Sit-in à La Kasbah : Pression sur le gouvernement de transition





Jeunes, chômeurs diplômés ou non diplômés des régions de l’intérieur, élèves ou étudiants tunisois étaient hier à La Kasbah pour exprimer leur impatience face aux réalisations du gouvernement de transition.
La Kasbah a vécu hier au rythme de cette jeunesse tunisienne avide de voir l’élan révolutionnaire en Tunisie se transformer en acquis démocratiques et sociaux palpables.
Le mouvement a commencé dimanche par une marche de quelques milliers de personnes sur l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis. Cette marche s’est dirigée en fin de matinée vers la Place du Gouvernement à La Kasbah. Petit à petit, l’idée d’un nouveau sit-in a germé chez cette jeunesse criant son impatience de voir bouger les choses. La révolution pour eux, «c’est le départ des derniers caciques du RCD (il en reste quelques-uns comme Ghannouchi et Nouri Jouini), la dissolution des deux chambres et aussi une nouvelle constitution annonçant un régime parlementaire», affirme Said, chômeur diplômé en biologie âgé de 28 ans venant de Kairouan.
Crédibilité
S’il est vrai que les slogans l’emportaient hier sur le débat politique profond, plusieurs orateurs se sont relayés pour exprimer les inquiétudes de cette jeunesse quant aux risques de dérives encourus par la révolution du 14 janvier.
Samia, 23 ans, étudiante en 4e année médecine à Tunis, annonce son scepticisme quant à la bonne foi du gouvernement de transition. «Il suffit de suivre le parcours de l’équipe gouvernante pour émettre ces doutes. D’abord, c’est l’adoption de l’article 56 de la Constitution qui laisse une possibilité de retour au président déchu. Ensuite, c’est l’annonce d’une équipe gouvernementale à majorité RCD, sans oublier les accusations bidon retenues au départ contre Ben Ali limitant ses «dérapages» à un trafic de devises. Vient ensuite la nomination d’une liste de 19 gouverneurs RCDistes (sur les 24) pour suppléer l’ancienne équipe. Ceci n’augure rien de bon et nous pousse à la révolte», explique-t-elle. «Et même la demande d’extradition du président déchu adressée hier à l’Arabie Saoudite, elle vient en retard et prépare plutôt à une tentative de l’inhumer en Tunisie car il serait probablement déjà mort», poursuit-elle.
Absence de feuille de route
Un peu plus loin, se tenaient deux hommes mûrs. Mohamed, professeur universitaire, 58 ans, et Salah, médecin, 55 ans, étaient là pour «observer et donner d’éventuels conseils».
Mohamed et Salah étaient «très contents d’avoir vécu le départ du dictateur et d’avoir contribué à débarrasser la nouvelle génération de cet héritage trop encombrant». Ils ont affirmé au Quotidien leurs inquiétudes quant à l’issue de cette révolution. «Plus de 40 jours depuis le départ de Ben Ali, on ne voit toujours pas s’installer un véritable débat politique sur la feuille de route de la transition», affirme Salah.
«Le Premier Ministre parle d’une conférence internationale fin mars à Carthage sur les réformes politiques et économiques. Taieb Baccouche évoque la prochaine rentrée scolaire. Néjib Chebbi théorise sur le développement régional. Ahmed Brahim veut entamer des réformes à l’Université. Mais personne n’a encore avancé quoi que ce soit sur les élections anticipées», a renchéri Mohamed. «Pourtant, leur mission ne se limite pas à la gestion de l’appareil de l’Etat et à la préparation des élections», a-t-il précisé avant de conclure: «Le gouvernement de transition a besoin de corriger son itinéraire».


Mourad SELLAMI


Les à-côtés
Ambiance festive
La première nuit du sit-in à La Kasbah s’est déroulée dans une atmosphère de fête. Tous les présents plaisantaient ou entonnaient des chants patriotiques.
Délégation des régions
Plusieurs régions de la République ont délégué des représentants à La Kasbah. «Le peuple veut se prendre en charge!», disent-ils.
Attachement à la présence de l’armée
Une crainte s’est installée parmi les présents, lorsque l’unité de l’armée a exprimé son intention de quitter les lieux. Ils ont beaucoup applaudi sa décision de rester auprès d’eux.
Commissions
Une commission de logistique a déjà été constituée. Des discussions sont en cours pour la désignation d’une autre commission représentant le sit-in et, éventuellement, d’un porte-parole.


M.S.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com