La «dégage attitude»





Par Me Haythem KILANI (*)
«Dégage»… ce mot magique sera à tout jamais lié à la sainte révolution et gravé dans la mémoire nationale tunisienne… Ce fut le mémorable 14 janvier 2011, lors duquel nous avons tous crié ce mot en face du ministère de l’Intérieur, le temple du dictateur déchu, défiant son régime et risquant nos vies.
Le monde entier, par le biais des journaux télévisés, a regardé ces images. Certaines personnes ont découvert, pour la première fois, notamment aux USA, un pays qui s’appelle Tunisie au son de ce mot.
Forcément, depuis, ce mot rimait avec courage, défiance, volonté, liberté… Dès lors, ce «dégage» s’exporte, à travers le monde arabe, commençant par l’Egypte pour arriver ensuite en Libye, en passant par le Yémen, le Bahreïn… et même par la France. De fait, Michelle Alliot-Marie a été victime d’un sévère «Dégage» étant donné ses liens douteux avec un homme d’affaires tunisien. Et qui sait, peut-être bien que le «Dégage», made in Tunisia, sera bientôt le mot d’ordre dans le monde entier pour clamer «ô justice». Même les Chinois l’ont également adopté ces derniers jours.
Le peuple tunisien devrait-il déposer ses droits sur l’utilisation de ce mot ?! C’est bien le peuple tunisien qui a sorti le mot «Dégage» de son usage commun pour que désormais, il se transforme en un «symbole» révolutionnaire traduisant la volonté des peuples d’être libres et maîtres de leurs destins.
Hélas, l’utilisation à bon escient de ce mot n’a pas duré longtemps… Certains de nos compatriotes veulent dépouiller ce mot de sa valeur. On l’utilise à tout bout de champ. «Dégage» est devenu un phénomène de mode qu’on crie à tous ceux qui ne sont pas à notre goût ! Personne n’en est épargné. Dirigeants, professeurs, patrons, ministres.., tout le monde y passe. Et qui sait, ça sera probablement bientôt au tour des maris et épouses, pères et mères… de se faire «chasser» avec des «Dégage» assourdissants.
Grandiose qu’il est, le peuple tunisien a réussi de sortir du joug de la dictature après avoir souffert de plusieurs années de dictatures à diverses facettes. De l’emprise de l’occupant français à celle de feu Bourguiba et jusqu’à la dernière en date: l’opprimante mainmise de Ben Ali, le peuple tunisien a souffert. Aujourd’hui, motivé par une grande soif de liberté, par un besoin pressant de démocratie, et par une envie d’engagement dans la vie politique, le peuple réagit. Mais cette soif de liberté légitime se transforme souvent en vagues contagieuses de dérision. Elle se vêt d’anarchie ! Et on ressent de plus en plus une «dégage attitude» qui, sûrement, mettra le pays à genoux aussi bien politiquement qu’économiquement !
«Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres», J’aimerai tant que notre grandiose peuple, qui a combattu avec le sang de ses martyrs, prouve encore une fois à tous les pays du monde qui nous observent, à tous ceux qui nous guettent, que nous sommes ce même peuple civilisé, libre et responsable et capable de trouver le juste milieu dans une bataille. Mais est-ce possible de prouver la maturité politique d’un peuple politiquement «abêti» malgré lui. Est-ce possible pour un peuple tunisien qui ne connaît la démocratie que par le bout des lèvres, de faire encore ses preuves et épater les peuples du monde?
Je l’espère ardemment et, je vous en prie, soyez indulgents envers ce peuple qui digère encore très mal ce trop-plein de liberté gagné d’un coup et sans le moindre préavis. Un nouveau-né n’apprend-il pas à marcher par étape? Un bébé à ses tout premiers pas ne tombe-t-il pas? A-t-on le droit de le blâmer? De le condamner, de le juger incapable de se mettre debout ? Sûrement pas. On l’encourage à se remettre sur pied, à ne pas perdre le pas, à essayer encore et encore jusqu’à ce qu’il y parvienne! Et notre révolution est notre enfant à tous Tunisiens et Tunisiennes. Alors soyons cléments envers notre enfant à tous, car il est à peine né…
Il nous faudra certainement du temps. Il nous faudra surtout de véritables meneurs. Ce qui, jusqu’à présent, semble nous faire défaut. L’ancien dictateur a bien su instaurer le vide politique. Ben Ali, autrefois maître absolu sur la scène médiatique, a su marginaliser ses opposants devenus de simples figurants politiques rien que pour mettre de la poudre aux yeux du peuple. Et le tout avec la complicité tacite de l’Occident qui regardait le peuple tunisien oppressé et l’a vu suffoquer.
Mais je reste très optimiste. Oui, l’espoir est de nouveau là avec la nomination de M. Caïd Essebsi. Certes, il ne fait pas l’unanimité, mais personne ne pourra mettre en doute son patriotisme et son expérience. Nul ne saura mettre en doute son intégrité et sa rigueur. A peine nommé, M. Caïd Essebsi prend déjà des mesures qui nous renvoient des bouffées d’oxygène. Toutes les mesures dont on entend parler dans les coulisses ne pourront qu’apaiser le mal de ce digne peuple qui n’accepte plus qu’on le leurre davantage. Alors nos hommages à tous ceux qui vont tenir notre «bébé» par les mains. Mes hommages à ceux qui sont du côté de la reconstitution de notre chère patrie. Laissons les politiciens travailler et, surtout, retournons travailler. Il ne faut pas qu’on laisse la peur maladive nous envahir ! Soyons optimistes mes chers compatriotes ! Faisons-le par amour pour la Tunisie. Unissons-nous et prouvons que ce peuple, qui a su et pu faire face au pire des dictateurs, pourra sans doute reprendre le poil de la bête et foncer droit devant vers un avenir radieux pour notre chère Tunisie.
Et pour placer le mot «Dégage» là où il le faut désormais. Disons dégage au mot «Dégage» ! La majorité du peuple veut voir un retour à la vie normale. Alors regardons vers l’avant et disons «Je m’engage». C’est désormais le mot d’ordre dont on a tous besoin. Soyons à la hauteur d’être Tunisiens, soyons fidèles à notre patrie libre. Engageons-nous à travailler, à s’entraider, à faire avancer les choses. Nous améliorerons sûrement le sort de la Tunisie. Nous saurons préparer un meilleur avenir pour nos enfants. Oui, nous en sommes capables !


(*) Avocat à Tunis
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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com