la pensée aussi bien théologique que philosophique en terre d’Islam est étroitement lié à la diffusion de la pensée grecque. A partir de la deuxième moitié du XIIIème siècle, les traductions se succèdent à un rythme toujours plus soutenu. Déjà au milieu du Xème, le corpus aristotélicien tout entier, quelques dialogues de Platon, un grand nombre  de commentateurs des œuvres d’Aristote. Al Farabi est nommé par Ibn Rochd «le second maître» après Aristote. «La cité ignorante est celle dont les habitants ne connaissent pas le bonheur et ne le soupçonnent même pas», écrit Al Farabi dans sa «Cité idéale». Ibn Rochd fut le plus grand philosophe rationaliste du Moyen Age pour qui le philosophe a le droit d’interpréter la religion à la lumière de la raison, puisque la religion nous accorde le droit d’user de la raison. La religion nous pousse à la connaissance du vrai. Or le vrai ne s’oppose pas au vrai, mais le soutient et témoigne en sa faveur. Il importe  surtout de chercher à connaître. Le savoir rationnel élargit notre intelligence du monde. Ainsi l’homme cultivé est celui qui sait imprimer à toutes ses actions le sceau de l’universalité, qui agit selon des principes universels. En quoi la Révolution tunisienne est inspiratrice de mouvements libérateurs aux peuples arabes soumis du Moyen-Orient et à tous les opprimés. En ceci la Révolution tunisienne est la première révolution des droits de l’Homme dans le monde. Les principes qui la guident sont des principes universels conquis par l’humanité, en Europe  au XVIIIème siècle, appelé siècle des Lumières en France, l’Aufklarung en Allemagne et l’Enlightenment en Angleterre. Ces principes sont ce qui apprend à l’individu ce qui vaut moralement pour tous: la liberté, la dignité, la justice; (le défaut de justice est la première cause du malheur dans la cité selon Platon). C’est l’activité des individus qui met en action cet universel et le fait sortir à la surface. Nul besoin d’homme providentiel ni de héros mystificateur. Avec le triomphe de la Révolution tunisienne, ce qui se passe en Egypte est absolument exaltant. Cette révolution pacifique au départ tourne à la tragédie et au massacre des innocents qui ne demandent qu’à vivre dignement, c’est-à-dire humainement. Une tyrannie indigne et corrompue — suivez mon regard —  envoie ses acolytes, ses barbouzes et ses tortionnaires, à cheval et à dos de chameaux, comme au bon vieux temps des razzias, pour massacrer la jeunesse d’Egypte. Jeunesse dont le «crime» est de vouloir vivre libre en ce début de millénaire, après avoir été «contemplée par quatre mille ans d’oppression».
Le point commun des deux Révolutions tunisienne et égyptienne, leur caractère pacifique, car la Révolution dans les deux cas n’était dans son principe même que le triomphe du droit, la résurrection de la justice ne pouvait, donc, sans provocation employer la violence. Le caractère profondément bienveillant et pacifique semble guider et éclairer les deux révolutions. Ce que l’Occident appelle  la malédiction arabe est bel et bien brisée, irréversiblement. Grâce au printemps tunisien, les Arabes ont fini avec les républiques héréditaires, corrompues et rétrogrades.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com