Vu en France : Faut-il accueillir les immigrés maghrébins ?





La France et l’Europe sont bien embarrassées par le possible afflux de demandeurs d’asile. La situation est exceptionnelle…
De notre correspondant permanent, François Bécet
L’Italie a demandé à Bruxelles une aide de 100 millions d’euros et à ses partenaires «l’établissement d’un fonds spécial de solidarité destiné aux pays qui supportent les principaux flux migratoires à la suite de la crise en Afrique du Nord. Berlin a déjà répondu à Rome que l’Italie est en aucun cas submergée» et Paris reste fidèle à son principe de rejeter toute immigration clandestine. Dans le cadre du pacte européen sur l’immigration et l’asile adopté en 2008 sur proposition de la France, «l’Europe a le droit de choisir qui elle veut et qui elle peut accueillir sur son territoire».
Pourtant, face au mouvement de libération enclenché par les Tunisiens, ne faudrait-il pas faire preuve de davantage d’ouverture? Ceux qui, en France, le souhaitent ont, comme ceux qui refusent, des arguments.
Pour
- En soutenant les régimes abattus par le peuple, la France, comme le reste de l’Europe, porte une part de responsabilité dans la détresse qui pousse des milliers de maghrébins à quitter leur pays. Elle doit donc en supporter les conséquences et ouvrir ses portes. Ne serait-ce que pour mieux aider des pays amis à se reconstruire. Un accueil qui serait temporaire et accompagné de formation.
Le Modem de François Bayrou estime qu’il faut «les accueillir, leur permettre une vie décente, avant de regarder comment les raccompagner dans leur pays».
- La situation est exceptionnelle et nos pays «riches» doivent faire un effort de solidarité. Le PS appelle «l’Europe à retrouver sa tradition d’asile».
Contre
- Accepter en masse des immigrés clandestins serait contraire à toute la politique commune que l’UE tente de mettre sur pied. Ce serait un appel d’air, un message à tous ceux qui désire émigrer que le nombre fait la force.
- Au lieu d’accueillir, il faut aider sur place, sans ingérence. Et Brice Hortefeux a eu cette remarque: «Lorsqu’un pays se démocratise, lorsque les libertés progressent, il ne peut y avoir de mouvement massif de demande d’asile. L’asile, c’est quand on est persécuté, pas lorsqu’on est citoyen libre d’une démocratie naissante». Partir serait une forme d’abandon, de désertion…
Cette argumentation du ministre de l’Intérieur ne manque pas de logique et on peut la comprendre. Pas celle d’Eric Besson qui se dit prêt à accepter sur le sol européen ceux qui pourront apporter la preuve qu’ils sont menacés, en danger dans leur pays. Qui pourrait être dans une telle situation en Tunisie sinon les proches des Ben Ali-Trabelsi, ceux qui ont tenté d’étouffer dans le sang la colère populaire? La France serait coupable de les accueillir. C’est à la justice tunisienne, et à elle seule, qu’il appartient de décider.
L’attitude de la France est aussi à mettre en rapport avec le débat que Nicolas Sarkozy a lancé sur la place des religions en France, sur l’Islam en France. De plus en plus de voix s’élèvent dans la majorité contre les dangers de dérapages qu’il recèle, les effets «désastreux» (selon Devedjian) qu’il peut avoir. Un tel débat doit se dérouler dans un climat apaisé, pas sous la «menace» d’un «exode biblique».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com