Humeur : «Oui» aux islamistes, mais jusqu’où?





De notre correspondant permanent en France, François Bécet
Dès le début de son allocution dimanche soir, le président Sarkozy a expliqué que «tous les Etats occidentaux et tous les gouvernements français» ont entretenu de bonnes relations avec les régimes qui viennent de tomber ou qui vont être chassés par le peuple, «parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme». On s’est donc trompé durant des années et cet aveu sonne comme une reconnaissance du droit des islamistes à participer activement à la vie politique dans pays. Naguère, on mettait en avant le fait qu’un «islamiste modéré», cela n’existait pas. Il faudrait jeter nos convictions passées…
Que ce soit en Tunisie ou en Egypte, les islamistes n’ont pas été à l’origine des soulèvements démocratiques et ne présenteraient aucun danger réel. Depuis quelques années, les discours de leurs dirigeants exprimaient une reconnaissance des valeurs de la démocratie, la volonté de participer à des élections libres, d’accepter l’émancipation, la liberté de la femme. Des discours pour le monde occidental prononcés à Londres ou ailleurs. A d’autres occasions, pour un autre public, le ton était différent, et le but restait l’établissement de la charia. Le double langage ne semble pas avoir disparu.
Les islamistes font profil bas. Parce qu’ils ont compris que les peuples, les femmes libérées ne les laisseraient pas imposer une autre forme de dictature? Ou par calcul? Dans des pays ravagés par la corruption et au fort taux de chômage, il faut du temps pour arriver à apaiser tous les mécontentements… Les «impatients» pourraient être tentés de voter pour des islamistes et leur ordre moral plus rigoureux. Comme le Hamas préféré au Fatah…
Il y a un an, le Maroc refusait tout dialogue avec les terroristes islamistes emprisonnés, celui engagé par le pouvoir mauritanien était très tendu. En Turquie, présentée comme modèle, certains se demandent toujours si le but ultime du pouvoir n’est pas d’abandonner la laïcité…
Peut-on faire totalement confiance à un parti fondé sur la religion, qui prône la soumission du politique au religieux? A chaque peuple de décider, mais la question se pose… Un sondage publié par Dimanche Ouest France indique que 59% des Français pensent que les islamistes vont prendre le pouvoir en Tunisie, en Egypte et en Libye.
En présentant se vœux au corps diplomatique, le 18 janvier dernier, Nicolas Sarkozy a affirmé qu’«un des défis (de ce siècle) est celui des conditions du retour du religieux dans la plupart de nos sociétés. C’est une réalité incontournable». Pour plus de justice, de morale, de social. Pas pour un pouvoir religieux.
«Le 21e siècle sera religieux ou ne sera pas» aurait dit André Malraux. Peut-être, mais il ne faut surtout pas confondre l’Islam et l’islamisme. Si l’on peut conjuguer Islam et démocratie, on ne peut pas faire rimer islamisme avec démocratie.
Si écarter une composante de la population n’est pas une attitude démocratique, jusqu’où peut aller le dialogue avec ceux qui poursuivent un but opposé?


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com