Utopia : Et la Révolution tunisienne devint arabe





Par Mohamed KOUKA

La Révolution tunisienne fait entrer la société arabe dans l’histoire, c’est-à-dire dans la modernité du monde qui n’est rien d’autre que l’histoire universelle réalisant le concept de liberté. La révolution égyptienne s’inscrit dans ce même processus qui est exigence de cet idéal supérieur, lieu de naissance de la liberté, de la dignité et du droit. Contrairement à ce que pense Karl Marx, l’histoire de toute société n’est pas, seulement, l’histoire de luttes des classes. L’histoire est la réalisation de l’idée de liberté. «L’histoire universelle présente le développement de la conscience qu’a l’esprit de la liberté, et de la réalisation produite par une telle conscience», nous apprend, à juste titre, Hegel pour qui l’histoire universelle est le progrès dans la conscience de la liberté, progrès dont nous avons à reconnaître la nécessité. Qu’est-ce à dire? Que l’histoire est le temps nécessaire pour que, d’une part l’homme prenne conscience de cette liberté, pour que l’esprit parvienne à la conscience que «l’homme en tant qu’homme est libre». Mais «les Orientaux ne savent pas encore que l’esprit ou l’homme en tant que tel est en soi libre; parce qu’ils ne le savent pas, ils ne le sont pas» l’étincelle tunisienne insère l’histoire de l’homme arabe, «l’Oriental», dans l’histoire générale du monde. L’homme arabe est sommé de prendre conscience du caractère universel de la liberté.
Selon la philosophie de Hegel, le sens de l’histoire, c’est-à-dire sa signification et sa direction réside dans le progrès de l’esprit prenant toujours mieux conscience de sa liberté, à travers l’organisation d’un Etat fondé sur la participation des citoyens. C’est à ce niveau du débat que se situe dorénavant la réflexion politique dans le monde arabe. La Révolution, partie de la Tunisie gagne l’Egypte, en attendant certaines parties du monde arabe prêtes à basculer; elle apporte, enfin, une idée de la raison, idée qui fait défaut jusqu’ici à la culture de l’homme arabe, que la raison gouverne le monde, et que par suite l’histoire est universelle. L’humanité arabe est en train de se constituer en société civile fondée sur le droit. La jeune liberté tunisienne, pour paraphraser Michelet, lorsqu’elle ouvrit les yeux au jour, lorsqu’elle dit le premier mot qui ravit toute créature nouvelle: «Je suis!», eh bien! Alors même sa pensée ne fut point limitée au «moi», elle ne s’enferma pas dans une joie personnelle, elle étendit aux Arabes que dire? Au genre humain son espérance : le premier mouvement qu’elle fit, ce fut d’ouvrir des bras fraternels. «Je suis à tous les peuples et notamment aux peuples arabes; ô mes frères égyptiens, vous serez aussi».


(*)Homme de théâtre




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com