LIBYE : Déjà 6000 morts et le colonel menace encore





Le colonel Mouammar Kadhafi a contre-attaqué hier, promettant des milliers de morts en cas d’intervention des Occidentaux et envoyant troupes et avions de chasse à l’attaque dans l’Est contrôlé par les insurgés.
Le Quotidien-Agences
Au 16e jour d’insurrection, la communauté internationale, soucieuse d’aider l’opposition à renverser le numéro un libyen mais consciente qu’une trop grande implication pourrait avoir des conséquences néfastes, avance ses pions, notamment militaires, après avoir adopté une série de sanctions. Des navires de guerre américains traversaient ainsi le canal de Suez vers la mer Méditerranéenne.
Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a mis en garde hier contre une intervention militaire étrangère en Libye, menaçant de «milliers de morts», après avoir de nouveau rejeté les appels à quitter le pouvoir et accusé Al-Qaïda dans l’insurrection.
«Des milliers de libyens mourront en cas d’intervention de l’Amérique ou de l’Otan» en Libye, a-t-il lancé devant ses partisans réunis dans une salle pour une cérémonie publique à Tripoli, retransmise par la télévision officielle.
«Kadhafi n’a pas de fonction officielle pour en démissionner. Kadhafi est un symbole», a-t-il ajouté lors de cette cérémonie marquant le 34e anniversaire de l’établissement du «pouvoir des masses» en Libye.
«Depuis 1977, moi-même et les officiers (qui ont orchestré la révolution de 1969) avons remis le pouvoir au peuple», a dit le leader libyen devant l’audience qui criait des slogans à sa gloire au cours d’un discours fleuve de deux heures trente environ, qui a pris fin peu après 14H00 GMT.
Alors que l’insurrection sanglante a fait des centaines de morts — 6.000 selon un bilan publié hier par Ligue libyenne des droits de l’Homme— et que les insurgés contrôlent de vastes régions de l’Est du pays, le colonel Kadhafi a dit: «il n’y a pas de manifestations en Libye, du tout».
«Tous ceux qui remettent les armes et rentrent dans leurs foyers seront pardonnés», a-t-il toutefois promis au 16e jour de la révolte.
«Cette situation ne peut pas continuer et on doit y mettre fin», a-t-il assuré.
«Si nous n’y parvenons pas par des moyens pacifiques, nous ne pourrons laisser notre pays dans la situation actuelle», a-t-il ajouté, faisant allusion à un recours à la force assurant qu’il resterait dans la «patrie de ses ancêtres».
Il a en revanche soutenu que des «manifestations immenses» ont lieu en sa faveur, accusant les télévisions satellitaires de ne pas les avoir montrées.
Portant un turban marron et une djellaba beige et régulièrement interrompu par les acclamations du public, Mouammar Kadhafi a par ailleurs appelé l’ONU à envoyer une commission d’enquête en Libye.
«Nous appelons le monde et l’ONU à envoyer une commission d’enquête en Libye pour élucider les circonstances dans lesquelles des civils et des policiers sont morts».
«Il n’existe pas de détenus politiques en Libye», a-t-il affirmé en outre.
Le gel des avoirs de l’Etat libyen a été qualifié «d’une usurpation et d’un vol de l’argent du peuple libyen» par le dirigeant qui a de nouveau accusé Al-Qaïda d’être derrière la révolte.
«Les troubles ont commencé avec l’infiltration de cellules dormantes d’Al-Qaïda en Libye, qui se sont emparées des armes et ont attaqué les forces régulières», a-t-il dit.
«La plupart de ceux qui ont été tués l’ont été par les terroristes qui ont attaqué des centres militaires», a-t-il affirmé. «Nous combattrons jusqu’au dernier homme et la dernière femme», a-t-il ajouté.
Kadhafi a, par ailleurs, menacé de remplacer les pétrolières occidentales par des sociétés chinoises et indiennes. «La production pétrolière est actuellement au plus bas», a dit le colonel Kadhafi, après le départ des compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays en proie à une insurrection contre le régime.
«Les champs pétroliers sont sécurisés ainsi que les ports pétroliers, mais ce sont les compagnies pétrolières qui ont peur», a-t-il ajouté.
«Nous mourrons tous pour défendre le pétrole et tous ceux qui menacent notre pétrole doivent le comprendre», a averti le dirigeant libyen.
«Nous sommes prêts à faire venir des compagnies indiennes et chinoises à la place des firmes occidentales», a-t-il ajouté.
Affrontements
Sur le terrain, l’opposition a dû affronter des forces libyennes, soutenues par des blindés et par de l’artillerie lourde, dans la localité la plus avancée contrôlée par les insurgés dans l’Est, Brega, à mi-chemin entre Benghazi, centre névralgique de l’opposition et Syrte, le fief de Kadhafi.
«Les troupes pro-Kadhafi sont arrivées à l’aube à Brega, elles ont pris les raffineries en main pendant quelques heures», a déclaré un autre témoin, faisant état, comme plusieurs autres, de «mercenaires tchadiens» parmi les forces pro-Kadhafi.
Les forces de l’armée régulière sont entrées à Brega et ont occupé un quartier d’habitation, selon un témoin qui a également évoqué des combats intenses au port, où se trouve un terminal pétrolier.
Après de violents combats qui ont fait une dizaine de morts selon les insurgés, la ville semblait être revenue dans le giron de l’opposition. «Brega est désormais complètement sous le contrôle de la Révolution. Des gens sont partis d’Ajdabiya pour aider», a affirmé un général de police à Ajdabiya, entre Brega et Benghazi.
La région d’Ajdabiya a été touchée par des raids aériens. Selon un témoin, ces raids ont apparemment visé un dépôt de munitions déjà attaqué il y a deux jours. Des habitants ont affirmé en revanche que la cible était une base de l’armée tombée aux mains de l’insurrection à 3 km d’Ajdabiya.
Pour les insurgés, le contrôle de Brega et d’Ajdabiya est stratégique pour envisager de prendre Tripoli et de renverser le colonel Kadhafi.
Par ailleurs, l’opposition libyenne, maître d’une partie de l’Est du pays, a appelé hier les Nations Unies à autoriser des frappes aériennes sur les mercenaires combattant aux côtés du leader Mouammar Kadhafi, a indiqué un porte-parole.
«Nous appelons les Nations Unies et tout organisme international responsable à (autoriser) des frappes aériennes sur les positions et les fiefs des mercenaires», a déclaré à la presse le porte-parole des dissidents, Abdel Hafiz Ghoqa, dans la ville de Benghazi, bastion de l’opposition à 1.000 km à l’Est de Tripoli.
«Nous appelons à des frappes précises sur ces fiefs et les forces de mercenaires», a-t-il ajouté.
Il a indiqué que les mercenaires venaient de pays comme le Niger, le Mali et le Kenya et qu’ils avaient été recrutés par le colonel Kadhafi pour qu’ils reprennent plusieurs villes de l’Est tombées aux mains des insurgés.
A Tripoli, la situation semblait calme hier. L’aéroport s’est en revanche transformé en camp de réfugiés: des centaines de personnes attendaient de pouvoir quitter le pays, dormant sous des abris de fortune au milieu des poubelles et des bouteilles en plastique.
Confronté à de nombreuses défections, le dirigeant libyen a nommé deux nouveaux ministres et un procureur général pour remplacer les deux responsables passés à l’insurrection.
Sur le plan humanitaire, la situation a atteint un niveau de «crise» critique à la frontière entre la Libye et la Tunisie.
Une foule s’étendant «sur des kilomètres et des kilomètres» se pressait pour quitter la Libye, selon le HCR, qui a lancé un nouvel appel pour que des «centaines d’avions soient affrétés» afin d’évacuer les réfugiés.
La France va utiliser des rotations d’avions gros porteurs et un navire pour évacuer vers l’Egypte au moins 5.000 travailleurs réfugiés à la frontière tuniso-libyenne.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com