PSG : Le combat continu pour une Tunisie démocratique et laïque





Né en 2006 d’une scission au sein du POCT, le Parti Socialiste de Gauche milite pour l’émergence d’un front  de forces progressistes destiné à barrer la route à la récupération des fruits de la révolution par les islamistes.
Au lendemain de l’annonce de sa constitution officielle, le 1er octobre 2006, le Parti Socialiste de Gauche (PSG) a été accusé de chercher à accentuer l’émiettement de la gauche tunisienne.
A première vue, cette accusation était fondée. D’autant plus que ce parti est né d’une scission au sein du Parti ouvrier communiste tunisien (POCT). Une lecture plus profonde des péripéties de la naissance du PSG amène, toutefois, certains observateurs avertis de la vie politique tunisienne à accorder à ce parti mis au banc des accusés la présomption d’innocence ou, du moins, le bénéfice du doute.
Mohamed Kilani, Hassen Toukabri, Naoufel Ziadi et leurs compagnons de route avaient, en effet, préféré quitter le POCT suite à des malentendus avec les fondateurs de ce parti d’extrême gauche portant sur la démocratie interne et surtout sur les alliances à nouer pour faire front au régime de Ben Ali. Alors que la majorité des militants du POCT étaient favorables à des alliances avec les islamistes qu’ils avaient même présentés comme des démocrates modérés, le courant ayant pour chef de file Mohamed Kilani, pensait que la lutte pour la transition démocratique souhaitée devrait être menée uniquement par les forces progressistes. «Nous considérons que le régime de Ben Ali et le projet islamiste d’Ennahda étaient deux faces d’une même monnaie», précise Asma Kouki, membre du comité fondateur du PSG.
Coalition démocratique
et progressiste
Les membres dissidents du POCT, connus alors sous l’appellation des Communistes Démocrates, se sont montrés très actifs au sein de l’Université avant de rejoindre le Parti Démocratique Progressiste (PDP) qu’ils n’ont pas tardé à quitter suite au rapprochement de cette formation du centre-gauche avec le mouvement islamiste Ennahda. Peu après la constitution du «Mouvement du 18 octobre pour les droits et les libertés» réunissant le Parti Démocratique Progressiste, le Forum Démocratique pour le Travail et les Libertés, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie et des militants islamistes, les Communistes démocrates ont contribué à la naissance d’une «Coalition démocratique et progressiste» lancée en janvier 2006 et dont le principal mot d’ordre était le rejet de toute action commune avec les islamistes, «porteurs d’un projet de société totalitaire fondé sur l’instrumentalisation et l’exploitation de la religion». Cette coalition destinée à faire un contrepoids au Mouvement du 18 octobre pour les droits et les libertés a regroupé, aux côtés des communistes démocrates, le Mouvement Ettajdid, le Parti du Travail Patriotique et Démocratique ainsi que des intellectuels indépendants, comme l’économiste Mahmoud Ben Romdhane et la militante féministe Sana Ben Achour. «Quelques forces qui prétendaient être démocratiques et même de gauche ont joué un rôle pour la renaissance des islamistes en créant des alliances avec eux et en les présentant comme des démocrates modérés. Au PSG, nous sommes pour une République laïque où le culte est libre et individuel et l’Etat représentatif de tous les Tunisiens», précise Asma Kouki.
Bâtir un modèle économique solidaire
Bien qu’il ait présenté une demande d’agrément répondant à toutes les exigences au ministère de l’Intérieur en octobre 2007, le parti de Mohamed Kilani n’a été légalisé que le 17 janvier 2011, soit quelques jours après le départ de Ben Ali. «Il a fallu qu’une révolution ait lieu pour que nous ayons le droit à une activité légale. C’est grâce à cette révolution que le passage de notre République de la dictature à la démocratie politique et sociale va avoir lieu», se réjouit Mohamed Kilani.
Selon lui, l’interdiction du PSG sous le règne de Ben Ali s’explique par le fait que son programme, qui prône un socialisme scientifique inspiré de la pensée marxiste développée par Karl Marx et Friedrich Engels au XIXe siècle, était aux antipodes de la politique appliquée par l’ancien régime. Outre une séparation réelle entre les pouvoirs, le PSG a, en effet, prôné l’alternance au sommet de l’Etat et le renforcement du rôle de contre-pouvoir dévolu à la société civile.
La formation de gauche plaide également pour «un modèle économique solidaire basé sur la restauration du rôle régulateur de l’Etat, la lutte contre la précarité de l’emploi et la discrimination positive en faveur des couches sociales pauvres en matière de fiscalité».
Durant les élections présidentielles de 2009, le parti a soutenu la candidature du premier secrétaire d’Ettajdid, Ahmed Brahim, à la présidentielle dans le cadre d’une alliance baptisée «l’Initiative Nationale pour la Démocratie et le Progrès (INDP)». Cette alliance regroupait outre le PSG, le parti du Travail Patriotique et Démocratique et le Mouvement Ettajdid.
Pour les législatives, le PSG a présenté ses propres candidats dans huit circonscriptions sans réussir à entrer au parlement.
Fédérer les forces progressistes
Désormais légal, le PSG continue à œuvrer pour fédérer les forces progressistes autour d’un projet de société démocratique et laïque en rupture avec les islamistes. «L’islamisme reste un vrai danger qui menace la Tunisie. La situation actuelle de crise économique rend la possibilité de récupération par les islamistes du fruit de la révolution fort probable», note Asma Kouki. Et d’ajouter : «Nous œuvrons à faire émerger une union de la gauche, qui, elle seulement, par son unité, peut être le véritable représentant de la classe ouvrière et du peuple. Le PSG appelle clairement à l’union des forces démocratiques et progressistes contre les tendances rétrogrades et obscurantistes pour une Tunisie démocrate et laïque».
Mohamed Kilani et ses compagnons restent, par ailleurs, convaincus que le gouvernement de transition actuel n’a qu’un rôle de gestion des affaires courantes et ne représente, en aucun cas, le peuple tunisien. «Nous ne voyons pas d’autre issue que le soutien prudent du gouvernement de technocrates. Ce gouvernement doit se mettre au travail pour assurer avec le soutien des citoyens tunisiens, des intellectuels et des politiques, le passage vers la démocratie. Les acquis de la Tunisie dans le domaine de l’éducation et la forte présence de jeunes diplômés sont des garanties pour la révolution», indique Mme Kouki. «Il faut accorder à ce gouvernement provisoire une confiance provisoire en attendant les élections. L’essentiel est de préparer l’avenir de la Tunisie sur la base d’une réforme politique et juridique profonde», renchérit Mohamed Kilani.

Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com