Sit-in de La Kasbah et d’El Menzah : Les dérives d’une liberté d’expression outrancière





Les attaques à distance entre les manifestants de La Kasbah et ceux de la Coupole d’El Menzah continuent. La liberté d’expression dans tous ses états.
«Les manifestants de La Kasbah nous empêchent de travailler et étouffent l’économie nationale», clament les protestataires de la Coupole. «Les manifestants de la Coupole essaient de nous mettre des bâtons dans les roues», décrient les participants au sit-in de La Kasbah. N’est-il pas possible d’avoir deux manifestations d’avis contradictoires sans s’insulter les uns les autres ?
La contre-attaque
Le sit-in de la coupole d’El Menzah a été déclenché suite aux déclarations de l’ex-premier ministre Mohamed Ghannouchi, qui a appelé la «majorité silencieuse» à s’exprimer. Les partisans du gouvernement de transition sont donc sortis dans la rue pour crier haut et fort leur appui au gouvernement, en manifestant leur volonté de retrouver le calme et reprendre leur travail afin que la roue de l’économie nationale tourne à nouveau. Jusqu’ici, ce sont des revendications légitimes d’une population qui souhaite un retour à l’état normal. Mais (il y en a toujours hélas), ces manifestants ont commencé peu à peu à attaquer les participants au sit-in de La Kasbah en les accusant d’être la source du problème. De là, les protestataires ne ratent aucune occasion pour se montrer à la télé ou s’exprimer sur les ondes afin d’assaillir les manifestants de La Kasbah. D’une apparition médiatique à une autre, d’une attaque à une autre, le sit-in de la Coupole d’El Menzah semble dévier de ses revendications initiales et laisse à penser qu’il s’est organisé rien que pour défier celui de La Kasbah.
La «légitimité absolue»
Quant aux manifestants de La Kasbah, ils ont participé à ce petit jeu d’attaque et de contre-attaque à cœur joie. Rigoureux et déterminés comme ils sont, les manifestants de La Kasbah ne se sont pas fait prier pour répondre à ceux de la Coupole. Ils affirment que ces derniers ont organisé un sit-in rien que pour leur mettre des bâtons dans les roues. Ils affirment par ailleurs qu’ils sont la voix du peuple (ce qui peut être vrai vu le nombre des manifestants du vendredi 24 février). Mais, compte tenu du nombre des citoyens tunisiens, ce n’est pas certain qu’ils représentent réellement le peuple.
Il faut cependant signaler qu’ils n’ont fait que réagir contre les attaques des manifestants de la Coupole. Devenus un vrai phénomène, les participants au sit-in de La Kasbah semblent également dévier de leurs principes et revendications en s’appropriant la révolution et en s’octroyant le mérite du changement du régime en Tunisie.
Alors qu’ils ont impressionné le monde entier, ces manifestants sont en train de prendre part à un jeu qui ne va pas avec leur fougue, leur détermination, leur organisation et le caractère politique de leur rassemblement.
Facebook ou la guerre
des mondes
Cette «guerre» entre les deux manifestations s’est déplacée sur la toile, et facebook est devenu le terrain de jeu favori, non pas pour promouvoir ses revendications, mais pour accuser celles de l’autre «camp».
De là, une panoplie de vidéos et de commentaires étaient publiés sur le réseau social, et chacun essaie de porter préjudice à l’autre manifestation. Les pages les plus adulées sur facebook ont pris part à cette «guerre» et mettent le feu aux poudres en partageant des vidéos, parfois truquées, qui incitent à la violence.
Il suffit désormais de mettre sur la toile un commentaire ou un statut affirmant que les uns attaquent les autres (ces statuts sont généralement suivis par la phrase «ouvrez bien les yeux et faites attention») pour déclencher une guerre sur la toile.
Quoi qu’il en soit, les manifestants, que ce soit ceux de La Kasbah ou ceux de la Coupole, doivent se respecter les uns les autres et ne pas oublier que la démocratie, c’est accepter la divergence des idées.


Meher KACEM


Jrad, le point commun
Paradoxalement, il existe un point sur lequel les deux manifestations sont d’accord: le départ de Abdesslam Jrad, secrétaire général e l’UGTT. Les slogans appelant Jrad à quitter l’UGTT et à arrêter les manifestations et les grèves générales sont de plus en plus présents que ce soit à La Kasbah ou à la Coupole. C’est dire à quel point le départ du secrétaire général de l’UGTT est souhaité par une majorité, une vraie cette fois.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com