LIBYE : La folie meurtrière de Kadhafi





Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a invité hier ses partisans à «se battre» pour «vaincre» les protestataires assurant qu’il leur ouvrirait les dépôts d’armes s’il le fallait selon des images diffusées par la télévision d’Etat.
Le Quotidien-Agences
«Préparez-vous à défendre la Libye (...) Nous allons nous battre et nous les vaincrons», a lancé Kadhafi à plusieurs centaines de ses partisans, à la tombée de la nuit.
«S’il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d’armes pour armer tout le peuple», a-t-il ajouté, depuis les remparts du fort ottoman qui surplombe la place Verte.
«Nous sommes prêts à faire face à toute offensive, je suis venu ici pour vous saluer et saluer votre courage, nous allons leur répondre», a-t-il encore dit.
«Je ne suis ni président ni roi, je n’ai aucune fonction mais ce peuple m’aime», a assuré le dirigeant libyen, un micro à la main, portant une chapka et un manteau noir. «Regarde Europe, regardez Etats-Unis, le leader est au milieu du peuple», a-t-il lancé.
«La vie sans dignité n’a aucune valeur, la vie sans drapeaux verts n’a aucune valeur», a-t-il dit, ajoutant : «Chantez, dansez et préparez-vous».
Alors que le «Guide» brandissait régulièrement le poing vers la foule, ses partisans agitaient le drapeau vert de la Libye et brandissaient des portraits du colonel Kadhafi. Ils scandaient «N’ayez pas peur pour la Libye, tant que Kadhafi s’y trouve» et «Dieu, Mouammar, Libye et c’est tout».
«Vous aimez la Libye, vous aimez le leader, donc défendez-les», avait déclaré auparavant un pro-Kadhafi dans un haut-parleur.
«Nous avons des chaînes satellitaires étrangères avec nous. Montrez-leur que nous aimons Mouammar Kadhafi», a-t-il ajouté.
Acharnement
Les forces loyales au régime libyen ont tiré hier sur des manifestants à Tripoli faisant au moins deux morts, après la prise de contrôle de l’Est du pays par l’opposition, la communauté internationale tentant de stopper le bain de sang.
Au 11e jour de la révolte sanglante contre le pouvoir chancelant de Kadhafi, confronté également à une opposition à l’Ouest de Tripoli, les initiatives se multiplient: réunion de l’ONU, propositions de sanctions, d’embargo total et de mise en place d’une zone d’exclusion aérienne.
La contestation s’étend de l’Ouest de Tripoli à Benghazi, à 1000 km à l’Est de la capitale, dans des villes côtières ou proches des côtes de la Méditerranée, l’immense majorité du pays, à 93% désertique, étant épargné par les combats.
Mais alors que la région orientale pétrolifère est aux mains de l’opposition armée qui pourrait marcher sur Tripoli, les forces pro-Kadhafi, déployées autour de mosquées pour empêcher les protestations, ont tiré sur des manifestants notamment à la sortie des prières, selon les témoins. «Les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des manifestants sans distinction. Il y a des morts dans les rues de Soug Al-Jomaa», a indiqué un habitant.
D’autres témoins de quartiers de la banlieue Est, comme Ben Achour et Fachloum, ont signalé des «tirs nourris sur tous ceux qui se trouvent dans la rue». Des scènes similaires se déroulent à Ghout Achaal, dans l’Ouest de la ville. «Ils tirent sur des civils sans armes qui sortent de la prière», a déclaré à l’AFP un habitant du quartier résidentiel de Ben Achour.
Dans le quartier populaire de Fachloum, au moins deux manifestants ont été tués par des «miliciens» pro-Kadhafi, selon un témoin. Des centaines de d’autres personnes à Tajoura manifestaient contre le régime.
La télévision libyenne, citant des sources médicales, a néanmoins démenti des morts à Tripoli.
Libération
Les partisans du «Guide» au pouvoir depuis plus de 40 ans sont concentrés à Tripoli, où la milice Khamis disposerait de 9.000 combattants, de chars et d’avions, selon des informations non confirmées.
A Tobrouk (Est), un millier de personnes brandissant des drapeaux de la monarchie du roi Idriss Senoussi qui s’est imposé comme un symbole de l’insurrection, ont manifesté. «Libye libre, Kadhafi dehors», «Le peuple veut la chute du régime», ont-ils lancé.
Musratha, troisième ville du pays à 150 km à l’Est de Tripoli, a été désertée par les loyalistes à Kadhafi, mais des combats ont eu lieu sur une base aérienne proche qui ont fait de nombreux morts, selon un habitant.
De violents combats meurtriers s’étaient déroulés ces derniers jours à Musratha. A l’Ouest de Tripoli, dans la ville de Zawiyah (60 km), les combats entre opposants et partisans du régime ont fait «plus de 35 morts, peut-être même 50», a par ailleurs affirmé à l’AFP le porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l’homme.
Indignation
A l’étranger, l’indignation s’amplifie contre le pouvoir libyen, de plus en plus isolé après avoir été lâché par ses pairs arabes et plusieurs proches et diplomates, dont les ambassadeurs libyens à Paris et à l’Unesco, ainsi que Kadhaf Al-Dam, proche conseiller et cousin de Kadhafi.
Paris et Londres ont proposé au Conseil de sécurité de l’ONU à New York un projet de résolution prévoyant «un embargo total sur les armes», «des sanctions», et une «saisine de la CPI pour crime contre l’humanité», selon la chef de la diplomatie française Michèle Alliot-Marie.
Les pays de l’Union européenne et l’Otan se préparent par ailleurs à mettre en place une zone d’exclusion aérienne en Libye pour interdire aux avions militaires libyens de voler, si l’ONU donne son feu vert, selon un diplomate.
Ralliement au peuple
L’ambassade de Libye auprès de l’ONU à Genève a décidé de se rallier au peuple libyen et de ne plus soutenir le régime de Mouammar Kadhafi, a annoncé hier un responsable de la mission devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. «Nous, dans la mission libyenne, avons décidé catégoriquement de représenter le peuple libyen dans sa totalité», a expliqué le deuxième secrétaire de la mission. «Nous allons servir de représentant devant cette auguste instance», a-t-il assuré aux membres du Conseil réuni pour une session extraordinaire consacrée à la Libye.
L’annonce, qui a constitué un véritable coup de théâtre, a été accueillie par un tonnerre d’applaudissements.
La chaise de la Libye était restée vide hier toute la matinée.
Plusieurs ambassadeurs libyens ont déjà fait défection dont ceux en France et à l’Unesco, dont le siège est à Paris, qui ont annoncé hier qu’ils démissionnaient pour condamner «les actes de répression en Libye» et qu’ils «rejoignaient la révolution» contre Kadhafi.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com