Libye : Massacre à huis clos





Les violences en Libye ont atteint la capitale Tripoli tandis que les contestataires se sont notamment emparés de nombreuses villes, notamment à l’Est du pays.
Le Quotidien-Agences
«Beaucoup de villes sont tombées, notamment sur l’Est de la côte. Des militaires se sont ralliés» au soulèvement contre Mouammar Kadhafi, a déclaré à l’AFP la présidente de la FIDH, Souhayr Belhassen, citant notamment Benghazi, bastion de l’opposition, et Syrte, ville natale du colonel Kadhafi. Pourtant, selon l’AFP, des témoins à Syrte ont démenti hier la chute de cette ville libyenne aux mains des manifestants anti-Kadhafi.
Toujours selon Souhayr Belhassen, les violences lors des manifestations demandant le départ du dirigeant libyen ont fait «entre 300 et 400 morts, probablement plus près de 400».
Une autre ONG, Human Rights Watch, a fait état de son côté hier matin d’un bilan d’au moins 233 morts.
Démission
Le ministre libyen de la Justice Moustapha Abdel Jalil a démissionné «pour protester contre l’usage excessif de la force» contre les manifestants, a annoncé un journal libyen.
Face à la répression sanglante des manifestations, des diplomates libyens en poste à l’étranger ont commencé à faire défection. L’ambassadeur de Libye en Inde, Ali Al-Issawi, a annoncé hier à la BBC qu’il avait démissionné pour protester contre la violente répression des manifestations.
Un diplomate libyen en poste en Chine, Hussein Sadiq Al Mousrati, avait auparavant annoncé sa démission et appelé tous les membres du personnel diplomatique libyen à faire de même, selon Al-Jazira.
Avant-hier, le représentant permanent de la Libye auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim Al-Honi, avait annoncé sa démission pour rejoindre «la révolution» et protester contre la «violence contre les manifestants».
Par ailleurs, les manifestations contre le colonel Kadhafi-arrivé au pouvoir en 1969 après avoir renversé le roi Idriss et autoproclamé «Guide de la révolution»-ont gagné Tripoli.
Selon des témoins contactés hier par l’AFP, le siège d’une télévision et d’une radio publiques ont été saccagés dans la soirée par des manifestants.
Des postes de police, des locaux des comités révolutionnaires, la «salle du peuple» accueillant des réunions officielles ainsi que le bâtiment abritant le ministère de l’Intérieur ont été incendiés, selon d’autres témoins.
La Fédération internationale des Ligues de droits de l’Homme (Fidh) a fait état d’informations selon lesquelles le camp de Bab el Azizia, où vit le dirigeant libyen en périphérie de Tripoli, aurait également été attaqué dans la nuit.
«On n’a pas dormi hier soir à Tripoli, toute la nuit on a entendu des tirs», a raconté Mohamed Jarboui, un ingénieur tunisien rentré hier au pays après une nuit de cauchemar.
«Tripoli était livrée à l’anarchie», a expliqué Adnane, 25 ans, un autre Tunisien qui a quitté la Libye, évoquant des heurts «entre des partisans de Kadhafi et d’autres personnes».
Mise en garde
Le fils du leader libyen Mouammar Kadhafi, Seif Al-Islam, a annoncé la création d’une commission d’enquête sur les violences, présidée par un juge libyen, a rapporté hier soir la télévision d’Etat.
Seïf Al-Islam a prévenu auparavant les manifestants que la riposte serait sanglante.
«La Libye n’est pas comme la Tunisie ou l’Egypte (...). Il n’y a ni société civile ni partis politiques», a-t-il lancé en allusion aux révoltes qui ont provoqué la chute des présidents de ces deux pays.
Les «forces qui tentent de détruire la Libye et de la démembrer sont armées et le résultat sera une guerre civile. Personne ne se soumettra à l’autre et nous nous battrons», a-t-il prévenu. Si le pays se divise, «la Libye tombera dans une guerre civile (...), nous nous entretuerons dans les rues».
Depuis le début du mouvement, le colonel Kadhafi n’a fait aucune intervention publique.
Seïf Al-Islam a affirmé que la Libye était la cible d’un complot étranger, et que des éléments libyens et étrangers tentaient de détruire l’unité du pays pour instaurer une république islamiste.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com