L’intergénération, entre patrimoine et science moderne





Par Dr. Abdelkarim Fourati (*)
J’ai suivi, le jeudi soir, 17 février 2011, sur la chaîne France 24 en arabe, avec beaucoup de désintérêt, les discussions entre des membres du gouvernement provisoire tunisien et certains de ses opposants. D’après moi, ce type de discussions byzantines ne mène à rien; discutons des vrais problèmes de la Tunisie, ceux de l’éducation, de l’éthique, de l’économie, etc. Et surtout travaillons, c’est beaucoup mieux; semons la solidarité familiale et sociale; ne semons pas la haine qui n’est pas de l’éthique arabo-islamique!
D’autre part, j’ai lu, sur La Presse du mardi 15 février 2011 (page 8), un article de l’universitaire Afifa Chaouachi dont le titre pose une question très pertinente: «Mais qui donc, au juste, a fait notre révolution?». Pour elle, «une question est aujourd’hui sur toutes les lèvres: qui a fait la révolution tunisienne? Autant cette question est légitime et nécessaire à poser pour mieux comprendre les événements et les inscrire dans l’Histoire, autant la réponse, du moins celle que donnent la plupart des médias, tant de fois répétée, assenée, dirais-je, devient, en ces temps de crise, problématique, trop facile, voire dangereuse».
Puis elle donne la réponse suivante: «C’est la jeunesse qui a fait la révolution». Mme Chaouachi ajoute: «Avant d’afficher des certitudes simplistes, soyons modestes, prenons du recul, laissons les choses se décanter, ne cédons pas aux clichés, dégageons-nous du pathos, réinterrogeons nos premiers élans et surtout écoutons les spécialistes, les vrais sociologues et les grands historiens. Pensez-vous qu’il soit légitime et décent de dire que notre révolution n’a été faite que par les jeunes ou même surtout par les jeunes? Ces jeunes sont-ils des émanations du néant? S’ils sont ce qu’ils sont, n’est-ce pas parce qu’ils ont eu les parents qui les ont éduqués et les maîtres et les professeurs qui les ont formés? Tous ces jeunes privés de démocratie sur la scène politique et médiatique ont d’abord appris la démocratie qu’ils ont revendiquée dans leur foyer et sur les bancs de nos écoles laïques dont les jeunes du tiers-monde n’ont pas toujours, comme eux, bénéficié. Les jeunes qui sont descendus dans la rue y étaient déjà préparés, mais cela ne se voit pas à l’œil nu, il faut réfléchir pour le comprendre!».
En réponse à la question posée ci-dessus, «Mais qui donc, au juste, a fait notre révolution?», un autre avis, celui de M. Amine Ben Khaled (voir La Presse du jeudi, 17 février 2011, page 9) qui donne «Cinq lectures de la Révolution tunisienne». D’après ce que je vois, ces cinq lectures sont de côté !
De l’avis du sociologue Abdessattar Sahbani (voir Le Quotidien du jeudi 17 février 2011, page 7), «le dictateur Ben Ali a trahi la patrie, le peuple, la République, ainsi que l’armée dont il est le chef suprême, sans oublier la sûreté et la sécurité nationales de la Tunisie». A mon sens, c’est plus qu’une trahison; c’est un crime contre l’Humanité (au sens propre et au sens figuré du terme). Ben Ali a utilisé contre son peuple non seulement des armes à feu, mais aussi l’«arme de l’information», plus puissante et beaucoup plus grave, car elle est invisible. Alors que l’arme à feu blesse notre corps, l’arme de l’information blesse notre âme et notre esprit !
A cette étape de notre révolution, la révolution de l’information et du savoir ; je voudrais bien vous dévoiler un secret qui ne le sera plus: «Tout ce qui s’est passé en Tunisie au tournant de l’année 2010-2011 est le résultat inéluctable et incontournable du militantisme de l’association Rabitat El-Ajiel de Sfax, et du comité culturel régional de Sfax, durant plus d’un quart de siècle»!
Pour le moment, je ne peux pas vous donner les faits dans le détail, mais avec le temps tout sera dévoilé. Sachez maintenant que l’ex-président Ben Ali et son épouse ont volé les résultats de nos recherches faites à l’association Rabitat El-Ajiel de Sfax et au Comité culturel régional de Sfax. Et comme pour l’énergie nucléaire qui peut être utilisée pour la paix comme pour la guerre, Ben Ali et son épouse ont préféré l’utilisation de nos recherches pour faire la guerre au peuple tunisien par leurs propagandes et leurs mensonges.
Leur ignorance des bases fondamentales de nos recherches leur a valu la révolte des jeunes tunisiens qui ont compris l’existence d’une contradiction entre le dire et le faire. C’est ce que caractérisent les mensonges des personnes (ici le président déchu et sa femme).
D’autre part, j’ai reçu une invitation de la part de l’Institut Supérieur de Documentation (ISD, Tunis) et la Fédération des associations des amis de la bibliothèque et du livre (FENAABIL, France) pour participer à un colloque international qui sera organisé en Tunisie (entre les 23-25 mars 2011) sur le thème: «La lecture lien entre les générations: vers une société plus solidaire». Leur proposition est de faire une communication sur mon expérience à l’association Rabitat El-Ajiel. Ainsi, j’ai accepté de participer à ce colloque. Et au moment où j’étais en train de rappeler la mémoire écrite de notre association pour préparer cette communication, nos jeunes tunisiens étaient en train de mener l’ultime bataille contre la dictature et la tyrannie ; et qui s’est terminée par la victoire du 14 janvier 2011.
Je vais vous raconter les grandes lignes de l’histoire de nos recherches à Rabitat El-Ajiel de Sfax et au Comité culturel régional de Sfax (mais pas de détails pour le moment).
Résumé de la communication
Ayant volontiers participé aux activités de l’association Rabitat El-Ajiel (ou Ligue des générations) pendant une longue période, fort de ce témoignage, que conforte le recul d’un quart de siècle, nous voulons bien dans cette communication jeter un regard rétrospectif, sociologique et historique, pour essayer d’évoquer l’expérience de cette association (fondée à Sfax, Tunisie, en 1985) pour mettre en œuvre l’«alliance intergénérations».
Et plus particulièrement, nous voulons analyser sa conception des notions de «génération» et «intergénération», l’importance de l’utilisation au sein de cette association des artefacts cognitifs, mariant anciens et nouveaux systèmes de mémorisation et de communication. Quels sont ses échecs et ses réussites? Quelles sont les difficultés qui se posent pour la transition vers une société conforme aux valeurs de solidarité et de partage intergénérationnelles…?
En effet, selon la définition que l’on donne au concept de génération, il y a deux conceptions différentes mais complémentaires: L’intergénération familiale (solidarité et partage à l’intérieur des familles) et l’intergénération sociale (solidarité et partage entre les classes d’âge dans une société).
Implicitement, la conception la plus défendue par les fondateurs de l’association Rabitat El-Ajiel (qui sont des retraités) est celle de l’intergénération familiale et l’utilisation des artefacts cognitifs préinformatiques: archives municipales et anciens journaux; expositions temporaires et permanentes; bibliothèque avec des livres littéraires et religieux arabo-islamiques, et des livres sur les associations internationales du 3e âge et l’intergénération dans le monde; radios régionales et radio et télévision nationales; cinéma et films documentaires; enregistrements de photos et vidéos des activités de l’association; machine à écrire et photocopieuses pour la publication de brochures et livres; téléphone fixe…
Dès mon arrivée et adhésion (volontaire et bénévole) à l’association Rabitat El-Ajiel, en 1991-1992 (la quarantaine et encore en activité professionnelle), j’ai essayé d’introduire la «médecine sociale», et l’approfondissement de la conception de l’intergénération sociale et les nouvelles technologies (ordinateur et traitement de texte, l’Internet un peu plus tard…), dans le cadre des nouvelles «sciences cognitives».
L’objectif de cette communication est d’étudier par l’analyse sociologique et historique l’importance dans la création et l’évolution de Rabitat El-Ajiel, de la lecture par les fondateurs de l’association du patrimoine littéraire et religieux arabo-islamique concernant le vieillissement et l’intergénération, et des archives municipales (qui étaient précédemment enfermées dans une cave de la municipalité de Sfax); ainsi que la lecture par moi-même avec commentaires et traductions des livres modernes scientifiques appartenant à Rabitat El-Ajiel (ce type de documents était à l’époque unique en Tunisie, mais enfermés à clé dans un placard) concernant la gérontologie, l’intergénération et les associations internationales du 3e âge.
Ce témoignage passe en revue et analyse les activités de l’association Rabitat El-Ajiel (entre 1984-2011) tant au niveau national qu’international. Cela nous permet de faire une lecture croisée interculturelle du patrimoine et de la science moderne, relative aux approches intergénérationnelles, ainsi qu’une esquisse d’explication/compréhension des causes des réussites et des échecs de cette Ligue des générations pour la science et la culture.
Si vous le voulez, attendons alors ce colloque qui sera organisé en Tunisie du 23 au 25 mars 2011, peut-être y trouverez-vous, un peu plus d’information ; mais pas la totalité de l’information. Parce qu’il me faut encore du temps pour tout vous expliquer…
Bref curriculum vitae
Je suis spécialiste en «médecine sociale» et en «médecine informatique». En plus j’ai des compétences en biophysique et en sciences de la vie (sciences biologiques); et, enfin, en sociologie et histoire des sciences (sciences humaines).
Docteur en Médecine, j’ai reçu une formation initiale polyvalente : en sciences physiques et informatiques (Maîtrise), en sciences biologiques (DEA) et médicales (Doctorat), et en sciences sociales et démographiques (CES). Ancien enseignant/chercheur à la Faculté de médecine de Tunis entre 1973-1981, et Ancien médecin hospitalo-universitaire à la Faculté de médecine de Sfax entre 1982-2009, vice-président de l’association Rabitat El-Ajiel. Membre du Comité Culturel Régional de Sfax, depuis 2001.
Je me suis intéressé dans mes recherches, depuis 1984, aux problématiques que posent les «sciences cognitives» et leurs applications médicales et sociales.
Références
— Mes archives (dans ma propre bibliothèque) que j’ai amassées sur l’association Rabitat El-Ajiel, tout au long de ma participation à ses activités, entre 1985 et 2005.
— Mes publications :
1- Mes premiers livres publiés après une décennie de recherche, pour essayer de discuter des «sciences cognitives» et des concepts de cognition/information :
- Abdelkarim Fourati : Pour une nouvelle science du vivant. Contre la science galiléenne, 1995.
- Abdelkarim Fourati: Introduction à l’étude de l’information médicale, 1998.
2- Mon CD Rom que j’ai conçu et publié, à l’occasion de l’étude du livre de Marshall McLuhan (Comprendre les médias, 1964):
- Abdelkarim Fourati: Comprendre les médias, à l’ère des technologies numériques, 2002.
3- Mon livre que j’ai écrit et publié à l’occasion du 600e anniversaire de la mort d’Ibn Khaldoun et l’étude du livre traduit de l’arabe (par Vincent Monteil) Al-Muqaddima. Discours sur l’Histoire universelle d’Ibn Khaldûn
- Abdelkarim Fourati: La sociologie et l’histoire à la lumière des nouvelles technologies, 2006.
(*) Ancien médecin hospitalo-universitaire à la Faculté de médecine de Sfax


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com