Sarkozy en session de rattrapage





De notre correspondant permanent, François Bécet
Recalé pour ne pas avoir mesuré l’ampleur de la révolution tunisienne et ses conséquences, le président était dimanche soir en session de rattrapage. Il a enfin écarté Michèle Alliot-Marie en reconnaissant implicitement son incompétence et reconnu que le mouvement initié par un drame à Sidi Bouzid constitue un «immense bouleversement», un «changement historique», une «formidable espérance» que nous devons «accompagner, soutenir» sans ingérence. La possible relance de l’Union pour la Méditerranée sur de nouvelles bases comme la réaffirmation que les peuples de la Méditerranée ont une «destinée commune» sont à saluer comme des points positifs.
Pour autant, on peut se demander si Nicolas Sarkozy a réussi cet examen de rattrapage. Il n’a pas fait oublier ce grand retard à redonner un nouveau visage à notre diplomatie inaudible, il n’a pas agi pour répondre aux événements extérieurs, mais pour des raisons intérieures, pour pallier des manquements. Ce n’est pas le fait que «certains peuples arabes prennent leur destin en main» qui a poussé au remaniement ministériel français, mais les fautes et erreurs de ce gouvernement.
Quelques aspects de l’allocution peuvent même choquer. Ainsi, quand le président dit que «l’Europe doit se doter sans tarder de nouveaux outils pour promouvoir l’éducation et la formation de la jeunesse de ces pays du Sud de la Méditerranée, imaginer une politique économique et commerciale pour favoriser la croissance de ces jeunes démocraties qui veulent naître», cela signifie-t-il que c’était inutile avant, que l’UE n’aidait pas? Ne serait-ce pas ignorer tous ces diplômés chômeurs fers de lance de la révolution? Bourguiba avait misé sur l’éducation…
Et puis, juste après avoir justement déclaré qu’il ne fallait pas avoir peur de ce «changement historique», Nicolas Sarkozy que son remaniement servait à préparer la France qui pourrait avoir à subir une invasion si les mouvements populaires sombrent «dans la violence». Vive les peuples qui s’émancipent au nom des droits de l’homme et de la démocratie, mais il faut s’en méfier semble sous entendre le président. C’est sans doute ce qu’il appelle «expliquer les enjeux de l’avenir mais tout autant protéger le présent des Français ».
On comprend bien que le souci principal de Nicolas Sarkozy relève de la politique intérieure. Il a loupé son remaniement de novembre annoncé depuis trop longtemps. Pas sûr que celui de dimanche le fasse rebondir dans les sondages. Mais il a mis en place sa «machine» de campagne n’hésitant pas à sacrifier son «ami de trente-quatre ans», Brice Hortefeux menacé par des procès et à le remplacer par un spécialiste de la sécurité, Claude Guéant, qui connaît pas cœur le ministère de l’Intérieur. A travers cette allocution qui se voulait solennelle apparaissent sa volonté d’être candidat ainsi que les thèmes principaux, et sans surprise, de sa campagne : la sécurité et l’immigration. Avec l’objectif de faire baisser le score du Front national.
Contraint de procéder à ce remaniement qu’il n’avait pas souhaité, le président se complique la tâche: après avoir dû se résoudre à conserver François Fillon en novembre, il fait de Juppé l’homme fort du gouvernement, une sorte de Premier ministre bis. Le maire de Bordeaux qui, en juillet dernier avait publié dans Le Monde, avec Hubert Védrine, ex-ministre socialiste des Affaires étrangères, une tribune intitulée «Cessez d’affaiblir le Quai d’Orsay», ne se laissera pas manipuler et imposera sa vision de la politique étrangère. Quant au retour de Gérard Longuet, motivé par des considérations électorales, on ne peut dire qu’il puisse susciter l’enthousiasme des foules, même si l’homme s’est souvent montré très critique à l’égard du président.
Michèle Alliot-Marie, elle, n’a toujours rien compris. Aurait-elle fait illusion pendant des années?


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com