Utopia : La contre-révolution





Par Mohamed KOUKA (*)
Les casseurs qui ont sévi dans le sillage des manifestations des 25 et 26 février dernier portent un coup à la Révolution, c’est une faute commise contre la nation. Ce qui est en jeu, à travers le destin de la révolution, c’est bien entendu celui du pays, sa capacité à limiter la gabégie, à préserver ses acquis économiques ; ses possibilités à combattre le chômage et la pauvreté. A qui profitent ces actes néfastes? On ne va pas verser dans l’ancienne rhétorique de ‘l’eau trouble’ et de la langue de bois, cependant ces nervis fonctionnent à la solde de qui? Devinez. La politique, l’action politique traite de ce qu’il y a de plus complexe et de plus précieux: la vie, le destin, la liberté des individus et de la collectivité et pourtant nous sommes menacés par le simplisme, par des idées plus ou moins fondées. Il y a risque à voir la pensée la moins complexe couvrir le champ politique. «C’est dans la sphère politique que règnent la pensée close, la pensée dogmatique, la pensée fanatique, le tabou, le sacré… Certes, comme toute chose humaine, la politique se nourrit de mythes, qui eux-mêmes se nourrissent de nos aspirations les plus profondes. Mais, c’est dans le mythe politique que se sont réfugiés et déversées les eschatologies, les promesses de salut, qui ont transformé ces mythes en illusion», écrit Edgar Morin.
Dès que l’on renonce à la facilité des proclamations, des sit-in et des réunions publiques, la question n’est plus d’affirmer la primauté de la volonté populaire, mais de bien savoir où elle se trouve et comment l’exprimer objectivement. Comme toute action, l’action politique a, elle aussi, un sens surtout existentiel, écrit Julien Freud, c’est-à-dire à force d’affronter le concret ondoyant, contingent et incident, elle en vient parfois à négliger l’essentiel. Ils sont plutôt rares les hommes politiques qui savent dominer le détail, régler les situations occurrentes, non pas seulement en fonction de l’événement immédiat et de l’urgence, mais de leur objectif véritable. S’agit-il de transformer la société ou seulement de gouverner? «L’action, sachez-le, c’est l’idée; et l’on agit suffisamment dès lors qu’on répand dans l’atmosphère intellectuelle les germes de la société future», selon Proudhon.
Le mouvement de l’histoire s’accélère, à Tunis, nous avons un nouveau premier ministre. Mais le choix porté sur Béji Caïd Essebsi confine au paradoxe. Par ailleurs, l’UGTT s’installe sereinement dans la contestation…pour être le fer de lance de la contestation… alors qu’elle s’était mise aux abonnés absents pendant près de 23 ans. L’UGTT applique à la lettre la fameuse répartie de Ledru Rollin à la suite du soulèvement ouvrier en France au milieu du XIXème siècle: «Il faut bien que je les suive puisque je suis leur chef».
La Libye rejoint la Révolution, c’est une promesse de paix d’entraide de solidarité et de fraternité entre les peuples de Tunisie de Libye et d’Egypte. Tout peuple ayant même besoin, la liberté, poursuivant le même droit, n’aspire qu’au bonheur. La Révolution qui n’est dans son principe que le triomphe du droit, la résurrection de la justice, le triomphe de l’esprit contre la force brutale n’aspire qu’à la paix. Ces trois peuples du Maghreb et du Machrek sont sur la voie d’une réconciliation et d’un solidarité historiques parce qu’ils sont mus par des principes de liberté de dignité et de rationalité.

(*) Homme de théâtre


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com