Chaque erreur est une renaissance Monsieur le ministre !





Par M.F.B. (*)
Dénouement, rideau et soulagement après trop de malentendus. M. Ahmed Ounaïes, ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire, qui vient de jeter l’éponge après une folle semaine au cours de laquelle l’on aura tout vu et tout entendu, aura tout le recul nécessaire pour méditer sur la profondeur de cette pensée de Bouddha: «Chaque erreur est une renaissance». Gageons qu’avec l’intelligence et la perspicacité qu’on lui connaît, il saura en tirer toutes les conséquences pour mieux rebondir, car personne ne doute de son crédit, ni de sa bonne foi, ni de ses prédispositions à l’écoute et au dialogue. On peut regretter qu’il se soit fourvoyé dans une gymnastique intellectuelle qui, au fond, n’avait pas sa place dans un débat très politisé. On peut regretter qu’il se soit enferré dans une logique subliminale qui peut être à son honneur mais qui, malheureusement, ne pouvait cadrer avec des attentes autres. Encore une fois, on peut regretter qu’il n’ait pas su ou pu entrer dans le costume d’un ministre des Affaires étrangères de la révolution, mais ne lui faisons pas trop de griefs à ce propos, on peut, par contre, lui faire confiance pour se réconcilier avec sa véritable image d’homme engagé que tout le monde lui reconnaît. Il n’en reste moins que sa prestation cathodique très controversée et qui a eu l’effet d’une bombe médiatique a laissé des traces et a troublé plus d’un esprit bienveillant. Bien évidemment, on peut tout aussi regretter qu’il restera dans l’histoire de la diplomatie tunisienne comme le ministre des Affaires étrangères dont le mandat aura été le plus court.
En tout cas, il est certain que M. Ounaïes n’oubliera pas de sitôt son homologue française par qui (entre autres) son infortune est arrivée. Néanmoins, il aura la distance qu’il faudra pour sonder avec discernement les raisons forcément pas toujours justifiées mais compréhensibles d’une soudaine disgrâce vis-à-vis d’une opinion publique et d’un personnel diplomatique pourtant acquis. En homme cultivé et en expert avisé, il pourra mesurer le chemin qui sépare ce qu’il appelle «diktat» des revendications somme toutes légitimes et réalisables sur le court, le moyen et le long termes d’un personnel diplomatique trop longtemps humilié et qui exige le plus légitimement du monde qu’on rende à César ce qui lui appartient. A la limite, on peut concéder à M. le ministre la tournure passionnelle et quelquefois irrationnelle prise par la démarche des agents et des cadres du département. On peut regretter les débordements et certains comportements peu cavaliers, mais c’est tout. Pour le reste il n’y a vraiment pas photo.
Et maintenant, que reste-t-il à faire après ce branle-bas de combat qui aura mis les nerfs des uns et des autres à vif et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive ! Sans doute parer au plus pressé en se remettant au travail en ces temps difficiles où la diplomatie tunisienne a besoin de toutes ses compétences et de toutes ses énergies pour repartir de bon pied sur la voie de la reconstruction et ne pas perdre de vue ses priorités surtout que, de l’autre côté du Nil, un peuple s’est soulevé par l’effet salvateur d’un souffle venant du fin fond de cette Tunisie qui nous est chère. Il ne faut surtout pas occulter le fait que sa diplomatie est en train de s’activer pour se mettre au service de besoins immenses. Prenons-en garde car c’est connu, la nature a horreur du vide.
Alors faisons en sorte que les bonnes volontés internationales qui ont été épatées par notre révolution et qui nous regardent ne soient pas déçues. Il y va de la crédibilité de cette jeune révolution.
Que faut-il faire maintenant, sinon agir prioritairement, avec célérité et justesse au niveau de nos chefs de missions diplomatiques et consulaires nommés par l’ordre ancien et dont la gestion a été désastreuse pour l’image de notre diplomatie et les remplacer par des diplomates du cru qui ont fait leurs preuves et qui n’ont pas eu leur chance. A ce niveau, attention aux erreurs de casting, car tout le monde a encore en mémoire la cacophonie qui a accompagné le ménage opéré dans le corps des gouverneurs. Ce serait un remake grave et désolant. Il faudrait que les notions de justice et d’équité trouvent toute leur place. Dans ce contexte, il faut bien reconnaître que les pratiques de l’ancien régime n’ont pas fait que des malheureux, bien au contraire, puisque certains opportunistes (ils existent hélas) avec le concours agissant de personnes aux bras longs, ont injustement réussi à se faire une place au soleil au sein d’un océan de frustrations et de ressentiments. Pire, certains se surpassent en ce moment et s’obstinent à vouloir surfer sans états d’âme sur toutes les vagues et se découvrent soudainement des ardeurs révolutionnaires qui ne trompent plus personne. Alors, de grâce messieurs, un peu de discrétion et surtout taisez-vous.
Vivement un bon pilote dans l’avion.


(*) Diplomate




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com