MAD : La doctrine baâthiste épurée des erreurs du passé





Né d’une scission au sein du courant baâthiste tunisien, le Mouvement Arabisme et Développement reste fidèle aux principes de base de sa doctrine initiale, mais s’efforce de l’épurer des erreurs commises par les partis Baâth syrien et irakien.
Après le Mouvement Baâth de Othmane Belhaj Amor, un deuxième parti de tendance baathiste) a déposé, jeudi, une demande de légalisation auprès de la direction des Affaires politiques au ministère de l’Intérieur. Il s’agit du Mouvement Arabisme et Développement créé début février par une vingtaine de diplômés des universités syriennes. Ces cadres, dont la plupart sont aujourd’hui des enseignants, avaient embrassé l’idéologie baâthiste quand ils étaient étudiants à Damas. Dès leur retour au pays dans les années 50, ils ont tenté de vulgariser la doctrine baâthiste en collaboration avec d’autres baâthistes tunisiens qui étaient établis en Irak. Ils se sont particulièrement montrés très actifs au sein des plus importantes composantes de la société civile, comme l’Union Générale des Etudiants de Tunisie UGET), l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et même l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche. «A cette époque, nous avons été contraints à l’action clandestine en raison de la haine sans égale qu’affichait Habib Bourguiba à l’égard des baâthistes et notamment à l’égard de ceux qui étaient établis en Syrie », raconte Taïeb Jellali, porte-parole du Mouvement Arabisme et Développement.
Scission
A partir des années 70, des divergences sont apparues entre les baâthistes tunisiens sur fond de guerre de leadership, mais aussi sur la position à tenir vis-à-vis des partis qui se réclament du Baâth dans le monde arabe, et notamment en Irak et en Syrie. «Certains baâthistes, essentiellement ceux qui étaient établis en Irak, ont tenu à cautionner sans discernement les politiques des partis Baâth irakien et syrien alors que nous avons plaidé pour la loyauté absolue aux principes de base de l’idéologie bââthiste uniquement et revendiqué notre droit à critiquer les positions de Hafed Al-Assad ou de Saddam Hussein», précise M.I Jellali. Et d’ajouter: «Nous pensons que les partis Bâath irakien et syrien se sont trompés de priorité de l’époque. En Syrie, le régime baâthiste allouait, par exemple, 75% du budget de l’Etat à l’armée sans se soucier des autres priorités de développement. En Irak, le régime de Saddam Husseïn a préféré lutter contre la menace iranienne aux dépens de la lutte contre l’occupation israélienne».
Une fois la rupture entre les deux courants consommée, les baâthistes tunisiens diplômés des universités tunisiennes ont poursuivi leur action politique clandestine. Ils ont notamment tenté sans succès de créer une association des diplômés du Moyen-Orient avant de rejoindre le Parti Démocratique progressiste qu’ils ont quitté en 2004.
Adaptation
Quelques semaines après la révolution du jasmin à laquelle ils disent avoir participé massivement dans les régions du centre-ouest, les dissidents du courant baâthiste tunisien ont décidé d’œuvrer dans la légalité en présentant une demande d’agrément. Baptisé le Mouvement Arabisme et Développement, le nouveau parti de référentiel reste fidèle aux principes de base de sa doctrine initiale combinant socialisme et panarabisme arabe, mais s’efforce de l’épurer des erreurs commises par les partis Baâth syrien et irakien. Il tente également d’adapter l’idéologie baâthiste au contexte tunisien. «Nous proposons une nouvelle lecture de la pensée baâthiste qui n’accorde pas trop d’importance, il est vrai, à la question vitale de la démocratie et des libertés. Sur le plan économique, notre objectif demeure la mise en place d’un marché arabe commun, mais on ne peut plus négliger la réalité de l’économie tunisienne largement ouverte sur l’extérieur et mondialisée», indique M. Jellali.
S’agissant du processus de transition en cours en Tunisie, le Mouvement Arabisme et Développement prône une rupture totale avec l’ancien système et défend l’élection d’une assemblée constituante qui se chargera d’élaborer une nouvelle Constitution. Il plaide également pour la dissolution du parlement ainsi que pour la résistance à la normalisation avec l’entité sioniste et le soutien aux mouvements de libération nationale dans le monde arabe.


Walid KHEFIFI


Le MAB en bref
Date de création : le 24 février 2011
Idéologie : Baâthisme
Porte-parole : Taieb Jellali
Membres du comité directeur : Ammar El-Ichi, Jamel Dkhila, Amor Harmi, Mahmoud El Bech, Mahmoud Zribi, Mohsen Jeîddi, Amor Ghanmi, Salah M’barki, Abdelmoula Mansouri.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com