Quel profil de la Tunisie de demain ?





Par Rejeb DHAOUI (*)
Composée d’un peuple cultivé et pondéré, la Tunisie vient de conduire une révolution qui, malgré quelques débordements médiatiques subversifs, a été menée avec une haute conscience civique. Cette flambée populaire qui a fait dégringoler la dictatoriale et spoliatrice dynastie familiale de Ben Ali a puissamment réclamé l’acquisition des nobles valeurs individuelles, sociales et humanitaires.
L’exigence de la liberté
La première valeur concerne la liberté qui, identifiant la nature humaine, reste le premier réflexe rattaché à la dignité de chaque citoyen.
La liberté est la délivrance de soi-même qui permet de recouvrer le statut de la dignité sans lequel la liberté n’aura plus de signification. Dans ce cas, ce privilège qu’est la liberté n’est pas seulement une concession accordée par le pouvoir, mais surtout une fonction psychologique et spirituelle qui répond aux pulsions profondes de l’être humain.
De nos jours, la liberté est perçue à travers les choix politiques liés aux intérêts supérieurs de la nation. Dans ce contexte, la révolution vient de créer pour l’avenir, dans une libre et pacifique approche, une dynamique de participation constructive à la politique nationale.
Parallèlement à ce nouveau droit d’ingérence dans le système précité, cette même révolution vient de faire aboutir à un autre aspect de la liberté. Ce second profil sous-jacent au premier s’articule autour de l’accession à l’autonomie intellectuelle, à la production artistique et la pleine autonomie des œuvres de multiples vocations culturelles. En conséquence, cette double liberté à l’échelle politique et à l’échelle de la libre création, à bien des égards, représenterait la nouvelle image de la Tunisie culturelle et qu’à cet égard le rêve des libertés a été réalisé.
L’exigence de la démocratie
La démocratie tant souhaitée est une fonction annexe aux libertés fondamentales. Elles apparaît comme l’expression rationnelle de chaque sujet. Cette vertu a été recommandée par le Prophète qui incitait les fidèles à se concerter mutuellement pour l’adoption des intérêts de la communauté musulmane. La démocratie apparaît donc en conséquence comme une fonction au service du paysage socio-politique de nature à favoriser le dialogue, le droit d’avis et affiner par la communication réciproque le contenu des décisions dans les domaines social et politique.
Dans cette mesure, l’individu tunisien, qui était jadis passif et marginalisé, deviendrait l’un des acteurs de la gouvernance et dans la conduite du destin de la nation.
L’exigence des droits de l’homme
La dernière revendication vise les droits des citoyens établis par la charte des Nations Unies. Ces droits sont de nature à assurer les services sociaux dont les citoyens ont besoin pour mener une vie décente et jouir d’une organisation équitable et bénéfique des différentes commodités urbaines.
Les droits invoqués résultent du fruit du développement et de la croissance économique, d’une part, et de l’émancipation morale, intellectuelle et juridique du pays, d’autre part. Dans ce contexte, lesdits droits se trouvent régis par un contrat social entre l’Etat dépositaire des biens publics et les citoyens. Ces avantages à octroyer sont différenciés en droits matériels et moraux. Les avantages palpables donnent droit au travail, au logement décent, à l’accès à la propriété, aux soins de santé et à la répartition équitable des richesses nationales. Ces avantages moraux consacrent le bénéfice des libertés intellectuelles, de la liberté de la presse, du droit à la justice, à l’éducation et à l’appartenance aux différentes représentations politiques.
Le devoir des citoyens
Tous les droits qui seraient acquis par le peuple obligent les citoyens à s’acquitter de certains devoirs. A cet égard, l’équilibre entre les droits et les obligations développerait au sein de la société de nouveaux rapports de respect, de convivialité et de citoyenneté.
Pour concrétiser l’éthique de la révolution, il serait opportun d’adopter les cultures du pardon, du respect mutuel et de la tolérance. Il serait indispensable de respecter et d’accorder le préjugé favorable à l’autorité de l’Etat pour les hautes missions qui lui seraient dévolues pour la garantie et la sauvegarde des intérêts publics. Les agents de la police doivent bénéficier de la confiance des citoyens pour faire régner la sécurité et la quiétude dont ils ont la charge. Il serait alors temps, vu l’élimination de l’autorité discriminatoire, de se débarrasser de la péjorative notion de l’Etat répressif et de dédramatiser l’image des agents de l’ordre au profit d’un nouveau concept d’entraide et de patriotisme.
Cet ensemble d’obligations à observer constituerait les nouveaux fondements moraux de la société de demain.
La paix et la réconciliation nationale
Ce qu’il y aurait lieu de souligner, c’est que la paix sociale ne peut être obtenue d’une façon pérenne que dans la mesure où on arrive à stabiliser les couches populaires. A cet égard, tant que la pauvreté, la misère et la précarité n’auraient pas été éradiquées dans la majorité des cas, dans les régions les moins nanties du pays, tant que les troubles sociaux et la subversion n’en finiront pas de récidiver.
Mise au point
De nos jours, l’actualité politique met en évidence le fait que la pyramide du pouvoir a été, sans que l’on adhère à la thèse marxiste, inversée dans une direction allant de la base vers le haut de l’édifice pyramidal. En outre, nous assistons, par ailleurs, à la revigorisation de l’action syndicale dans une nouvelle et franche synergie d’action dans le domaine social et notamment politique. Dans ce contexte, la démocratie a bel et bien pris son chemin et que l’information libre s’accomplit en toute plénitude.
Appel pour la justice
Eu égard de ce qui précède, il incombe au prochain pouvoir mis en place de respecter les libertés acquises, de faire entretenir les paramètres démocratiques et de préserver des richesses nationales de l’exploitation illégale, du vandalisme économique et de la rapinerie autant néfastes qu’ils provoqueraient la subversion, la haine et le mépris.
A cet égard, le manquement à l’éthique de la révolution constituerait une véritable trahison et que tout pouvoir défaillant, en ce sens, serait sanctionné par les urnes.
Finalement, grâce à la Révolution qui a conduit à des réformes profondes et incité de nombreux investisseurs tunisiens à faire redresser quelques secteurs économiques, la Tunisie échappera à l’orbite du tiers monde encore doté de pouvoirs réactionnaires et rétrogrades pour appartenir désormais à la sphère des nations invulnérables et réellement démocratiques.


(*)Citoyen tunisien




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com