Egypte : Les revendications continuent et la police n’est pas la bienvenue…





Les habitants du Caire continuent à vivre «La Révolution du Nil» en revendiquant une vie digne et un limogeage dans les forces de sécurité…
De notre envoyée au Caire Samah Meftah
Evanouie des rues du Caire depuis presque un mois, la police égyptienne a commencé, il y a quelques jours à réintégrer les artères de la capitale. Comme réponse, les «révolutionnaires» ont choisi de manifester à la Place Tahrir le matin et… de faire le siège devant l’immeuble de la télévision le soir. «Nous avons souffert des deux bras du système de sécurité depuis longtemps. Nous voulons que les forces de la Sécurité de l’Etat et celles de la sécurité centrale disparaissent de nos rues», crie Mahmoud Nassar, au milieu de la rue Salah Salem, l’une des artères principales du Caire. Mahmoud était entouré d’une trentaine de jeunes étudiants qui ont boycotté leurs universités pour manifester à la Place Tahrir. «La police devrait servir le peuple. Les policiers égyptiens font tout sauf servir leurs concitoyens», ajoute Mahmoud. Les tortures continuent après la chute de Moubarak? «Oui» répond-il, sans aucune hésitation. «Ils sont éparpillés partout? Affirmatif dit-il. Ils sont en train de tout filmer. Ils essayent d’entendre nos conversations afin de les transmettre à leurs supérieurs, les serveurs de l’ancien régime», explique-t-il. Pas loin de lui, un groupe de policiers était en train d’assurer la circulation. Un peu gêné par notre question sur l’absence de coopération entre les citoyens et policiers, l’un d’eux, leur supérieur, nous a déclaré que les Egyptiens n’arrivent pas encore à comprendre que le ministère de l’Intérieur est toujours un ministère du pouvoir et qu’il n’y aura jamais de sécurité tant que la police ne reprend pas son activité. «Ils étaient furieux en revendiquant la destitution de l’ex-ministre Habib El Adly. Aujourd’hui, il n’est plus là. Nous sommes plus d’un million à servir le peuple. Franchement, je ne vois pas comment on peut accuser un million de personnes de corruption et de torture», confie l’officier qui ne voulait pas mentionner son nom.
Respect pour l’armée
Ce qui est sûr en Egypte aujourd’hui, c’est que personne de ce million ne peut être facilement crédible dans son uniforme de policier. En outre, l’uniforme de l’armée ne cesse de s’attirer le respect et la gratitude. Au fait, les chars de l’armée égyptienne quadrillent toujours les rues du Caire où ils s’emploient à protéger les édifices incarnant le pouvoir comme celui de la Télévision, d’une part, et à calmer les manifestants qui continuent à manifester dans les rues, d’autre part. Cette armée , formée et équipée par le Pentagone, «constitue le seul recours du pauvre citoyen», note Amine Samir, médecin. «Il est vrai qu’on est obligé de circuler une pièce d’identité à la main mais nous sommes au moins traités comme des êtres humains», note-t-il. Et d’ajouter qu’il n’est pas encore temps de parler d’une liberté concrète. «Nous entendons des sirènes de police partout. Nous sommes encore torturés physiquement et moralement», affirme Ahmed. Mis à part, les chars de l’armée, les sirènes de police et les vendeurs ambulants, le Caire n’est plus celui d’avant. «A ce moment de la journée, les rues devraient être bourrées de gens. Les voitures devraient envahir les rues. Depuis le 25 février, ce n’est plus le cas. L’armée est partout et c’est pour cela que les gens préfèrent ne pas traîner dans les rues. De plus, pour pénétrer dans une administration ou même un centre commercial, chacun doit présenter d’abord sa pièce d’identité. Tout est compliqué mais c’est beaucoup mieux qu’avant», note Ola Issam, enseignante.
Des revendications sociales partout
Les chars de l’armée, les sirènes de police et les barbelés dressés un peu partout n’ont pas réussi à calmer la foule. Des revendications de tout genre sont clamées au Caire. A chacun ses soucis et à chacun ses demandes. «Je pense que les revendications sociales ont déjà pris le pas sur les slogans politiques. Moubarak n’est plus. Nous pourrons alors réclamer une vie digne en revendiquant une augmentation des salaires», explique Moez Chourabi, qui s’apprêtait à regagner la place Trahir. Pour Moez, aspiration sociale et revendication sociale sont indissociables. Et d’ajouter: «Vie chère, absence de revenu, précarité des emplois, de l’habitat, système de santé déficient, tous ces problèmes sont à l’origine de notre Révolution et de la vôtre. En Egypte, plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour parler de démocratie et de liberté, nous devons passer d’abord par la lutte contre la pauvreté».
Il semble que le référendum constitutionnel prévu pour le 19 mars, suivi par des élections législatives en juin et un scrutin présidentiel six semaines plus tard, ne constituent pas le souci majeur des Egyptiens. Il faut garantir d’abord le pain et la sécurité.


Samah MEFTAH




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com