La Tunisie et ses voisins





Par Mohamed Naceur Abassi (*)
A la fin du 19e siècle, lorsqu’ils imposèrent leur protectorat sur la Tunisie, les Français constatèrent que le pays était sous-peuplé (1,5 million d’habitants), la main-d’œuvre était rare dans les villes et dans les campagnes, les employeurs ont dû faire appel à une immigration étrangère tripolitaine et sicilienne à bon marché, qui vient en grand nombre. Ses membres acceptés par les Tunisiens firent souche, leur dignité de frère et de voisin fut préservée; aucun tracas administratif n’est venu déranger leur quiétude, jusqu’à leur départ définitif pour leurs pays d’origine.
En 1913 et 1934, respectivement, lors de l’occupation de la Libye par l’Italie et de la révolte de Omar El Mokhtar contre le fascisme de Mussolini, des centaines de familles tripolitaines trouvèrent encore refuge en Tunisie, elles se brassèrent avec la population tunisienne et partagèrent ses joies et ses peines durant des décades. Au début des années cinquante du siècle dernier et à l’indépendance de leur pays, 3500 libyens quittèrent la Tunisie qui les a vus naître afin de partager les bienfaits de la manne pétrolière avec le reste de leurs compatriotes.
Le 22 octobre 1956, l’avion du roi du Maroc, Mohamed V qu’accompagnaient Ben Bella leader de la résistance algérienne et ses quatre compagnons partant du Maroc pour Tunis, est intercepté au-dessus d’Alger par l’aviation militaire française, l’arrestation des hôtes de Mohamed V, Mohamed V que reçut Bourguiba au bord des larmes à sa descente d’avion à L’Aouina, tant la tristesse du monarque marocain était grande, provoqua l’indignation de l’opinion publique arabe et poussa Bourguiba par défi à réagir contre cet affront en proclamant officiellement qu’il donnait asile à l’Armée de libération algérienne; ceci coûtera très cher à la Tunisie dans les jours et les années à venir.
En effet, le gouvernement français décida la suspension de son aide financière et de ses livraisons d’armes à la jeune Armée tunisienne, contrairement aux protocoles de l’indépendance signés par le gouvernement français. Ceci entraînera la Tunisie à épouser malgré elle, la stratégie de la politique économique planifiée et des coopératives durant une bonne partie des années 60 et à vivre ainsi ses années de braises de triste mémoire.
Il faut rappeler aussi qu’une semaine après cette proclamation de Bourguiba, survint le débarquement franco-britannique avec la connivence d’Israël à Suez, en Egypte, dont le général Alain de Boissieu, gendre du général de Gaulle, dans ses mémoires aurait dit «Il est peut-être temps de révéler au lecteur que cette opération de Suez devait être coordonnée avec des raids profonds sur la Tunisie menées par les troupes du corps d’Armée de Constantine, j’ai eu en main la directive du commandement en chef en Algérie nous prescrivant les opérations à exécuter sur les camps rebelles stationnés en Tunisie». Ceci n’aura pas lieu grâce à la menace de l’URSS... d’utiliser des fusées de longue portée contre Londres et Paris, s’ils n’arrêtent pas leur agression contre l’Egypte.
N’ayant pas digéré l’affront que lui a fait subir Bourguiba, l’Armée coloniale bombarda sauvagement le petit village de Sakiet Sidi Youssef. C’était un certain 8 février 1958; le sang algéro-tunisien qui coula durant cette journée scellera à tout jamais la solidarité des deux peuples.
Afin d’éviter à l’Algérie un nombre plus important de martyrs et à la France de sortir plus grande de la sale guerre, la Tunisie de 1960 est allée jusqu’à brader la base navale de Bizerte pour une date indéterminée au profit de la France contre l’indépendance immédiate de l’Algérie; elle ne fut pas écoutée.
Ce n’est qu’une année plus tard, lors de la bataille de Bizerte, lorsque les Tunisiens laissèrent sur le champ de bataille 670 morts et 1550 blessés et que Bourguiba ameuta le monde contre le bellicisme à l’égard de son pays, que la Tunisie obtint un cessez-le-feu immédiat, précipitant ainsi l’indépendance de l’Algérie sœur.
Hospitalière, nourricière ma mère-Patrie je suis fier de vivre sous tes cieux.


(*) Ancien cadre de Banque




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com