PJD : Un modernisme soluble dans l’identité arabo-musulmane





Le Parti de la Justice et du Développent (PJD) a reçu, mercredi, son récépissé. Ce parti de centre-droit prône la construction d’un état moderne et démocratique qui ne renie pas, toutefois, son identité arabo-musulmane.
La Tunisie dispose désormais d’un parti de référentiel arabo-islamique, mais qui milite pour la construction d’un Etat moderne, où la femme est considérée comme un acteur clef de la vie sociale, économique et politique. Il s’agit du Parti de la Justice et du Développent (PJD) qui vient juste de recevoir son récépissé. Cette nouvelle formation politique, qui se positionne dans le centre-droit de l’échiquier politique de la Tunisie de l’après-Ben Ali, refuse d’être assimilée à un pendant tunisien de son éponyme turc en dépit des similitudes frappantes entre les deux partis au niveau des programmes et des dénominations. «L’appellation de notre parti est presque identique à celle du parti islamo-conservateur turc, mais nous tenons à préciser que notre référentiel est l’article premier de la Constitution tunisienne préconisant que la Tunisie est un Etat libre, indépendant, souverain dont la religion est l’Islam et la langue est l’arabe. Notre parti puise ses racines à la fois dans l’authenticité et le modernisme contemporain de la Tunisie. Ses programmes qui émanent de la réalité tuniso-tunisienne tournent autour d’un développement politique économique et social basé sur la justice et l’équité », précise Mohamed Salah Hedri, fondateur du PJD tunisien. Cet ancien colonel de l’armée tunisienne que Ben Ali a accusé, en 1991, d’avoir été le cerveau d’un complot islamiste visant le renversement du régime (Voir encadré) et jeté dans les geôles pendant huit ans à la suite d’un procès «inique» assure également que son parti n’est pas non plus un «sosie» tunisien du Parti de la justice et du développement marocain. « La vision de notre formation trouve ses racines dans la philosophie de l’érudit, Ibn Khaldoun (14ème siècle), père de la sociologie, qui a défendu l’idée phare selon laquelle la justice est le socle et le fondement de l’urbanisme et de la prospérité dans tous ses aspects ».
Libéralisme contrôlé par un souci de justice
Longtemps réprimés et harcelés pour leurs idées politiques sous le règne du président déchu, Mohamed Salah Hedri et ses compagnons ont pu se réunir le 9 février à Bordj El Amri, où ils ont formé un comité constitutif de leur parti. Un comité qui a entrepris rapidement de peaufiner le statut de cette formation et de déposer une demande de légalisation auprès du ministère de l’Intérieur.
Dans une déclaration publiée à l’issue de cette réunion constitutive, le premier parti de centre-droit tunisien précise que son programme consiste à «construire un Etat moderne, démocratique et développé qui ne renie pas son identité arabo-musulmane ; un Etat ouvert sur l’extérieur, riche en matière grise, assurant à ses citoyens une vie digne, honorable et libre».
Au plan économique, le PJD prône un libéralisme contrôlé par un souci de justice, de répartition équitable de la richesse, de réduction des écarts des niveaux de vie entre les couches de la population. Il plaide aussi pour le développement du savoir, du savoir-faire et de la recherche scientifique en symbiose avec l’entrepreunariat, tout en sauvegardant un service public à même d’assurer une vie digne aux couches les moins favorisées.
Chapitre réformes politiques, le parti œuvre pour instaurer une démocratie réelle se basant sur l’exercice absolu de la souveraineté du peuple, la séparation effective des trois pouvoirs et le renforcement du 4ème pouvoir qui doit préserver son indépendance vis-à-vis du pouvoir des capitaux finançant les medias et du pouvoir politique grâce à l’encouragement, entre autres, du journalisme d’investigation.
Emancipation de la femme et enseignement moderne
S’agissant du développement social, les fondateurs du PJD se proposent de militer pour «un développement sain de la famille et l’émancipation de la femme du carcan misérable dans lequel elle est enfermée, carcan d’exploitation de la femme comme objet sexuel, main-d’œuvre au rabais docile et corvéable et moyen pornographique pour la publicité commerciale». La formation de Mohamed Salah Hedri précise également qu’elle souhaite «rendre à la femme sa dignité pour consolider son rôle ô combien noble au sein de la famille et de la vie sociale, économique et politique».
Le parti estime, par ailleurs, qu’ « aucun effort de développement social ne peut réussir sans une éducation saine des enfants au sein de la famille, un enseignement moderne qui préserve l’identité arabo-musulmane de la Tunisien et un suivi réceptif des aspirations de la jeunesse».
D’autre part, le PJD affirme son engagement à respecter les droits des minorités religieuses en Tunisie. « Nous avons l’obligation de protéger les juifs et les chrétiens qui vivent en Tunisie», indique M. Hedri.
Au lendemain de la révolution du jasmin, le parti a exprimé son attachement à la constitution d’un gouvernement de coalition regroupant tous les partis politiques sans exclusion et la création d’une assemblée constituante.
Malgré son référentiel arabo-islamique, le parti se dit également prêt à rejoindre le front du 14 janvier réunissant, entre autres, des formations de la gauche radicale.

Walid Khefifi


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com