Mahmoud Baroudi (Analyste financier et chercheur à l’EHESS) : «La Bourse de Tunis repart à la hausse»





«Le marché boursier tunisien et quelques jours seulement après la révolution s’est affiché en territoire positif et l’indice Tunindex est reparti à la hausse, affichant ainsi une forte progression.
La Bourse est un lieu de rencontre entre des épargnants investisseurs et des entreprises. Elle remplit des fonctions économiques essentielles : un rôle de liquidité de l’épargne et des capitaux. A tout moment, l’investisseur comme l’entreprise doit pouvoir librement disposer de son épargne ou de ses titres, l’actionnaire acheter ou vendre ses valeurs mobilières et l’entreprise mobiliser des capitaux si le besoin s’en fait sentir. Et la reprise de la cotation à la Bourse de Tunis, deux semaines après le renversement du régime, était un signal fort pour tous les investisseurs que cette fonction est toujours assurée.
Un rôle d’évaluation des sociétés : le cours des actions reflète le degré de confiance des investisseurs dans la santé économique des entreprises et dans la capacité de celles-ci à présenter des résultats financiers susceptibles d’assurer à leurs actionnaires un niveau de revenus satisfaisant (dividende et hausse des cours). Une action est un contrat de confiance et l’affluence massive sur les titres des sociétés cotées prouve que les Tunisiens ont confiance en l’avenir des entreprises tunisiennes.
Un rôle de baromètre de l’économie : la Bourse mesure en temps réel le degré de confiance des investisseurs dans un pays ou une région. Ainsi la tendance positive du marché boursier tunisien reflète la confiance du Tunisien et son sens de la responsabilité. Ce même Tunisien est conscient qu’il est en train d’investir dans la première démocratie du monde arabe.
La Bourse de Tunis a repris ses esprits sans aucune intervention ; mais afin de consolider cette tendance haussière, les responsables économiques et financiers doivent prendre plusieurs initiatives: ils doivent tout d’abord se prononcer sur plusieurs sujets qui inquiètent les petits porteurs, à savoir la situation des deux entreprises cotées et anciennement dirigées par les proches de la famille de Ben Ali telles que Ennakl et la Cimenterie de Carthage. Est-ce qu’ils vont retirer les autorisations et les agréments accordés à cette dernière ? Que vont-ils faire d’ENNAKL ? Ils doivent aussi communiquer sur le rapprochement qui a été annoncé entre les deux banques publiques la BH et la STB.
En même temps des mesures doivent être prises afin de relancer l’économie tunisienne et soutenir sa place financière, telles que la création de fonds souverains. Ce sont des fonds d’investissement, détenus par l’État et financés pour la plupart par des excédents de l’activité économique du pays. Leur objectif est de faire fructifier des surplus de revenus pour en recueillir les bénéfices dans un futur plus ou moins lointain.
La Tunisie est en train d’écrire l’histoire d’un monde nouveau, où liberté, dignité et prospérité seront la nouvelle devise. Tous ceux qui croient à cette nouvelle Tunisie doivent participer à son développement et investir dans la démocratie. Une prospérité qui se préserve est une prospérité qui se construit».


M.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com