Pour une politique sélective vis-à-vis des investissements étrangers en Tunisie





Par Mondher Ben Salem (*)
L’un des axes de la politique économique du gouvernement actuel est la reconquête de l’espace économique national par le développement régional, parallèlement à la confirmation de l’ouverture de ce même espace aux investissements étrangers.
N’y a-t-il pas contradiction entre ces deux objectifs? Puisque accepter les investissements étrangers en Tunisie, c’est permettre aux concurrents internationaux de «modeler» cet espace durablement!
L’examen d’autres objectifs de la politique économique semble montrer qu’il n’en est rien. C’est le cas de la lutte pour l’emploi qui sous-tend la reconquête du marché intérieur et qui justifie dans cette optique l’acceptation des investissements étrangers.
De même, l’objectif du maintien de l’ouverture internationale de notre économie semble impliquer l’abandon au profit des importations et des investissements directs étrangers (IDE) d’activités dans lesquelles aucune firme nationale n’est, selon les gourous de cette vision, et ne peut devenir compétitive.
Sans s’épuiser dans un débat complexe, nul ne peut aussi contester que les investissements étrangers en Tunisie n’ont pas eu les résultats escomptés en matière d’emploi, mais ont eu un effet défavorable sur le commerce extérieur. D’où la nécessité de leur conférer une nouvelle orientation plus sélective.
Je n’appelle nullement, comme certains maximalistes le demandent, à interdire les IDE, car ce serait oublier leurs apports notamment en transferts des technologies et leur rôle dans l’accentuation de la concurrence. Ce serait en outre incompatible avec la nécessaire ouverture de notre économie et l’indispensable expansion internationale des entreprises tunisiennes aussi bien publiques que privées.
Des arguments plaident pour une fixation par l’Etat de règles claires de limitation des nouveaux investissements étrangers en Tunisie.
Tout d’abord, l’acceptation d’investissements étrangers à un taux très élevé dans un secteur rend difficile l’émergence de groupes nationaux aptes à soutenir la concurrence internationale. Deuxième élément à prendre en compte: l’irréversibilité de l’investissement productif étranger en Tunisie. Une fois qu’un tel investissement a été autorisé, il est difficile en particulier à cause de l’emploi en jeu de maîtriser son influence sur la balance du commerce extérieur et d’enregistrer en plus une perte dans la maîtrise des segments productifs qui lui sont liés.
Autre élément: le taux de contrôle de l’industrie tunisienne par les groupes étrangers dans certains secteurs, comme le textile et les IEE sont tels que l’on ne peut plus accepter pêle-mêle toutes les implantations étrangères.
La «tournure» prise par l’économie tunisienne, suite à une politique de développement économique qui a connu beaucoup de lacunes, fait que la Tunisie est fondée aujourd’hui à justifier une politique de contrôle des implantations des IDE de façon à rétablir les équilibres de nos balances bilatérales d’IDE.
Le renforcement de la maîtrise de l’appareil national de production et la création d’une véritable «planification régionale» imposent aussi que des règles claires soient élaborées.
Quels critères de sélection doit-on donc adopter?
* Emplois à créer dans les zones prioritaires?
* Aménagement plus équilibré du territoire?
* Apport de technologie?
* Amélioration du taux de couverture de la balance commerciale?
Il est indispensable qu’un critère sectoriel soit adopté. Un classement des secteurs autorisés ou non à l’investissement étranger, ou bien un classement différenciant les critères d’acceptation suivant la nature plus ou moins stratégique des secteurs devrait être discuté, décidé et rendu public. Outre ce critère essentiel, il faut adopter un «critère modalité d’implantation» visant à limiter les prises de contrôle de sociétés tunisiennes existantes, notamment dans les secteurs agroalimentaire et des matériaux de construction. En outre, quand il s’agit de PME, l’implantation devrait être favorisée dans le cadre du développement des régions prioritaires.
Alors quand il s’agit de grandes entreprises pour lesquelles un problème de compétitivité internationale se pose, l’objectif poursuivi pourrait être de les regrouper avec des entreprises tunisiennes pour constituer des pôles de taille suffisante.
Un critère d’origine géographique est lui aussi envisageable (Maghreb, Communauté européenne, etc.). Une réforme des procédures d’autorisation des IDE est donc souhaitable.
Enfin, l’obligation faite à toutes les entreprises tunisiennes de publier leurs états financiers doit être étendue à toutes les entreprises opérant sur le territoire national. Elle permettrait de mieux apprécier les engagements des IDE à respecter leurs engagements.
Une révision importante de la politique actuelle des investissements étrangers en Tunisie est nécessaire pour que l’internationalisation en amont de l’économie tunisienne soit cohérente avec l’objectif de reconquête du marché intérieur et de l’espace national et soit mieux maîtrisée.


(*) Cadre tunisien




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com