Pillage des pièces archéologiques : Affaire non close…





Le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine a annoncé la récupération de plus de 130 pièces archéologiques. Le point avec M. Fathi Bejaoui, directeur de l’Institut national du patrimoine.

Depuis sa nomination à la tête du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, M. Ezzeddine Bach Chaouch a tiré le signal d’alarme en ce qui concerne les pièces archéologiques pillées; des pièces qui ont servi comme ornements de chapiteaux dans des luxurieuses demeures de Sakhr Al Materi à Hammamet et à Sidi Bou Saïd et de Belhassen Trabelsi à la Soukra.
Avec la Révolution tunisienne, alors que le peuple tunisien protestait dans les rues, les spécialistes de l’Institut national du patrimoine (INP) se sont levés pour dire non au pillage archéologique et au saccage du patrimoine tunisien. Plusieurs actions ont été entamées pour récupérer ces richesses historiques que citoyens et experts ont été surpris de voir, dans les reportages, ornant ces habitations spacieuses et élégantes.
«Plus de 130 pièces archéologiques volées ont été retrouvées», a annoncé le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, dans le journal de 20h00, sur la Télévision nationale tunisienne. Dès sa nomination à la tête du ministère, il a choisi de prendre des mesures ciblées pour arrêter ce fléau. Des missions spéciales ont été lancées pour sauver ces pages pillées de l’histoire du pays.

L’état des lieux
Où sommes- nous aujourd’hui ? «Ces 130 pièces retrouvées ne sont que le premier lot. Nous sommes sur les traces des autres pièces. Nous avons établi des inventaires pour bien identifier le nombre des pièces manquantes du dépôt de Ksar Saïd. Chaque pièce est examinée dans le détail par des experts, répertoriée… et même comparée à toutes les pièces dont on a annoncé, il y a plus de deux ans, la perdition. C’est un travail minutieux que nous faisons afin de sauver notre histoire, tout en nous référant à toute une série d’enquêtes qui ont été lancées et d’affaires déposées auprès du Procureur de la République, entre 2008 et 2009 et qui ont été suspendues sans explication. Aujourd’hui, nous avons choisi d’ouvrir tous les dossiers, de dépoussiérer toutes les affaires. Nous travaillons selon deux procédures : la 1ère consiste en la reclassification des pièces trouvées alors que la 2e est axée essentiellement sur les pièces dont nous ne connaissons pas le sort», nous a expliqué M. Fathi Bejaoui.
Parallèlement à ces inventaires, des commissions ont été lancées pour vérifier certaines informations qui circulaient de bouche à oreille sur l’existence d’autres pièces dans des demeures des proches des Trabelsi et autres. «D’ailleurs, nous venons de demander une commission rogatoire pour pouvoir accéder à une demeure dans la banlieue de Tunis pour vérifier une information sur l’existence de pièces archéologiques. Nous travaillons légalement, dans le respect total de la loi et de l’autre et nous sommes conscients de la nécessité de faire vite pour que rien n’échappe».

L’armée et la sécurité nationale en ligne…
De nouveaux problèmes se posent aujourd’hui à l’Institut national du patrimoine. Son directeur a souligné que des mesures nécessaires d’urgence ont été prises pour protéger nos sites de ces fouilles artisanales, menées par certains «profiteurs». «Le manque de sécurité enregistré suite à la Révolution a encouragé certains citoyens à fouiller dans les sites. La restitution de ce qui a été pillé figure sur la liste des priorités du ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine. Aujourd’hui, nous sommes heureux de bénéficier du soutien des forces de l’armée nationale et de la sécurité intérieure. Nous coordonnons avec le ministère de l’Intérieur et de la Défense nationale pour pouvoir assurer la protection de plus de 2000 sites archéologiques», a-t-il, précisé. Et d’ajouter « Malheureusement certains citoyens ont profité de la révolution pour s’installer dans les sites archéologiques. Notre objectif aujourd’hui est de lancer une grande campagne de sensibilisation afin que les citoyens adhèrent à cette grande opération de protection des sites. ».
Quoi de neuf dans l’affaire de Zama? L’INP a déjà récupéré l’une de deux pièces saccagées. «J’invite les citoyens à informer les autorités compétentes de tout acte de confiscation et de pillage des sites archéologiques nationaux, à l’instar de ce qui s’est passé récemment au dépôt archéologique du site de Zama dans la région de Siliana, quand des voleurs ont été arrêtés grâce au concours de la population locale. Nous comptons beaucoup sur le soutien des citoyens». Un appel qui, nous le souhaitons, trouvera de bons échos, auprès du peuple tunisien.


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com