Vu en France : Quand un président se fait VIP





Pour du pétrole, pour vendre des armes, la France, l’Europe, les Etats-Unis ont fait les yeux doux à Kadhafi. Aujourd’hui, on assiste à un massacre et on redoute un «exode biblique».
De notre correspondant permanent, François Bécet
Se voulant «dans le temps de l’action», Laurent Wauquiez, selon Paris, réussi à apaiser les tensions entre la Tunisie et la France nées des «maladresses» de Michèle Alliot-Marie, envoyée au Brésil pour, semble-t-il ne pas avoir à gérer la crise libyenne. La ministre des Affaires étrangères quitterait d’ailleurs son poste lors du remaniement qui devrait avoir lieu fin mars après les cantonales. Laurent Wauquiez, la remplacerait.
Hier, le ministre des Affaires européennes a défendu le président contre les attaques du groupe «Marly» et aussi sa rapide prise de position au sujet des événements libyens. Echaudée par son incompréhension de la situation en Tunisie, la France se félicite d’avoir été parmi les premiers à condamner l’attitude de Kadhafi et d’avoir adopté une position «très cohérente». Nicolas Sarkozy a haussé le ton et voulu s’affirmer en leader européen. Lors du Conseil des ministres, il a demandé que Paris propose «à nos partenaires de l’Union européenne l’adoption rapide de sanctions concrètes afin que tous ceux qui sont impliqués dans les violences en cours sachent qu’ils devront assumer les conséquences de leurs actes». Affirmant que «les Français suivent ces événements avec horreur et compassion» et qu’«un tel usage de la force contre sa propre population est indigne», le président a souhaité la «suspension des relations économiques, commerciales et financières avec la Libye jusqu’à nouvel ordre». «Nous ne laisserons pas faire impunément ce qui se passe en Libye», a résumé Laurent Wauquiez.
Bien, mais, comme pour la Tunisie, l’Egypte et peut-être demain d’autres pays, la communauté internationale porte une responsabilité. La realpolitik, disions-nous hier. Quand un président – Obama, Sarkozy et compagnie — se transforment en VIP de luxe, on doit s’attendre à ce que les considérations économiques l’emportent sur toutes les autres, notamment sur les droits politiques et d’expression. Et comme on ne prête qu’aux riches, les vendeurs de matières premières comme le pétrole ou le gaz ont le «droit» de ne pas partager les valeurs affichées par les vendeurs. On n’a pas le choix, se justifient ces acheteurs: si on n’y va pas, ce sont les autres qui signeront les contrats… Nicolas Sarkozy affirmait se battre pour les emplois en France. Les analystes prédisent déjà que le régime saoudien ne craint aucune pression, la Chine non plus, on a toujours une bonne raison pour fermer les yeux.
Mais ils sont grands ouverts aujourd’hui en Europe face aux craintes exprimées par Rome d’un «exode biblique» : 200 à 300.000 immigrés seraient prêts à déferler sur une Italie qui appelle ses partenaires à l’aide. Berlusconi se serait entretenu mardi soir avec Kadhafi et les ministres européens se sont réunis hier. La France, on l’a constaté avec les Tunisiens, ne se montrerait pas très généreuse.
On ouvre aussi les yeux sur les résultats de la visite de décembre 2007: des dix milliards de contrats annoncés par le président français, seul le tiers était réel… Cela est sans doute dû à «la nature énigmatique» de la Libye comme le dit le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini… Ou à des causes médicales. A Paris, on a demandé à des médecins leur diagnostic sur le «guide». Il n’est pas «schizophrène» mais «passionnel» et sa grande passion, c’est lui. Il «méprise les autres» dont la vie n’a aucune importance, il est «paranoïaque» et rien ne doit lui résister. Et c’est cet homme que l’on a célébré, que les pétroliers américains souhaitaient amadouer, que Berlusconi traitait en «frère»… La Libye possède, Kadhafi possédait le quart des réserves africaines de pétrole.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com