Parole libre : L’UMA et le mouvement revendicatif dans la région





✒ Par Chedli SEGHAIRI (*)
Le 17 février était la date du 22e anniversaire de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), c’est un cap important pour un homme comme pour une institution. C’est en effet le 17/02/1989 à Marrakech que fut proclamée, par les chefs d’Etat mauritanien, algérien, tunisien et libyen, ainsi que le roi du Maroc, la fondation de l’UMA, regroupant les 5 pays du Maghreb.
Si l’on réfléchit un peu, on trouve que plus de la moitié la population maghrébine est née dans l’UMA sans qu’elle le sache au regard du bilan que ce «regroupement régional» a réalisé: - les institutions maghrébines tournent au ralenti, si elles ne sont pas au stade de la léthargie ; - les échanges commerciaux entre les pays du Maghreb sont au même point qu’il y a 22 ans, soit 3 % de leurs échanges extérieurs; - la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est toujours fermée, à cause de l’obstination persistante du président Bouteflika, sans parler des problèmes bilatéraux inhérents à l’échelle régionale de chacun des cinq pays.
Un observateur avisé a déjà indiqué en 2005 que l’erreur a été commise dès le départ. Il était vain, disait-il, de croire que des régimes de dictature, par nature irrespectueux du droit et de la légalité, donc incapables de promouvoir les valeurs de démocratie et de progrès que chez eux ils combattent avec acharnement, il était puéril que ces régimes puissent réaliser l’intégration du Maghreb. Il a ajouté qu’il faudrait attendre leur disparition et leur remplacement par des gouvernants démocratiquement élus pour se remettre à croire en l’édification du Grand Maghreb Uni.
Les événements qui ont soudainement bouleversé la Tunisie et l’Egypte, en emportant leurs dictateurs de gouvernants, sont en voie de consacrer leur impact en Libye. L’Algérie, le Maroc et la Mauritanie n’en seront pas également immunisés et l’on est en droit d’affirmer que la région est dorénavant placée sous le signe du changement. On peut aussi avancer sans trop se tromper que ce changement est véhiculé par une génération qui apporte une dynamique nouvelle par rapport aux deux générations précédentes depuis l’Indépendence, 60 ans environ.
Puisque le problème de la construction du Grand Maghreb réside dans une solution, « introuvable » jusqu’à présent, au conflit du Sahara Occidental, il y a lieu d’identifier un autre problème, concernant les questions de l’identité culturelle des différentes populations. S’il est possible de trouver des éléments de réponse à ces deux problèmes majeurs, le processus de construction est en mesure d’aboutir.
La révolution que la jeunesse maghrébine a déclenchée se construit à la fois par de lents et profonds mouvements mais aussi par de brusques ruptures. Les valeurs de démocratie et de liberté dont elle est porteuse ne vont pas de pair sans le respect de l’identité de l’autre. Je veux dire que cet ensemble régional est constitué par des Berbères autant que par des Arabes et que la reconnaissance des uns et des autres de leur identité culturelle n’est pas antinomique de leur objectif de constituer un ensemble intégré d’un équilibre économique et politique. Et l’avènement du Grand Maghreb Uni, appellation plus appropriée en considération de la culture amazigh, ne pourra plus relever de l’utopie puisqu’il émane des aspirations populaires authentiques depuis les luttes d’indépendance des peuples maghrébins contre le colonisateur français. Ce grand projet n’est pas une union de circonstance géré au gré de l’opportunisme politique des chefs d’Etat aux agendas politiciens versatiles, comme l’illustrent bien l’éphémère et chaotique Accord de Djerba de 1974 ou l’Entente libyo-marocaine de 1984.
Outre les dénominateurs communs que sont les représentations mentales et culturelles au niveau du moi collectif des populations de la région et de leur aspiration à un bien-être économique, la jeunesse maghrébine d’aujourd’hui réalise pleinement que les regroupements régionaux, au temps de la mondialisation, constituent une nécessité vitale. Elle sait que le coût de la non-UMA s’élève à une perte de 5% de la croissance économique dans les 5 pays. Les régimes de dictature qui ont fait main basse sur les richesses de leurs pays et peuples n’ont cure de bâtir véritablement l’ensemble régional maghrébin. Plutôt l’ego d’hégémonie prévaut et le problème du Sahara Occidental, créé presque ex-nihilo par la nomenklatura militaire algérienne, a donné lieu à la fermeture des frontières avec le Maroc. Sans renier le principe d’autodétermination des peuples, notamment celui des sahraouis, l’intégration maghrébine est tout à fait capable de s’accommoder de l’autonomie élargie que le royaume du Maroc propose comme solution à ce problème.
Le mouvement revendicatif de la jeunesse maghrébine qui balaie irrésistiblement les tenants de l’immobilisme et de l’autoritarisme sauront distinguer entre l’ivraie et le grain et dépasser le nombrilisme hégémonique pour aborder la construction de l’édifice maghrébin unitaire.
Et pour preuve, après l’invasion de l’Irak en mars 2003, les Etats-Unis de Bush Junior ont voulu imposer leur projet de démocratisation du «Middle East and North Africa Countries» de la région, soutenu en cela par les lobbies sioniste et pétrolier, avec pour résultat un échec patent. La greffe ne pouvait pas prendre de l’extérieur. Mais, en début de cette année 2011, les peuples arabes se sont pris en charge et ont décidé de chasser les dictatures de leur propre volonté. N’y a-t-il pas sagesse à méditer sur ce phénomène d’aspiration à la démocratisation chez nous et par nous-mêmes. Ce qui peut le plus peut encore réaliser davantage et trouver les moyens de dépasser les obstacles entravant l’intégration de la région en attendant le parachèvement de son unité.


(*)Ancien diplomate




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com