«Le Quotidien» à Ben Guerdane : Le syndicat des louagistes à la rescousse des rescapés de l’enfer libyen





Les villes du sud de la Tunisie se sont réveillées hier matin sur les slogans scandés par des milliers de manifestants dénonçant les massacres commis par les milices du régime libyen contre la population.
De notre envoyé Habib MISSAOUIO
Ces marches ont été organisées dans les villes de Ben Guerdane, Zarzis et Djerba au moment où continue le flux des Tunisiens et des étrangers sur les points frontaliers de Ras Jedir et de Dhhiba et même au port de Zarzis dans un climat tendu vu les moyens plus que modestes mis en place pour les accueillir alors que leur nombre ne cesse d’augmenter d’heure en heure.
Faut-il encore composer avec leur état psychologique plus qu’affecté à cause de ce qu’ils ont vu et enduré tout au long de leur périple. Il faut dire que dans la journée d’hier, on a eu affaire à des compatriotes qui arrivaient des villes du Sud de la Libye. Ils viennent de Benghazi et d’Ezzaouia parcourant parfois plus de mille kilomètres. Un voyage très risqué qui les a contraints parfois à contourner des villes entières pour ne pas tomber entre les mains des milices et des bandits qui sillonnent les routes surtout entre Benghazi et Tripoli. A ce sujet, M. Abdelfattah Hajji nous raconte que: «Même si les villes du sud-ouest sont tombées, les routes et les croisements restent très dangereux surtout ceux qui relient le Sud du pays au nord. Des hommes armés ont contraint les automobilistes à s’arrêter et soumis les passagers à des fouilles musclées. Ils sont ensuite agressés et dépossédés de leurs biens».
Kadhafi perd le pays
mais également sa 2e femme
Les malheurs de Kadhafi ne proviennent pas uniquement de cette révolte qui est en passe de lui faire perdre son règne, mais également sa deuxième femme originaire d’El Baidha, cette ville du Sud-Ouest. Les dignitaires de la ville se sont réunis avant-hier et ont prononcé le divorce de leur fille d’avec lui. Il est à rappeler que cette deuxième épouse a donné au colonel sa fille Aïcha et un fils Mohamed. Nos interlocuteurs parmi les Tunisiens, qui ont traversé les frontières en provenance de Benghazi, nous ont indiqué que sa belle famille a appelé Aïcha et Mohamed à rentrer à El Baidha pour rejoindre les opposants de leur père.
Par ailleurs et selon M. Hichem Salem : «Les deux pilotes libyens qui se sont réfugiés à Malte, ont bombardé les pistes des deux aéroports de Benghazi et de Jedaybiya afin d’empêcher les pilotes étrangers, recrutés par Kadhafi pour renforcer son armée de l’air, et opérer des raids contre les civils.
Dans le même contexte et selon ce que nous a été raconté par M. Amor Belgacem de Tripoli : «Aïcha Kadhafi, qui s’est vu refuser l’accès à Malte, est rentrée en Libye pour constituer sa propre milice composée de femmes mercenaires recrutées parmi les ressortissantes des pays africains. Cette milice est en train de semer la terreur à Tripoli».
Aïcha prête ainsi main forte à ses frères qui ont chacun sa propre milice à l’image de Khamis ou encore Seif El Islam et Essaâdi. Ces bandes armées opèrent dans les trois régions de Tripoli, Ezzaouiya et les villages situées sur les côtes du Nord-Est à quelques encablures des frontières tunisiennes.
Du coup, on ignore presque tout sur le sort des milliers des Tunisiens et des étrangers qui sont toujours sur place. Ceci étant, ceux qui ont réussi à fuir l’enfer libyen ne sont que quelques milliers sur un total de cent à deux cent mille Tunisiens qui vivent de l’autre côté des frontières.
La deuxième Jamahirya à El Koufra
Si personne aujourd’hui n’est en mesure de dire où se trouve exactement le colonel Kadhafi, selon des informations que nous avons recueillies auprès des Tunisiens de retour de Libye, El Kaid aurait fui Tripoli vers la zone frontalière d’El Koufra située à quelques kilomètres des frontières avec le Tchad. Cette région riche en pétrole pourrait être la capitale de la deuxième Jamahirya que devait proclamer Kadhafi en cas de chute de son régime. D’ailleurs, des milliers de mercenaires africains «invités» par le colonel pour faire partie de sa prochaine armée seraient en train de traverser les frontières avec le Tchad, le Mali et le Soudan. Il faut dire que personne ne peut prévoir exactement les réactions de Kadhafi qui reste imprévisible.
La déception
Les Tunisiens ont continué hier à exprimer leur solidarité avec leurs compatriotes qui débarquent par milliers tous les jours à Ras Jedir et à Dhhiba. Plusieurs associations et organisations ont fait le déplacement jusqu’ici avec des dons et des aides sous forme, de vêtements, de médicaments, de nourriture et d’argent. Malheureusement, ils n’ont trouvé personne pour les aider à distribuer ces aides. Alors, ils ont fait demi-tour vers la ville de Ben Guerdane où ils ont remis leurs dons aux différents comités qui se sont formés spontanément qui pour protéger la révolution qui pour aider les travailleurs tunisiens en Libye.
La déception a été remarquée sur tous les visages de ces braves bénévoles qui étaient frappés par l’absence d’une structure de coordination entre les différents intervenants à Ras Jedir et à Dhhiba.
N’empêche que nos frères libyens ont continué à arriver en masse et les hôtels à Djerba et à Zarzis enregistrent un taux record. On a même multiplié les traversées de «Battah Djerba» pour permettre à nos frères libyens d’entrer et sortir de l’île rapidement et facilement.
Alors que les autorités locales éprouvent d’énormes difficultés à évacuer les travailleurs tunisiens vers leurs villes d’origine, le syndicat des conducteurs de voitures de louage à Gabès a décidé d’affréter des centaines de voitures pour aider leurs compatriotes. M. Hédi Boucetta, le président de la chambre, nous a déclaré : «C’est la moindre des choses qu’on puisse faire pour nos frères. Nous sommes prêts à aller en Libye pour les ramener chez eux».
Encore une fois le sud fait parler de lui à travers cet élan formidable de solidarité afin que la patrie demeure libre et digne.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com