Frontières tuniso-libyennes : L’accueil s’organise mais les flux se poursuivent





La capacité d’accueil du camp humanitaire de Ras Jedir est passée à 20.000 personnes grâce aux efforts des organisations tunisiennes et internationales. L’accueil est donc mieux loti mais la pression persiste.
De notre envoyé Mourad SELLAMIO
Le Général Essoussi, responsable du camp de Ras Jedir estime que «ce camp n’est qu’un point de transit. La durée de passage de chaque personne étrangère ayant fui la Libye ne saurait dépasser les trois jours. Or il y a des transitaires qui sont là depuis plus d’une semaine. La situation ne saurait continuer ainsi».
Le responsable du camp est toutefois plus optimiste concernant l’accueil. «Avec l’aide apportée par le Haut comité des réfugiés (HCR), nous sommes désormais parvenus à héberger correctement les personnes fuyant la Libye. Mais nous ne devons pas oublier que la mission du camp est d’accueillir les éventuels blessés ou réfugiés libyens. Ils ont la priorité», explique-t-il.
Organisation
Si la situation était chaotique hier sur les deux bords de la frontière, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les 20.000 personnes présentes hier au No man’s land entre les deux portails de la frontière, sont entrées en Tunisie. Il reste juste un petit nombre qui arrive progressivement sur le côté libyen du portail.
Au poste de Ras Jedir, les volontaires de la société civile continuent à assurer l’accueil des arrivants et à canaliser le transit vers le camp d’hébergement du HCR.
Le côté hygiénique du camp a été également amélioré et l’ombre de la catastrophe humanitaire a été momentanément éloignée.
Il n’empêche que le Général Essoussi attire l’attention que «plusieurs Egyptiens ont manqué à l’appel et se seraient enfuis du camp» et continue à réclamer «un meilleur dispositif de transit vers les pays d’origine». «Ces personnes ont été obligées de quitter la Libye et n’ont aucune situation chez eux. Donc, ils ne veulent pas rentrer et essaient de trouver de l’emploi ici», explique-t-il.
C’est l’une des raisons pour lesquelles du côté tunisien, il y a une insistance évidente sur l’accélération du transit des étrangers vers leurs pays. «Les Tunisiens ont déjà plein de problèmes avec leurs chômeurs. Ils ne sauraient courir le risque de subir cette main d’œuvre additionnelle. Ce sera un cauchemar pour eux», explique un journaliste français présent sur place.


Opération d'évacuation
La France a décidé de lancer une importante opération d'évacuation de civils égyptiens massés à la frontière entre la Libye et la Tunisie, par des rotations de gros porteurs et un bâtiment de la Marine nationale.
Les autorités françaises étudient également "les moyens de fournir des tentes et du matériel d'urgence pour les personnes vulnérables n'ayant pas quitté la Libye", précise le ministère des Affaires étrangères.
Le navire français, un bâtiment de projection et de commandement (BPC) "va arriver en Méditerranée d'ici un à deux jours", a déclaré à Reuters le porte-parole de l'état-major des armées, le colonel Thierry Burkhard.
Au total, les rotations de gros porteurs aériens et le bâtiment de la Marine "devraient permettre d'évacuer au moins 5.000 personnes en moins d'une semaine", selon le Quai d'Orsay, qui précise qu'il s'agit de travailleurs égyptiens.
Cette action est un "moyen d'aider la Tunisie qui fait face à un afflux de réfugiés à la frontière avec la Libye", a souligné le ministère lors d'un briefing électronique.


Les à côtés
Dix millions d’euros
La commission européenne a décidé de porter de trois à dix millions d’euros l’aide humanitaire apportée aux réfugiés aux frontières libyennes, aussi bien du côté tunisien que libyen. La commissaire Kristalina Georgieva, en visite aujourd’hui en Tunisie, annoncera cette décision lors de sa visite au camp du HCR à Ras Jedir. Elle s’y prêtera à un petit point de presse pour répondre aux interrogations des médias, aujourd’hui à 16 heures.
Melting-pot
Au camp de Ras Jedir, plusieurs nationalités sont présentes. Les Egyptiens sont certes les plus nombreux. Mais, il y a aussi des centaines de Bengalis, de Ghanéens et d’autres africains. C’est désormais un échantillon représentatif des deux millions d’étrangers résidents en Libye.
Des Egyptiens en grève de faim
Des dizaines d’Egyptiens observent une grève de faim depuis quatre jours. Ils réclament plus d’attention de la part de leur gouvernement. Par ailleurs, leurs manifestations sont fréquentes aussi bien au poste frontalier de Ras Jedir ou au camp d’accueil. Les manifestants réclament des avions et des bateaux pour rentrer chez eux. Ils ne manquent pas, non plus, de scander des slogans pour remercier le peuple tunisien.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com