Utopia : Prix de la liberté à Tripoli





Par Mohamed KOUKA (*)
Le soulèvement de la jeunesse et du peuple de Libye prouve, s’il en est encore besoin, que le désir de liberté ne dépend en rien d’une culture particulière ou d’une ‘civilisation’ singulière. La liberté n’est en rien spécifique à la culture occidentale comme on le sous-entend souvent. Partout l’homme en tant qu’homme est libre. La liberté est un bien inaliénable et renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme. L’homme conserve sa liberté au prix de sa vie, c’est ce qu’ont démontré les révolutions tunisienne et égyptienne ; le soulèvement de la jeunesse et en train d’administrer la preuve du caractère inaliénable et universel de la liberté, alors qu’il a fort à faire avec l’irrationnel et la démesure barbare. Allez expliquer à un dictateur, a fortiori inculte, que la substance de l’Esprit est liberté. Le peuple libyen a dit son mot de manière forte et courageuse, tragique, car en face il a fort à faire avec un dictateur délirant, pathologiquement déconnecté du réel mais théâtral vociférant dans un décor théâtral, avec une gestuelle et des attitudes théâtrales qui rappellent le ‘Dictateur’ de Chaplin, quoique avec une morgue autrement inquiétante. Ses propos décousus, parfois incompréhensibles, rappellent ce personnage du théâtre surréaliste inventé par Alfred Jarry à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe: Ubu. Pastiche caricatural de Macbeth de Shakespeare, Ubu parodie le pouvoir en l’utilisant selon une logique implacable, mais coupé de toute réalité. Merdre est le premier et le dernier mot de la sagesse d’Ubu. Il pousse jusqu’au délire la liberté de détruire que lui procure le pouvoir absolu, humiliant tous les pouvoirs concrets qui pourraient le soutenir. Sa fringale engendre la faim du pouvoir absolu, de la richesse absolue. Elle montre jusqu’à l’absurde la fonction destructrice du pouvoir. Entendre le dictateur, délirant, prétendre qu’il n’était pas président du pays, sinon il aurait jeté sa démission à la face des Libyens, pourrait inciter à la rigolade, si la situation n’était pas autrement sinistre et grotesque. Se prenant pour le chef d’une ‘révolution permanente’ qui dure depuis quarante deux ans ! (Cela ne vous rappelle pas un certain ‘Changement’ qui a duré vingt-trois ans, pas moins) Le ‘Guide’ se croit définitivement hors de responsabilité, exempt de rendre des comptes, jugeant n’avoir nul besoin de légitimité, puisqu’il est l’incarnation définitive du ‘droit’. Alors qu’en réalité il fait figure d’un personnage moyenâgeux, déléguant son pouvoir à ses fils, comme un calife, pour décider à leur guise du salut de la Libye et des Libyens. La Libye, pays riche de ses ressources naturelles et de ses potentialités humaines, mais démunie en infrastructures éducatives culturelles et sociales, restée à l’image du ‘Guide’ de la ‘Révolution’, déconnectée de la connaissance, du savoir et de la modernité. Mais l’Esprit du peuple est savoir, il est la substance universelle de l’esprit de liberté . Les Libyens sont en train de faire, héroïquement, leur entrée dans l’Histoire.

(*) Homme de théâtre


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com